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Italie : Berlusconi démissionne sur fond de souk politique

samedi, 12 novembre, 2011 - 16:05

Silvio Berlusconi a démissionné samedi soir. Mais marchandages et magouilles se multiplient à Rome ou, à gauche comme à droite, on tente de monnayer son soutien au futur gouvernement Monti. Washington, Paris et Berlin font pression sur le président Napolitano pour qu’il tienne bon.

A quelques dizaines de mètres du Parlement, les trois garçons qui gèrent un kiosque à journaux avaient déjà mis, depuis plusieurs heures, le mousseux au frigo. La démission, samedi soir, de Silvio Berlusconi a jeté dans la rue romaine des foules en liesse criant "primavera, primavera" pour saluer, après le printemps arabe, le printemps de l'Italie. 

Dans ce climat rendu encore plus délirant par les Italiens qui s’attribuent le mérite d’avoir provoqué la chute du Cavaliere alors qu’ils n’ont rien fait pour le pousser dans le précipice, personne ne voit l’incertitude d’une situation exacerbée par les discussions de marchand de tapis des parlementaires.

Chiens enragés autour d’un os à ronger

A droite comme à gauche, on se dispute comme des chiens enragés autour d’un os à ronger. Le sens de l’Etat, les pressions des marchés, l’avenir du pays, plus rien de tout cela ne compte. L’objectif est de conserver un lambeau de pouvoir, un poste dans un ministère, un siège au sénat ou au parlement. Du coup, la nomination de Mario Monti qui devrait avoir lieu dimanche dans le courant de la journée risque de devenir une affaire compliquée.

Pour briser la résistance de Silvio Berlusconi qui jeudi encore, souhaitait sauver sa tête, le président de la République aurait utilisé les manières fortes. "Si vous ne partez pas, on va vous faire des choses terribles" aurait déclaré Giorgio Napolitano selon la rumeur. Des choses terribles, cela veut dire examiner à la loupe les financements attribués dans le cadre de la loi sur la presse aux médias du Cavaliere, soulever le conflit d’intérêt ou la fameuse incompatibilité entre Silvio homme d’affaires et Berlusconi homme d’Etat.

Berlusconi craint pour son empire

Vrai ou faux, cet épisode n’a pas grande importance. Après avoir perdu le pouvoir, le milliardaire a peur de perdre son empire et surtout, de finir en prison puisqu’il est accusé de corruption et de prostitution présumée. C’est ce qui le pousse par conséquent à accepter l’idée de soutenir Mario Monti. Ses ministres en revanche et aussi ses députés ne sont pas tous du même avis.

Après trois ans passés sous les lambris des palais marbrés du pouvoir, l’idée de devoir trouver un nouveau job, moins prestigieux et moins bien rémunéré leur donne des maux de tête. Sous couvert de vouloir défendre la démocratie, ils crient haut et fort qu’un gouvernement Monti serait une farce puisqu’il n’a pas été choisi par les électeurs mais par les marchés. Et ils se disent prêts à refuser d’accorder leur confiance à l’économiste. C’est ce que jurent la Ligue du Nord et une centaine de députés et sénateurs berlusconiens.

A gauche, le schéma est un peu identique pour des raisons identiques. Ainsi, le parti de l’Italie des Valeurs fondé par Antonio Di Pietro, l’ancien juge vedette du scandale mains propres qui s’est reconverti dans la politique après avoir jeté sa toge aux orties en 1994 dit non à un gouvernement Monti. Et réclame des élections anticipées d’ici début mars.

Malgré ces résistances, Mario Monti devrait obtenir la confiance des députés et former son gouvernement d’ici mardi prochain. Mais l’avenir s’annonce sous des cieux incertains. Combien de temps l’économiste pourra t-il tenir le coup puisqu’il devra visiblement combattre pour faire approuver les mesures indispensables à la survie de l’Italie par un parlement déchiré ?

Allo, président ?

Tandis que l’Italie s’agite, les institutions internationales et les leaders européens et américains multiplient les pressions sur le président de la République italienne. Jeudi matin, Angela Merkel a passé un coup de téléphone à Giorgio Napolitano. Samedi matin, Nicolas Sarkozy s’est entretenu avec lui. Et entre deux réunions sur la situation américaine, Barack Obama a eu lui aussi une petite discussion avec le chef de l’Etat. Selon la presse italienne, tous ont eu les mêmes mots : quand Mario va-t-il prendre les manettes de la présidence du Conseil ?

Faisant fi de tout ce bruit, l’économiste quant à lui peaufine sa liste de ministre. Selon la rumeur, il aurait l’intention de limiter l’exécutif à une douzaine de fauteuil alors que le gouvernement Berlusconi comptait 26 ministres et 38 sous-secrétaires d’état. Une liste pour le moment top secrète mais qui pourrait englober les noms de quelques ministres ayant tourné le dos au Cavaliere.




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