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Un nouveau « super Mario » pour sauver l’Italie ?

jeudi, 10 novembre, 2011 - 17:05

Après Mario Draghi, devenu il y a dix jours président de la BCE, Mario Monti succéde à Silvio Berlusconi à la tête du gouvernement italien. Ancien disciple de James Tobin, ancien Commissaire européen à la concurrence qui fit condamner Microsoft, le président de la prestigieuse université Bocconi a le bon profil pour calmer l'angoisse des marchés sur l'Italie.

Ancien commissaire européen à la Concurrence, économiste renommé, chouchou des marchés. Voilà pour la carte de visite du prochain Président du Conseil italien, Mario Monti. L’homme qui a infligé une super amende de 497 millions à Bill Gates et l’a condamné à remettre aux autres producteurs de logiciels les codes sources de Windows en 2004, s’assiéra lundi matin dans le fauteuil encore tout chaud de Silvio Berlusconi. Il a été nommé à la tête du gouvernement italien par le président Giorgio Napolitano et doit désormais former son nouveau gouvernement – qui, selon la Constitution italienne, doit être approuvée dans les dix jours par les deux chambres du Parlement.

Silvio Berlusconi quitte donc le pouvoir après sa démission, samedi. Du moins son coeur, car le Cavaliere qui n’a pas réglé ses problèmes judiciaires n’a pas l’intention d’abandonner totalement la scène politique car il a besoin d’un parapluie.

Sauveur de la patrie ?

Mario Monti fait déjà figure de sauveur de la patrie. Mais pour combien de temps ? Cet économiste rigoureux va en effet devoir relever un défi pharaonique: sauver la péninsule et rassurer les marchés sur le long terme. A peine nommé, il va affronter les syndicats qui lui ont organisé une petite réception, le 3 décembre prochain, pour lui souhaiter la bienvenue.

En guise de champagne, Mario Monti aura droit aux slogans des manifestants qui défileront dans les rues de Rome pour protester contre "la boucherie sociale" imposée par la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international et les partenaires européens. En clair, les mesures d’austérité pour redresser les comptes publics de l’Italie. Mais cette petite sauterie n’effraie pas Super Mario qui part du principe que les contestations font partie du job de premier ministre.

Agé de 68 ans, le futur patron de l’Italie est né à Varese en Lombardie, le fief de la Ligue du Nord. Dans les années soixante, il décroche son diplôme d’économie à l’université Bocconi à Milan puis s’envole pour les Etats-Unis. Là bas, Mario Monti noue quelques relations utiles notamment en étudiant avec James Tobin, futur prix Nobel et théoricien de la taxe sur les transactions financières.

De retour en Italie, une dizaine d’années plus tard, il enseigne l'économie politique à l’université Bocconi dont il deviendra recteur en 1989. Dans les années quatre vingt dix, Monti donne un grand coup de volant à sa carrière. C’était en 1994 et Silvio Berlusconi était président du Conseil pour la première fois de sa vie. Les deux hommes n’ont pas grand-chose en commun. Ils se détestent même franchement. Mais le Cavaliere se rend compte du parti qu’il peut tirer de l’économiste et l’expédie à Bruxelles.

Le "tombeur" de Microsoft

Mario Monti est chargé de tirer les ficelles en tant que commissaire européen chargé du marché intérieur, des services financiers et de la fiscalité. Grâce à sa réputation d’indépendance, il est reconfirmé dans ses fonctions en 1999 par le centre-gauche qui trois ans plus tôt, a eu la peau du Cavaliere aux législatives. C’est à cette époque, que Mario Monti saisit sa chance au vol au détriment de Microsoft.

Le 14 décembre 1998, un camion s’arrête Avenue Cortenbergh à Bruxelles. Des hommes déchargent avec précautions des caisses remplies de documents. Ce sont les papiers qui retracent l’affaire du recours présenté à la Commission européenne par Sun Microsystem contre le géant Microsoft. Cinq ans plus tard, Mario Monti condamne Microsoft. Entre-temps, l’économiste s’était penché sur un autre dossier, celui de la fusion entre General Electric et Honeywell qu’il empêchera d’ailleurs en 2001.

On le dit discret, quasiment "british" dans sa façon de parler et de voir les choses. On le dit aussi sévère dans ses jugements tranchants. Pour preuve, les lettres ouvertes qu’il a récemment publiées sur le quotidien milanais "Il Corriere della Sera" pour demander à Silvio Berlusconi de jeter l’éponge. Mais on lui reproche aussi du moins à gauche, "son manque de courage qui est inscrit dans son Adn".

Il est vrai que Monti s’est bien gardé malgré ses critiques, de fréquenter la classe politique durant la bataille de Rome, c'est-à-dire la chasse à Silvio Berlusconi. L’homme avait à faire, puisqu’il préparait en douce, sa liste de ministres pour être prêt lorsque son heure serait venue. Et puis il essayait aussi son costume de sénateur à vie qui vient de lui être offert par Giorgio Napolitano pour faciliter son ascension. Et surtout, le garder sous la main.
 




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