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Les centrales nucléaires passent un contrôle technique déjà périmé

jeudi, 17 novembre, 2011 - 09:18

La sécurité des réacteurs nucléaires français doit être améliorée, estime l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), mais aucun des 58 réacteurs ne mérite d'être fermé pour des raisons de sûreté. 1 000 incidents, le plus souvent mineurs, ont été détectés en 2010 - deux fois plus qu'il y a 10 ans.

Les centrales nucléaires ont passé le contrôle technique. Selon les normes de sûreté en vigueur, "les installations dont l’exploitation est autorisée en France peuvent être légitimement considérées comme sûres". Ces normes doivent cependant être améliorées "sans tarder".

Les 58 réacteurs nucléaires en activité sont bons pour le service mais le niveau d'exigence doit être relever pour parer à toute catastrophe naturelle. C'est la conclusion du rapport de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), remis  jeudi 17 novembre, auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

L'IRSN estime que la sécurité de tous les réacteurs pourra être remise à niveau, moyennant travaux, et par conséquent qu'aucun des réacteurs ne mérite aujourd'hui d'être fermé.

Après l'accident nucléaire japonais de Fukushima, il a été demandé aux exploitants des centrales nucléaires françaises d'auto-évaluer la sécurité des installations en France. EDF, Areva et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ont remis ces premiers rapports à la mi-septembre auprès de l'IRSN, qui les a synthétisés.

Pour éviter un accident majeur en cas de catastrophe nucléaire, l'Institut recommande

l’adoption d’un niveau supplémentaire d’exigence de sureté, intitulé "noyau dur", qui garantirait la pérennité des principales fonctions vitales des installations nucléaires durant plusieurs jours, le temps que des moyens externes au site puissent intervenir.

 

(De nos archives). En matière de nucléaire, la France est, c'est bien simple, tout bonnement la meilleure. Vraiment. Tellement sûre de sa supériorité technologique qu'elle peut à la fois donner des leçons de vertu au monde entier et refuser la création d'une agence européenne de sûreté nucléaire.

Lundi 29 août, lors d'une visite de la centrale du Bugey (Ain), François Fillon s'est dit convaincu que la France "conserve une avance technologique et une maîtrise internationalement reconnue". Le premier ministre a souligné que l'accident de la centrale japonaise de Fukushima avait "rappelé de façon dramatique qu'on ne transige pas avec la sûreté nucléaire". Il a donc plaidé pour l'établissement de normes internationales de sûreté.

En pointe

Un peu plus tôt dans la journée, Éric Besson, ministre de l'Industrie avait assuré qu'il allait demander à l'AIEA d'élargir au niveau mondial les tests de sécurité actuellement menés en Europe. Une idée défendue à Vienne le 19 septembre.

C’est la France qui demande que les standards internationaux en matière de sûreté nucléaire soient au top",

a renchérit ce matin Nathalie Kosciusko-Morizet au micro de France info [Ecouter à partir de 2 '40'']

 


Sécurité et sûreté nucléaire : "Il ne peut pas y…
par FranceInfo

 

Notre proposition est [la suivante] : des stress tests partout, des standards de sécurité relevés et des capacités d’intervention au niveau régional. En France, on est à la pointe de ces propositions qu’on fait au niveau international. On se les applique".

Mais, ce que Paris réclame au monde, il n'entend pas se le faire imposer par l'Europe.

Il n'est pas envisageable dans l'immédiat de créer une agence européenne de sûreté nucléaire. Ce n'est pas mûr, il y a des réticences",

assuraient fin mai 2011 les sénateurs Jean Bizet (UMP) et Simon Sutour (PS), à l'occasion de la remise de leur rapport d'information sur la politique européenne de sûreté nucléaire.

Des réticences? Qui donc sont les récalcitrants? Avant tout, la France, explique benoîtement le président de la commission des affaires européennes du Sénat.

L'ASN [l'Autorité de sûreté nucléaire française] a atteint un très bon niveau. Avec la création d'une agence européenne, on devrait faire des compromis et on serait obligé de baisser notre exigence de sûreté. On risquerait d'affadir la sécurité au lieu de la renforcer. C'est pourquoi la France est contre cette idée",

résume Jean Bizet.

L'argument est imparable. On avait failli l'oublier : la France est la meilleure.

Voeux pieux

Les annonces tonitruantes de François Fillon et Eric Besson prêtent à sourire. André-Claude Lacoste, le président de l'ASN, reconnait que l'objectif [de stress tests à l'échelle mondiale] poursuivi ne sera pas atteint "avant des années" en raison de l'hostilité de pays tels la Chine, l'Inde, la Russie et les États-Unis.

