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Moody’s ne croit plus vraiment au « Triple A »

mardi, 15 novembre, 2011 - 12:51

Nouveau coup de semonce de Moody's: pour l'agence de notation, la hausse des taux des obligations d'Etat françaises est de mauvais augure pour son "AAA". Une étude publiée la semaine dernière soulignait déjà que la France ne méritait plus cette note.

L'agence de notation Moody's a mis en garde ce lundi la France sur les risques que fait peser la hausse des taux des obligations d'Etat françaises sur la note de sa dette souveraine, alors que la "prévision du gouvernement de croissance du PIB [est] d'à peine 1% en 2012".

Or "un taux d'intérêt alourdit rendra plus difficile à atteindre les objectifs de réduction des déficits", souligne Moody's. Selon ses estimations, une augmentation de 1% du taux d'interêt des emprunts d'Etat engendre un surcoût de la charge de la dette de 3 milliards d'euros par an. C'est donc la course à l'échalote entre nouvelles mesures de rigueur budgétaire et augmentation de la dette. Et la quadrature du cercle, ces mesures de rigueur freinant la fragile croissance.

"Des coûts de financement durablement élevés amplifieraient les défis budgétaires auxquels est confronté le gouvernement français dans un contexte de détérioration des perspectives de croissance, avec des conséquences négatives sur le crédit", écrite Alexander Kockerbeck, analyste de l'agence.

Moody's avit déjà prévenu à la mi-octobre qu'elle allait surveiller de près de la note "AAA" de la France.

Cette annonce de Moody's fait suite à un rapport Euro Plus Monitor rendu public mardi 15 novembre par la banque allemande Berenberg et le centre d’études européen The Lisbon Council.


Voici l'article que nous avons publié la semaine dernière sur le sujet:

L’imposture a assez duré. La France, discrètement terrée dans le club de plus en plus restreint des "Triple A" (ils ne sont plus que six…), doit maintenant sortir du bois ! L’invective vient tout droit d’un rapport Euro Plus Monitor 

Le rapport Euro Plus Monitor rendu public par la banque allemande Berenberg et le centre d’études européen The Lisbon Council passe en revue les pays européens pour mettre en exergue leur capacité de résilience face à la crise. A la manière d’un maître d’école, les auteurs classent, notent, conseillent et réprimandent les élèves de la zone euro. Les matières au programme? Croissance, compétitivité, ou fiscalité, …

Aux côtés des petits pays épargnés par la crise de la dette, l’Allemagne (3) et les Pays-Bas (4) trustent le haut du classement général du baromètre Euro Plus Monitor, avec une note de 6,8/10. Les autres Triples A ne sont pas loin, Finlande (6) et Autriche (7) en tête.

Un vilain petit canard chez les "AAA"

Oui mais voilà, la France aussi, a un "AAA". Et elle n’arrive qu’en 13ème position du classement sur un effectif de 17 pays. Pire, elle est derrière l’Espagne, que l’on dit aux portes de la récession, et talonnée par l’Italie.

L’étude inventorie les faiblesses françaises:

  • Part des dépenses publiques dans le PIB la plus haute de l’eurozone
  • Résultats sous la moyenne pour la plupart des comptes publics
  • Enorme déficit fiscal
  • Très faible augmentation de la valeur ajoutée brute par travailleur entre 2002 et 2010
  • Faibles perspectives d’emploi des jeunes

Et l’appréciation finale est sans appel:

Les résultats sont trop médiocres pour un pays qui veut rester en tête,

assène The Lisbon Council.

Le plan Fillon fait pschitt

D’autant que la France est notée bien plus sévèrement au regard de ses mesures d’ajustement économiques à la crise: 15ème sur un classement mené, sans surprise, par la Grèce et son austérité à marche forcée. En d’autres termes, la France n’en fait pas assez, et ne mérite pas son triple A. Et le rapport de préconiser des réformes importantes, qui doivent intervenir "dans l'idéal avant l'élection présidentielle". Une semaine après la présentation du dernier plan de rigueur Fillon-Sarkozy, le tandem français appréciera.

Un gouvernement déjà mis sous pression 4 jours après son austère annonce, puisque jeudi 10 novembre, le jour de la bourde de l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) annonçant la perte du Triple A français, c’était Bruxelles qui ouvrait le feu. Par la voix de son commissaire européen aux affaires économiques, Olli Rehn, l’Europe enjoignait la France de prendre "des mesures supplémentaires pour corriger son déficit public excessif" en 2013. Le plan Fillon a fait pschitt.

Dans les faits, et aujourd’hui les faits sont dictés par les marchés, les spéculateurs ont déjà entériné la dégradation de la note française. On prête d’ores et déjà moins volontiers à la France qu’aux autres "Triple A". L’écart entre les obligations française (l’OAT, obligation assimilable du Trésor) et allemande (le Bund) atteint des records: mardi 15 novembre, il atteignait 1,86% vers 12h54, du jamais vu depuis 1997. Conséquence: la France doit dépenser deux fois plus pour financer ses emprunts à 10 ans. La France dévisse.

Les marchés l’avaient dit, ils l’ont fait.




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