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Di Rupo renonce à sauver la Belgique

lundi, 21 novembre, 2011 - 18:34

Le socialiste Elio Di Rupo, en charge de la formation du gouvernement belge, a présenté sa démission au roi cet après-midi, actant du "blocage" des négociations. Un coup dur de plus pour la Belgique, sans gouvernement depuis les législatives de juin 2010. Portrait d'un homme qui était présenté comme le sauveur du pays. 

 

On disait Elio Di Rupo fin stratège, magicien avec plus d'un tour dans son sac. Et pourtant, l'homme providentiel qui devait redonner un gouvernement à la Belgique après plus de 525 jours de crise a finalement jeté l'éponge. Mais qui est "l'homme au noeud papillon rouge" ?

J’ai mis un nœud papillon pour mon installation en qualité de conseiller communal en 1982. Mon entourage a trouvé ça bien. J’en ai mis un le lendemain et puis le surlendemain… Et il se fait que, sur une des rares photos de mon enfance – nous étions trop pauvres pour prendre des photos — je porte un nœud papillon. La légende veut donc que je sois né avec un nœud papillon,

explique au Journal des Belges à l’Etranger celui qui avait été nommé par le roi pour former un gouvernement fédéral.

Depuis ses débuts en politique, son look a peu changé mais Di Rupo est devenu président du Parti Socialiste de Wallonie (francophone) et bourgmestre – l’équivalent belge de maire – de la ville de Mons. Avant de parvenir à débrouiller le sac de noeuds qu'est devenue la crise belge, 458 jours après la démission du premier ministre Yves Leterme. Puis d'abandonner devant les difficultés posées par les partis politiques.

De fils d’immigré à purgeur…

Un sacré tour de force pour ce fils d’un immigré italien venu travailler dans les mines après la Deuxième Guerre mondiale. Elio Di Rupo nait en 1951 dans un milieu pauvre. Très tôt, son père meurt et il est élevé par sa mère. Di Rupo fait d’excellentes études et devient docteur en chimie. Il s’engage en politique avec le PS belge dont il devient le président en 1999.

Il parvient alors à purger son parti politique qui avait été éclaboussé par des scandales de corruption à partir de la fin des années 80. En Septembre 2005, l’homme au nœud papillon participe au lancement du "Plan Marshall" pour la Wallonie, un plan de relance visant à assurer le redressement socio-économique durable de la région qui a pâti du déclin de la sidérurgie et de la fin des mines.

Di Rupo consolide sa position en tant que président du PS en remportant haut la main les élections de 2010 en Wallonie: son parti devient le premier de l’Hémicycle belge.

Une carrière brillante qui ne l'empêche pas, en 2001, de devenir le premier homme politique belge de haut rang à faire son "coming out", annonçant ouvertement son homosexualité.

Coup de baguette magique

Le dernier coup d’éclat de Di Rupo était d’être, après un an et demi de tergiversations en vue de la formation d’un gouvernement, devenu magicien: il avait finalement trouvé la clé pour scinder BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde) en deux, une condition sine qua non des partis flamands pour former une coalition avec les partis francophones. Las, ce tour de magie n'aura pas suffit à débloquer la situation.

Explication: l’arrondissement BHV se situe en territoire flamand mais de nombreux francophones y vivent. La Constitution belge leur garantit de pouvoir voter pour des candidats francophones et d'être jugés en français. Pour les francophones, c'est un acquis; pour les Flamands, une situation temporaire amenée à disparaître.

Le manque d’accord sur BHV est à l'origine du vide politique en Belgique. Le 22 avril 2010, le Premier ministre démocrate chrétien flamand (CD&V), Yves Leterme, présente sa démission faute de consensus sur ce dossier. Il reste néanmoins à la tête d'un gouvernement chargé de gérer les affaires courantes sans réel pouvoir d'initiative.

Les indépendansites flamands mis sur la touche

Jusqu’au 14 septembre derniers, tous avaient buté sur BHV. L’un des grands vainqueurs des élections législatives fédérales de juin 2010, l'Alliance Néo-Flamande (N-VA) de Bart De Wever, refroidit tout espoir de formation d'un gouvernement, se contentant de dire "non" à toutes les propositions de compromis.

Pourtant, le parti démocrate chrétien flamand (CD&V) reste fidèle à la N-VA. Pour obtenir une majorité suffisante, le PS n'a d'autre choix que de former une coalition avec le parti de De Wever. Ou une coalition "tout sauf N-VA".

Le 21 juillet, vient alors le premier tour de magie de Di Rupo, chargé par le roi de former un gouvernement fédéral. Il parvient à convaincre les Flamands du CD&V de lâcher la N-VA. Huit partis politiques belges – quatre francophones, quatre néerlandophones – se déclarent enfin prêts à négocier ensemble, ce qui ne manque pas d’irriter Bart De Wever.

Un an pour ça ?

Plus d’un an pour en arriver là, ça semble beaucoup. Pas facile pourtant d’exclure de la table des négociations en vue de former un gouvernement l’un des deux grands gagnants des élections législatives – quand bien même la N-VA affiche, dans l'article 1 de son programme, que sa volonté est de créer une République flamande indépendante et donc de scinder la Belgique en deux.

La N-VA mise sur la touche, l'horizon se dégageait. Mais rien n’était acquis. Heureusement pour la Belgique, Elio Di Rupo a fait preuve d’une grande finesse politique. Il a commencé en présentant des propositions (sa note de départ) sur les sujets principaux de contentieux, comme BHV, assez osées pour faire comprendre aux 8 partis autour de la table qu'il avait endossé le costume de "formateur" et avait ôté son habit de président du PS.

D'autres cols à franchir

En septembre dernier, alors que la Belgique paraissait au bord du gouffre, l’homme au nœud papillon décrochait un accord "historique", alors même que, quelques heures avant, il constatait un "blocage profond" sur BHV, le Roi écourtait ses vacances à Nice devant la gravité de la situation et le Premier ministre en affaires courantes, Yves Leterme, annonçait son départ pour l’OCDE avant la fin de l’année. Rien ne laissait présager une éclaircie.

Retournant à son avantage les évènements dramatiques de la journée pour produire un électrochoc, Elio Di Rupo parvenait à clore la journée avec un compromis pour découper BHV, séparant Bruxelles de Hal et Vilvorde. Les francophones faisaient alors un bon nombre de concessions mais obtenaient des compensations jugées suffisantes.

Un col de première catégorie a été franchi. Il en reste beaucoup d’autres,

écrivait alors la Libre Belgique.

Restait encore à se mettre d’accord sur les transferts de compétences aux régions et communautés, la réforme de la loi de financement mais également tout le chapitre socio-économique.

Comme le dit l’adage belge, en politique :

Tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien.

Une maxime populaire qui se vérifie tristement aujourd'hui: les six partis principaux restant dans les négociations sont toujours incapables de s'entendre en vue de la formation d'un gouvernement, en raison notamment d'un blocage sur les questions budgétaires. Retour à la case départ pour la Belgique, plus d'un an et demi après la démission du gouvernement Leterme. 


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