Connexion

Syndicate content

Les Portugais en grève générale

jeudi, 24 novembre, 2011 - 09:39

Transports publics, services de santé et éducation fonctionnent aujourd'hui au régime minimum au Portugal. Au même moment, l'agence de notation Fitch dégrade de nouveau la note portugaise. A une semaine de l’adoption définitive d’un budget d’extrême rigueur pour 2012, la grogne est la seule chose qui se porte bien dans le pays.

Le vieux lion est sorti de sa réserve. Mario Soares, patriarche de la politique portugaise et gardien de la démocratie – il a été le premier chef d’un gouvernement démocratique en 1976 – est sorti de sa réserve. Il a lancé un appel aux citoyens de gauche afin qu’ils se mobilisent "pour la justice sociale et l’approfondissement de la démocratie comme forme de résolution de la crise".

Un document extrêmement politique qui stigmatise une stratégie de privatisation des entreprises et les "obscurs jeux du capital qui remettent en cause la démocratie". Au passage, les signataires de l‘appel réclament un nouveau paradigme pour l’Union européenne, et s'inquiètent de l’arrivée de dirigeants technocrates – en Grèce ou en Italie.

Les appels de ce genre sont rares au Portugal. C’est dire à quel point la tension est palpable en ce matin de grève générale décrétée par les deux centrales syndicales que compte le Portugal. Il est tout aussi rare de voir ces deux centrales, aux visions fondamentalement dstinctes, faire front commun: la Confédération générale des travailleurs (CGTP), proche du Parti Communiste (son instrument pour certains), et l’Union Générale des Travailleurs (UGT), organe centriste partisan du "dialogue social". Quant aux grèves générales, elles se comptent sur les doigts d'une seule main: il n’y en a eu que deux depuis 1988. La dernière est récente, c'était il y a un an, jour pour jour.

Contre l’austérité, marchons, marchons !

Ironie de l’histoire, le 24 novembre 2010, jour de grève générale sous le gouvernement socialiste de José Socrates, avait servi à mobiliser contre l'imminent appel du Portugal à l’aide internationale, et contre l’austérité. Déjà. Mais le Portugal n’a pu éviter le secours de l’Union européenne et du FMI, qui lui ont attribué 78 milliards d’euros pour rendre au pays sa crédibilité sur les marchés, et sortir de la spirale de l’endettement interne et externe.

En contrepartie, les dirigeants portugais se sont engagés à respecter un cahier des charges extrêmement exigeant. Tous les trois mois, la "Troïka" du programme d’aide – représentants de l’UE, du Fond Monétaire international et de la Banque centrale européenne – se penche sur le malade portugais, et lui prend le pouls. A chaque fois, le remède consiste en un tour de vis supplémentaire. Et l'annonce ce jeudi d'une nouvelle dégradation de sa note par l'agence Fitch rend le Portugal enconre un peu plus vulnérable. L'agence de notation estime que le PIB portugais subira une contraction de 3% en 2012. Sa note passe donc de "BBB-" à "BB+".

Une mise en garde

Les syndicats haussent le ton. Dans un pays calme où manifestation et grève sont des droits acquis de haute lutte, mais sans une goutte de sang versée, la mesure du "ras-le-bol" est difficile à prendre. Hormis la fonction publique, particulièrement remontée après l’annonce de la suppression des primes de vacances et de noël, du gel des salaires et de l’avancement, les Portugais balancent entre résignation et sentiment d’injustice. Faire grève? Pour beaucoup, c’est impensable.

Carla, fonctionnaire de 40 ans et mère de deux enfants en bas-âge dit ne pas pouvoir se le permettre. "Depuis cette année, je perds 50 euros de revenu mensuel. Faire grève c’est 40 euros en moins ce mois-ci. Presque 100 euros de retenues, c’est impossible", confie la jeune femme. Elle ne sait pas comment elle fera l’année prochaine avec 2 500 euros de primes en moins.

La grève devrait donc affecter avant tout la fonction publique, objet de toutes les attentions négatives du gouvernement. Les transports publics, la santé, l’éducation, la sécurité devraient fonctionner au minimum. Le trafic aérien s’annonce perturbé, par une grève du personnel de la TAP, la Compagnie aérienne portugaise en passe d'être privatisée.

L’un des principaux intérêts du mouvement de jeudi, c'est qu’il va faire l’actualité internationale, au même titre que les mouvements grecs, espagnols, français. Et si la paralysie est générale, les garants de la politique économique seront forcés d'évaluer leur propre capacité á imposer cette politique",

notait mercredi Manuel Loff, un éminent chercheur de l’université du Minho (nord du Portugal) cité par le journal Público.

Mario Soares, vieux briscard de la politique âgé aujourd’hui de 87 ans, ne s’y est pas trompé: la dramatisation ne pourra que renforcer la dimension hautement symbolique de ce mouvement du 24 novembre.




Pays