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La BCE, un créancier qui fait défaut

23.11.2011 | 15:00

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Contrairement à toutes les autres banques centrales, la BCE ne peut racheter de la dette qu'avec parcimonie. Une impuissance voulue par l'Allemagne qui pourrait ainsi condamner l'Europe à "un désastre économique historique".

Angela Merkel n'en démord pas. La chancelière allemande vient, une nouvelle fois, d'affirmer qu'il n'était pas question de donner le pouvoir à la Banque centrale européenne (BCE) de racheter massivement la dette des pays européens, comme le font sans états d'âme toutes les autres banques centrales normalement constituées.

Pour Merkel, faire de la BCE le créancier en dernier recours des pays de la zone euro "ne marchera en aucun cas, en tout cas, pas sur la durée". Depuis le début de la crise de la dette en Europe, elle est restée inflexible.

Depuis mai 2010, la BCE a, certes, racheté en tordant le bras à ses statuts qui lui interdisent de le faire, pour 194,5 milliards d'emprunts d'Etat grecs, portugais, irlandais, italiens et espagnols, mais c'est une goutte d'eau comparé aux rachats de la Fed américaine (1 300 milliards de dollars, soit 960 milliards d'euros) ou de la Banque centrale britannique (275 milliards de livres, soit 322 milliards d'euros).

Obstination allemande

L'obstination de Berlin est souvent considérée comme suicidaire pour l'Europe et les Européens. Dernier à tirer la sonnette d'alarme, le ministre polonais des Finances dont le pays résiste pourtant plutôt mieux que les autres à la crise. Pour Jacek Rostowski, interrogé par le Frankfurter Allgemeine Zeitung,

L'alternative est la suivante; soit une intervention massive de la BCE, soit la catastrophe".

Cette catastrophe, c'est "un désastre économique historique, qui, comme la grande dépression des années 1930, conduirait l'Europe dans la guerre". Ainsi, sous prétexte de sa phobie de l'inflation, l'Allemagne préférerait la guerre. Bigre!

Pour analyser la situation avec, si possible, un peu de sérénité, replongeons-nous dans nos manuels d'économie et en commençant par le chapitre sur la "TQM", la théorie quantitative de la monnaie. Souvenir de première année de faculté, elle est assez simple à comprendre: si un Etat imprime des billets de banques, il créera d’abord un effet richesse, qui se traduira en inflation, à mesure que les agents économiques voudront en profiter pour augmenter leurs prix. Autre souvenir des bancs d’école: l’hyper-inflation des années 20 en Allemagne, les brouettes de Deutschemarks, et l’arrivée au pouvoir de la tyrannie nazie.

Pourtant, alors que la crise de la dette se propage dans la zone euro, un nombre croissant de responsables économiques et politiques, à l'instar du ministres des Finances polonais, réclament une solution - au moins temporaire - pour calmer des marchés dont le dernier frein est la peur du vide. Nicolas Sarkozy est de ceux-là, et il a reçu des soutiens de poids, comme l’économiste américain Nouriel Roubini ou l'un des "Sages" allemands, Peter Bofinger.

Spirales infernales

L’économiste Martin Wolf rappelle, en effet, qu’aucun désendettement n’est possible si le taux de croissance est inférieur au taux d’intérêt (réel) supporté par les Etats.

Ainsi l’Italie, qui présente un excédent budgétaire primaire (avant paiement des intérêts de la dette), supporte un taux d’intérêt moyen de 4,5% pour une croissance qui ne dépassera probablement pas les 1% l’an prochain. Elle est donc inexorablement condamnée à s’endetter quand bien même son budget - hors coût de la dette - serait excédentaire. Et la cure d’austérité ultra-draconienne que nécessiterait un budget en excédent net tuerait un peu plus la croissance. Des spirales infernales.

Face à cette équation complexe, la BCE possède une arme redoutable: celle de pouvoir soulager les Etats en rachetant les nouvelles dettes émises. Comme le fait massivement, et sans états d'âme, la Réserve fédérale américaine, qui a racheté près de 1 000 milliards d’euros de dettes émises par le Trésor.

Une politique américaine?

Mario Dragui, le nouveau président de la BCE, a par ailleurs baissé le taux directeur de 0,25% à 1,25%. C’est l’autre levier dont dispose de la BCE: en baissant le coût du crédit elle permet d’avantage de création monétaire. Pourtant, après une très courte euphorie, les marchés ont replongé, les banques en tête, celles-ci étant exposées à la dette de leurs propres Etats. Revient donc sur le tapis la solution ultime: monétiser les dettes.

Cette option est, évidemment vue comme un dangereux vecteur de l’inflation par les orthodoxes de la politique monétaire. Nombreux sont ceux à dénoncer cette vieille recette.

La création monétaire est une impasse: faire tourner la planche à billets finira quoiqu’il arrive par de l’inflation (...) Les bulles immobilières, financières et aujourd’hui des matières premières sont les conséquences directes des liquidités massives injectées dans le monde par les banques centrales,

nous explique Philippe Herlin, auteur de "Finance, le nouveau paradigme" (Prix Turgot 2011)

"Les solutions sont politiques"

Si Nicolas Sarkozy veut convaincre Angela Merkel d’accepter néanmoins cette option, il devra jouer serré. Cela devrait nécessairement passer par une perte de souveraineté de la France, notamment un probable droit de regard de la Commission européenne sur son budget.

Mais ce sacrifice sera sûrement jugé insuffisant aux yeux de la Chancelière allemande, qui voit désormais la progression vers un fédéralisme européen comme une fin en soi. Mercredi 17 novembre, elle a encore affirmé son opposition à un recours à la BCE pour sortir de la crise.

Les dirigeants politiques se trompent s'ils pensent que la BCE peut résoudre la crise. (…) Je suis convaincue que seules des solutions politiques peuvent résoudre la situation",

A l’instar de Jans Weidmann, le président de la Bundesbank, intransigeant sur la question monétaire, les Allemands rappellent à l'envie que leur adhésion à l’euro s’est faite à la condition que la BCE resterait indépendante. Le Spiegel du 14 novembre, notait, non sans un certain humour, comment le président de la Bundesbank s’isolait de ses confrères lors des derniers sommets européens. Comme pour se protéger des appels du pied des partisans d'une dilution de la dette par la création monétaire.





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