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L’Europe en quête d’un bon plan

mardi, 22 novembre, 2011 - 09:50

Rien n'y fait. Ni la mise en place de gouvernements techniques en Grèce et en Italie ni les plans d'austérité à répétition. Tous les pays de la zone euro, à l'exception de l'Allemagne, sont désormais dans le viseur des marchés. En attendant un énième "sommet de la dernière chance", Myeurop fait le point sur les solutions en discussion: intervention de la BCE, euro-obligations ou éclatement.

Bond, son nom est Bond. Euro-bond, avec plusieurs zéros pour autant de milliards. Plus fort que les marchés, l’ultime recours à la crise de la dette. On le croyait mis au placard par M. Pas le chef des services de renseignement de la série des James Bond, non, M comme Merkel, Angela Merkel, patronne indiscutable d’une Europe à la dérive.

La Chancelière allemande se refuse toujours à tirer cette cartouche jugée dangereuse et dilettante. Elle a sa propre solution pour sortir de l’impasse, beaucoup moins glamour.

Retrouvez tous les détails du plan allemand pour l’Europe.

Mais, le plan pourrait être à double détente: d’abord, resserrer la discipline (budgétaire) dans les rangs – rigueur à tous les étages. Les francs tireurs, les mauvais payeurs peuvent toujours aller se faire voir chez les Grecs. Ensuite, et seulement ensuite, marche avant toute vers une plus grande intégration économique, la route balisée par les critères de Maastricht.

Les marchés attaquent même l'Europe du nord

Et Euro-bond dans tout ça, quand fait-il son entrée ? Mercredi 23 novembre. La Commission européenne a planché sur le sujet et son "Livre vert" – déjà rendu public par la presse – propose trois scénarios pour une mutualisation de la dette des pays de la zone euro. 

Le correspondant de Myeurop à Berlin nous donne le détail du plan de Jose Manuel Barroso et nous explique les réticences de l'Allemagne.

Quelque soit l’option retenue, ce "paquet commun" de la dette aura pour corolaire un renforcement de la discipline budgétaire. Drastique, comme le souhaite Berlin. "Hasard" du calendrier, c’est aussi mercredi que la Commission va proposer un renforcement de la "gouvernance" européenne. Comprendre: une surveillance accrue des économies et des budgets nationaux.

Les solutions défendues par Angela Merkel et par la Commission ne sont pas incompatibles. Question de calendrier, d’affichage politique. C’est que le temps presse. Car, rien n’y fait. Ni les mesures extraordinaires du dernier plan de sauvetage – qui tardent à être mises en œuvre – ni la formation de gouvernements technocratiques en Grèce et en Italie. Les marchés attaquent encore Rome, et dernièrement un autre mastodonte européen: Madrid.

La France et la Belgique retiennent leur souffle, alors que des pays de l’"Europe du Nord" comme les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande connaissent leurs premières difficultés à se refinancer. En clair, les investisseurs moutonniers commencent à émettre des doutes sur leur capacité (ou leur volonté) a contrôler leur endettement et donc leur capacité à rembourser en temps et en heure.

Une Allemagne forte mais de plus en plus isolée

Les taux d’intérêt (autrement appelé "prime de risque") grimpent, les notes décernées par les agences de notation sont en passe d’être dégradées, avec pour conséquence une nouvelle hausse des taux… Rappelons à toute fin utile que:

  • Selon l'agence de notation Moody's, une hausse de 1% des rendements des obligations à 10 ans (la référence en la matière) représente, pour la France, 3 milliards d'euros de surcoût annuel. Soit autant de nouvelles coupes budgétaires à trouver.
  • La barre des 7% pour ces taux est jugée rédhibitoire: au-delà, les États n’ont pas seulement des problèmes pour rembourser, dans des circonstances difficiles, leur dette (problèmes de liquidité). Ils deviennent insolvables: autrement-dit, les seuls intérêts de la dette sont si exorbitants que rembourser devient impossible.

Seule l’Allemagne résiste encore et trouve grâce aux yeux des marchés. Et alors ? Que ferait-elle seule sans ses principaux partenaires économiques ? Ceux qui lui ont permis d’exporter à tout va, au prix d’un endettement croissant.