Au printemps dernier déjà, après la catastrophe de Fukushima, l'idée de transformer l’AIEA en autorité de sûreté nucléaire mondiale n’avait pas suscité un enthousiasme débordant de la part de ses membres.

Dernier projet en date, faute de mieux: selon un document que s’est procurée l’agence de presse Reuters, l’AIEA imagine désormais "organiser des contrôles de sécurité sur un réacteur sur dix pendant une période de trois ans". 10 % des 440 réacteurs en activité dans le monde pourraient faire l’objet de contrôles. Ils seraient choisis au hasard. Reste un détail: l'AIEA rappelle que la sécurité nucléaire relève de la responsabilité de chaque État. Elle ne pourra donc contrôler que ce que les pays-membres veulent bien qu'elle contrôle.

A en croire le premier ministre, la France, en pointe dans le domaine nucléaire, n'a aucun souci à se faire en cas d'inspection.

La souveraineté nationale avant tout

En pointe, la France l'était aussi pendant les discussions des dirigeants européens pour la mise en place de "stress tests" destinés à vérifier la résistance des 143 réacteurs nucléaires de la région [Voir la carte ci-dessous]. En pointe pour garder la mainmise sur ces contrôles.

 

Afficher Carte des centrales nucléaires en Europe sur une carte plus grande


Un compromis a finalement été trouvé : ces tests, menés depuis le 1er juin, incluent la résistance aux catastrophes naturelles mais ne prennent pas en compte les risques d'attaque terroristes ou le sabotage – reconnus compétences exclusives des États.

En mars 2011, la France avait de toute façon décidé, unilatéralement, de procéder à l'audit de ses installations. EDF doit remettre à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) les résultats de son analyse sur la sécurité des centrales, autour du 15 septembre. L'ASN rendra à la fin de l'année ses premières conclusions.

1 000 incidents nucléaires en 2010

La France est-elle vraiment irréprochable en matière de sûreté nucléaire? A l'évidence, les propos tenus par François Fillon à Bugey – la 2ème plus vieille centrale du pays – avait aussi pour but de rassurer après les critiques formulées par l'ASN à l'encontre d'EDF, qui pilote l'EPR de Flamanville. Des "écarts" et "faiblesses" ont été constatés lors d'une inspection du site de construction du réacteur EPR de Flamanville selon l'Autorité de sûreté nucléaire, qui a demandé à EDF de "faire des efforts importants pour démontrer la qualité de la construction".

Ce mercredi [le 31 août 2011, ndlr], le Canard Enchaîné va plus loin dans ses révélations. Selon l'hebdomadaire satirique, l'autorité de sûreté nucléaire a adressé à EDF, l'exploitant, "entre octobre 2010 et août 2011, quatre lettres au vitriol qui mettent en cause la qualité de plusieurs constructions vitales pour la sécurité du futur réacteur EPR", dont la construction est assurée par Bouygues.

Les inspecteurs de l'ASN ont relevé des trous dans des piliers en béton ou des défauts dans les parois de piscines destinées à recevoir le combustible nucléaire irradié, affirme le journal.

On peut aussi voir dans ces rappels à l'ordre du "gendarme du nucléaire" la preuve de son indépendance et de son utilité.

La centrale de Paluel [L'article de Mediapart, en accès payant] a également connu de nombreux déboires et des dysfonctionnements à répétition au mois de juin 2011. L'an passé, plus de 1 000 incidents nucléaires ont été recensés en France, d'après le rapport de l'ASN. La plupart sans importance, mais c'est deux fois plus qu'il y a 10 ans. Trois incidents de niveau 2 [Tchernobyl était de niveau 7, le plus haut ; Fukushima de niveau 6] ont été détectés.

Plus inquiétant: le nombre d'incidents sur les réacteurs les plus anciens a lui aussi doublé… entre 2008 et 2009. Or, EDF pousse à la roue pour maintenir ces sites en fonctionnement, maintenant que les investissements ont été amortis. Encore plus inquiétant: l'ASN reconnu que le cumul des catastrophes naturelles, à l'origine de la tragédie de Fukushima, n'a jusqu'ici pas été pris en compte dans l'évaluation des risques.

Comment faire face à un cumul d'agressions de ce type ? C’est un sujet que, jusqu'à présent, on a pas pris en compte",

reconnaît André-Claude Lacoste, président de l’ASN.

Comme le rappelait récemment Le Monde, le cahier des charges de l'ASN pour les stress tests en cours précise que"compte tenu du calendrier contraint de l'exercice, les exploitants pourront effectuer leurs évaluations complémentaires en se fondant sur les études de sûreté existantes et le jugement d'ingénieur". Pas sur de nouvelles études. Alors même qu'un rapport de 2006 de l'IRSN et du CEA pointait que "dans le cas des centrales existantes, les accidents graves n'ont pas été considérés lors de leur conception".





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