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Grayson Perry travestit les collections du British Museum

mercredi, 9 novembre, 2011 - 14:40

Grayson Perry s'est inspiré des collections du British Museum de Londres pour en réaliser des adaptions contemporaines. L'exposition rassemble, pêle-mêle, son ours en peluche fétiche, une Harley-Davidson rose et un essui-main représentant Hello Kitty en tenue de pélerin. Manière pour l'artiste de rappeler que "tout ce qui est présent au British Museum a été, à un moment donné, un objet contemporain".
 

Sculpteur, tapissier, potier, peintre, couturier, Grayson Perry est un artiste à tout faire. Ou plutôt, un artisan à tout faire, à l'image de l'exposition qu'il présente au British Museum, "la Tombe de l’artisan inconnu".

Pendant deux ans et demi, il a eu accès à l’ensemble de la collection du musée londonien, dont un grand nombre des trésors ont été récupérés à travers les siècles dans les multiples et très diverses colonies de l’empire britannique. "Le musée est une source de souvenirs mais aussi d’imagination", rappelle Neil MacGregor, son directeur, "nous voulions donc que Grayson réalise des objets en s’en inspirant".

Alan, un ours en peluche converti en Dieu contemporain

L’exposition présente ainsi des œuvres de l’institution britannique sélectionnées par l’artiste, en compagnie des siennes. Un vase chinois, un mausolée miniature indien, ou des statuettes égyptiennes côtoient donc leurs adaptations contemporaines made by Grayson Perry. Etonnant et divertissant, ce concept permet de découvrir "les perversions et les folies" de l’artiste, comme il l’assure lui-même, mais aussi de porter un regard neuf sur des objets aux contours connus.

Effectuer le tour de ces salles, c’est effectuer le tour de ma tête. Au départ, j’y ai fait apparaître mon ours en peluche fétiche, Alan, pour rire mais j’ai finalement trouvé sa présence pertinente: de nombreux objets sont dédiés à des divinités et, transformé en dieu, Alan sert de référent pour comparer les différentes cultures, leurs échanges et leurs dialogues à travers les siècles".

Cette juxtaposition lui a notamment permis de travailler et de réfléchir autour de "l’évolution de l’idée de progrès. Les tabous varient avec les périodes, notamment dans les thématiques de la sexualité et du genre. Un pendentif en forme de sexe d’enfant provoquerait un outrage aujourd’hui alors qu’il visait simplement à porter chance".

Surtout, Grayson Perry estime que les artisans, en plus d’être des producteurs, sont fondamentalement des artistes. Leurs objets parlent de leur temps, débordant d’imagination et de créativité. "Tout ce qui est présent au British Museum a été, à un moment donné, un objet contemporain", rappelle-t-il en guise d’explication de sa réplique de vase chinois intitulé "Le futile maintenant". "Je l’ai dessiné en regardant la télé et il contient les actualités de ce jour de février 2011". Les mots "Facebook", "lancement de produit", "faibles émissions", "caméras de surveillance", ou encore "écoutes téléphoniques illégales" emplissent cet instantané fabriqué sous une forme traditionnelle, qui pourrait ainsi être utilisé par les ethnologues des siècles prochains pour comprendre notre quotidien, comme ceux d’aujourd’hui le font avec les vases de civilisations passées. Un moyen, selon lui, de

rendre hommage à tous ces experts anonymes qui ont réalisé les merveilles de l’histoire".

L’apport de ces artisans n’est pourtant pas mort avec l’arrivée de la mécanisation et de la production en série. Tout ne serait qu’une question de choix. Grayson Perry prend ainsi en exemple un (véritable) essuie-mains vendu sur la route d’un temple japonais sur lequel sont imprimés les deux personnages de la marque Hello Kitty en complète tenue de pèlerin. "Plus que tout autre objet, cette serviette contient l’esprit de cette exposition. Elle vient du Japon, un pays qui semble avoir une faculté remarquable à mélanger les traditions anciennes, la technologie moderne et la culture populaire".


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