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Visite guidée de l’immeuble des Indignés à Londres

mercredi, 23 novembre, 2011 - 16:42

Les indignés anglais ont transformé en "Banque des idées" un complexe immobilier en plein centre de Londres, propriété d'UBS. Conférences et débats au programme.

Des confettis sont jetés des fenêtres du premier étage alors qu’une enfant dans les bras de son père coupe le bandeau rouge tendu devant l’entrée. La centaine de personnes présentes n’inaugurent pas un magasin au beau milieu de la City de Londres, mais l’occupation officielle d’un immeuble, propriété d’UBS, par les Indignés britanniques.

Tandis que plus de 9000 familles ont été expulsées de leur domicile ces trois derniers mois pour n’avoir pas pu rembourser leur crédit, principalement en raison de la récession provoquée par les banques, UBS et d’autres géants financiers, laissent à l'abandon des immeubles entiers. Les banques reprennent possession des logements des familles, il est donc logique que leurs propriétés soient récupérées par ceux qui n'ont pas de logement"

estime Jack Holburn, l’un des occupants.

"Interdit de fumer et de boire de l'alcool"

Ce complexe de quatre étages comprend plusieurs centaines de pièces. "Depuis notre arrivée vendredi, nous tâchons de sécuriser l'immeuble qui n’a pas été vraiment habité depuis plusieurs années", indique Pete Phoenix, l’un des leaders du groupe, reconnaissable à sa veste jaune fluorescent.

Nous voulons donc limiter l’accès aux principales pièces saines et aisées d’accès, et nous avons fermé toutes les fenêtres qui ne donnent pas sur le rez-de-chaussée pour empêcher les accidents".

Des armoires ont été placées contre des portes pour bloquer l’accès à d’interminables couloirs, des barrières en travers d’escaliers pour empêcher de monter au-delà du premier étage. Des affichettes précisent qu’il est "interdit de fumer ou de boire de l’alcool dans l’immeuble" et un coin fumeur a été prévu sur la terrasse au dernier étage

"Nous avons beaucoup d'amis"

Les Indignés contrôlent également l’accès. Seuls sont autorisés d'entrer les amis des squatteurs, qui doivent s’enregistrer sur un carnet à leur arrivée. "Mais nous avons beaucoup d’amis… " sourit Pete Phoenix. Le carnet a une autre utilité. "Si vous avez des connaissances quelconques que vous voulez partager, comme sur l’électricité, le son, etc, indiquez le à côté de votre nom" précise Maddy, au "Bureau d’information" qui vient d'être ouvert.

L’un des arrivants – ils ont tous entre vingt et quarante ans- est immédiatement embarqué, après avoir été muni d’une lampe frontale, dans les sombres entrailles du bâtiment pour en étudier la structure.
"Nous voulons savoir quel est l'état du réseau électrique pour pouvoir brancher des projecteurs sans faire sauter les plombs", m'explique Peter Phoenix avant de partir en expédition dans les entrailles du bâtiment.

Conférences sur la finance

Mais sans attendre, plusieurs professeurs de prestigieuses universités londoniennes ont déjà donnés des conférences depuis le week-end dernier, sur la finance, les inégalités économiques, les paradis fiscaux, Cuba et la Palestine. Et le rythme ne faiblit pas.

Lors des premières nuits, seules vingt à trente personnes ont dormi sur place. Ceux qui ont gardé l’immeuble pendant la nuit se reposent à leur tour, enroulés dans un sac de couchage posé sur un tapis de sol, dans une pièce où la température ne dépasse pas les 15°C.  "L'immeuble a été rebaptisé 'Banque des idées'. Il doit surtout servir de lieu de réunions et de débats, ainsi que d’espace de travail et de créativité, notamment pour réaliser des bannières" explique Mat, un Anglais d’une quarantaine d’années. Sur des banderolles, des slogans :

Coupes budgétaires £6 milliards, évasion fiscale £25 milliards"

Vodafone, fraudeur, tu nous dois £6 milliards !"

Mat n’est pourtant pas rassuré: "Reste à savoir combien de temps nous pourrons rester ici car visiblement UBS a, à chaque fois, vite expulsé les précédents squatteurs de l’immeuble".

Il jette un coup d’œil par la fenêtre, en face de laquelle deux camions de police sont désormais postés en permanence. Le "59 Sun Street" est placé sous étroite surveillance.




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