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Commando néonazi: l’Allemagne face à ses démons xénophobes

lundi, 14 novembre, 2011 - 14:03

Trois membres d'un commando néonazis sont accusées d'avoir tué une policière et neufs étrangers, dans des restaurants kebab. Les autorités démentent, sans convaincre, les avoir recruté comme informateurs. L'Allemagne découvre avec stupeur l'existence d'une "fraction armée brune" au moment où les actes antisémites et anti-musulmans se multiplient.

Le réveil est brutal, mais les signes annonciateurs étaient pourtant là depuis bien longtemps… La découverte le weekend dernier d’un commando de trois néo-nazis qui aurait commis une dizaine de meurtres a choqué toute l’Allemagne.

Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt se sont donnés la mort il y a huit jours dans un camping-car qu’ils ont incendiés après leur hold-up raté d’une banque à Eisenach, dans l’ancienne RDA. Leur complice de toujours, Beate Zschäpe, a préféré se rendre à la police après avoir mis le feu à leur repaire de Zwickau à l’est du pays.

Dans les cendres fumantes de la maison et de la caravane, les forces de l’ordre ont découvert de nombreuses armes, dont un pistolet qui a servi de 2000 à 2006 à l’exécution de huit vendeurs de kebab turcs et d’un commerçant grec dans six villes allemandes.

Les enquêteurs ont aussi retrouvé l’arme de service qui a tué en 2007 une jeune policière, Michèle Kiesewetter, dans le Bade-Wurtemberg ainsi qu’un DVD dans lequel les terroristes montraient, notamment, la photo de la bombe à clous qu’ils auraient fait exploser lors de l’attentat de Cologne qui fit 22 blessés en 2004. Les protagonistes de cette affaire appartenaient à un groupuscule nommé "Clandestinité national-socialiste". Un autre membre de cette cellule a été interpellé dimanche à Hanovre.

Une "nouvelle forme de terrorisme d'extrême droite"

Ces découvertes ont réveillé en république fédérale la crainte de l’existence d’une "Fraction Armée brune", en référence aux terroristes d’extrême gauche de la "Fraction Armée rouge" qui ont assassiné plus de 30 personnes en Allemagne entre les années 70 et 90. Les réactions à ce scandale sont nombreuses et outrées.

Angela Merkel a jugé que ces meurtres représentaient

la forme la plus abjecte de l'extrémisme de droite"

et a promis aux "proches des victimes (…) que l'Etat de droit fera tout pour connaître le fond de cette affaire (qui) nous remplit de honte". Le ministre de l’intérieur, Hans-Peter Friedrich, souhaite, pour sa part, renforcer "la collaboration entre la police fédérale et les forces de l’ordre locale" pour combattre plus efficacement cette "nouvelle forme de terrorisme d'extrême droite".

Un trio d'informateurs de la police ?

Il a également reconnu dans le quotidien Bild, le plus lu d'Allemagne, qu'il était "très préoccupant de constater qu'aucun lien n'avait été établi (à temps) entre les milieux d'extrême droite de Thüringe et la série de meurtres commise dans toute l'Allemagne".

Un aveu d'échec, mais aussi une façon de se prendre ses distance avec une rumeur persistante: le trio néonazi aurait été recruté par la police comme informateurs dans les milieux d'extrême droite.

De nombreuses personnes s’étonnent que ce commando néo-nazi n’ait pas été arrêté plus tôt. Ces trois personnes étaient en fuite depuis 1998, date à laquelle la police avait découvert 1,4 kilo de TNT dans un garage appartenant à Beate Zschäpe.

Les terroristes n’ont finalement pas été bien loin pour se cacher puisque leur repaire se situait à 84 kilomètres de leur précédente base. Beaucoup se demandent aujourd’hui si leur fuite n’a pas été couverte par les forces de l’ordre.

Je pense qu’il est improbable que ces trois personnes aient été capables de vivre en Allemagne pendant dix ans sans que leur planque ne soit découverte,

juge Martina Renner, une députée du parti de gauche, Die Linke, qui siège au parlement régionale de Thuringe, l’état qui abrite Eisenach.

Les autorités jurent qu’elles n’ont jamais collaboré avec ces néo-nazis, mais tout le monde se rappelle de l’exemple de l’extrémiste Timo Brandt qui avait été payé 200 000 deutsche marks pour renseigner la police de Thuringe sur les activités de son groupuscule.

Le chef du groupe parlementaire social-démocrate (SPD), Thomas Oppermann, souhaite donc organiser une réunion extraordinaire de la commission de contrôle des services secrets du Bundestag pour

savoir ce que les autorités savaient et comment de tels actes peuvent être empêchés à l'avenir".

L'extrême droite parlementaire en perte de vitesse

Ce leader de l’opposition souhaiterait même aller plus loin en interdisant le parti d'extrême droite, NPD, qui créé "un climat intellectuel" propice aux développement des thèses néo-nazies.

Une telle exclusion risquerait toutefois d’encourager certains de leurs sympathisants à suivre des mouvements encore plus extrémistes. Le NPD siège aujourd’hui aux parlements régionaux de Saxe et de Mecklembourg-Poméranie et il a bien failli rassembler au mois de mars suffisamment de voix (4,6% sur les 5% nécessaires) pour rentrer à l’assemblée de Saxe-Anhalt.

Mais, paradoxalement, ce mouvement est en perte de vitesse. En 2010, son nombre d’adhérents a tout juste atteint 6 600 personnes contre 7 200 en 2007. A l’opposé, le nombre de sympathisants des "Nationalistes autonomes", un groupuscule néo-nazi violent qui refuse de participer aux élections, est passé de 5 000 à 5 600 entre 2009 et 2010. Ce radicalisme inquiète les observateurs.

Regain d'antisémitisme

Aiman Mazyek, le président du Conseil central des musulmans en Allemagne (ZMD) jugeait ainsi dans les colonnes du Neue Osnabrücker Zeitung que l’extrême-droite était "chroniquement sous-estimée" en Allemagne.

Rien que cette année, il y a eu vingt attaques contre des mosquées et la communauté musulmane,

explique t-il.

L’antisémitisme semble également prendre de l’ampleur. Un rapport d’experts publié vendredi par le gouvernement montre que les discriminations contre les juifs ne cessent d’augmenter. Dans les cours d’écoles, les enfants s’insultent de plus en plus souvent en disant à un camarade qu’il "devrait être à Auschwitz".

20% des allemands seraient aujourd’hui antisémites, selon ce rapport, et 90% des attaques contre les juifs sont perpétrées par des groupuscules d’extrême-droite. La découverte du commando néonazi réveillera-t-elle, enfin, les consciences?




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