Le temps s’accélère à mesure que les marchés perdent confiance. Conscient de cet état d’urgence, les Pays envisagent différents scénarii, du plus optimiste au scénario du pire. D’après le Spiegel, Les Allemands se seraient entendus avec les Français pour une Europe plus restreinte, mais ils s’opposent sur le rôle de la BCE, au centre de tous les débats. A contre-courant, la commission européenne pousse pour imposer la solution d’une dette commune, les fameux Eurobonds. Économistes et politiques s’opposent sur QUATRE solutions. Avec comme point commun une certaine radicalité: fédéralisme ou scission de la zone euro, l’heure n’est plus aux demi-mesures.

Myeurop vous les présente ici de façon claire et succincte. Et vous propose des liens vers articles plus détaillés, si vous souhaitez encore mieux comprendre.

Une intervention musclée de la Banque centrale européenne

La première, notamment défendue par les Français et les pays du Sud, est celle d’une intervention systématique de la BCE lorsque les taux d’intérêts sur les marchés deviennent insupportables. L’économiste américain Roubini, explique que sans une politique dite "expansionniste" de la BCE – baisse des taux directeurs et "monétisation" des dettes, – aucun désendettement n’est possible, quels que soient les plans de rigueur mis en place. La BCE a recommencé à baisser ses taux, ramené à 1,25% le 3 novembre dernier.

Objectif ? Permettre aux particuliers mais surtout aux entreprises d’emprunter à bas coût. Indispensable pour espérer relancer la croissance au moment où la croissance bat de l’aile. Ensuite, "monétiser". Qu’est-ce à dire ? La BCE pourrait racheter massivement des emprunts d'Etats en délicatesse et, pour ce faire, faire tourner à plein la planche à billet.

Retrouvez l'éclairage de notre correspondant en Allemagne.

La plupart des concurrents de la zone euro ont déjà recours à cette solution. Libération rappelle que la banque du Japon a lancé un programme d'acquisition de 470 milliards d'euros de titres (dont une partie d'obligations nationales). A la fin de l'année, la banque d'Angleterre aura racheté 320 milliards d'euros de dette depuis 2009. La Fed américaine, enfin, prévoit d'investir 600 milliards de dollars dans les bons du trésor d'ici à juin 2012.

Mutualiser la dette: les eurobonds

La seconde option sur la table est celle des eurobonds. La commission européenne va présenter un plan d’action permettant leur mise en place. La BCE n’étant pas autorisée à intervenir sur le marché de la dette, les partisans d’une dette européenne estiment que seule une mobilisation massive de capitaux par un effort conjoint et solidaire de tous les États est en mesure de rassurer les marchés. Elle passerait par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), avec les nombreuses inconnues qui entoure cette institution: les montants – gigantesques – garantis par ce fonds sont-ils mobilisables in fine ? Ce fond pourrait-il être transformé en Banque, et se financer à la banque centrale ?

Tous les détails sur l'intérêt des eurobonds et la difficulté à les mettre en place, c'est ici.

Ces deux premières solutions laisserait à l’Europe le temps de "converger", basculant de l’Europe des Nations à un Fédéralisme européen. Si Angela Merkel veut "d’avantage d’Europe", elle est toujours aussi réticente à une politique monétaire expansive. Son corollaire, l’hypothétique retour de l’inflation reste le cauchemar des Allemands. La chancelière allemande a par ailleurs rejeté l’idée avancée par les "Sages allemands", d’un système de défaisance visant à rassembler l’ensemble des dettes européennes dépassant le critère des 60% de Maastricht.

De la scission à l'éclatement de la zone euro

Vient ensuite, la solution d’une scission de la zone en l’état et la création d’une "zone Neuro". Ses partisans veulent restreindre la monnaie unique aux États vertueux et pointent du doigt l’incohérence économique d’une zone euro à 17 membres.

Une solution en vogue aux Pays-Bas, comme l'explique notre correspondant à Amsterdam.

La France ne remplissant pas les conditions requises à ce Neuro, la solution semble compliquée d’un point de vue politique. Qu’adviendrait-il en effet du couple franco-allemand ?

Enfin, en cas d’éclatement de la zone euro, ou d’une sortie coordonnée de plusieurs "maillons faibles", resurgit l’idée d’une "monnaie commune" plutôt qu’une monnaie unique. Cette idée avait été avancée par le Royaume-Uni, au moment de l’introduction de la monnaie unique: plutôt que de devoir choisir entre une monnaie nationale et l’euro, pourquoi ne pas utiliser les deux ? Un système de change (flottant) répondrait notamment à la problématique des contrats libellés en euros tout en permettant aux États de dévaluer leur monnaie et de redresser leurs économies.




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