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L’Allemagne, un donneur de leçons loin d’être irréprochable

mardi, 29 novembre, 2011 - 12:58

Dette publique fortement minorée, banques fragilisées, financement du déficit pas toujours évident, la première puissance économique d'Europe n'est pas à l'abri de la crise financière qui secoue l'Europe. Et n'est pas forcément, pour cette dernière, le modèle à suivre. 

Les donneurs de leçons pourraient bientôt se voir coiffer d’un bonnet d’âne. L’Allemagne n’a pas cessé ces derniers mois de tirer les oreilles de ses voisins méditerranéens. Les "pays du Club Med", comme les a surnommé Angela Merkel, auraient dépensé sans compter et leurs banques leur auraient prêté de l’argent sans réellement se soucier de leur solvabilité. Mais depuis quelques jours, ces mêmes critiques visent Berlin et Francfort.

Dans un article au vitriol intitulé "La vérité", le très conservateur et libéral quotidien financier Handelsblatt expliquait le mois dernier que la République fédérale serait endettée à hauteur de 185 % de son produit intérieur brut alors que les chiffres gouvernementaux avancent un beaucoup plus présentable 83%.

Une dette un peu trop light

Pourquoi cette différence ? Officiellement, Berlin estime que sa dette atteint 2 000 milliards d’euros. Mais cette somme ne comprend pas une bonne partie des dépenses prévues pour les retraités, les malades et les personnes dépendantes. Or ces charges supplémentaires, dans un pays vieillissant, représentent à elles seules un montant proche de… 5 000 milliards d'euros.

Il est vrai que ce sont des futures dettes et que les comptes publics ne ressemblent pas à des bilans d'entreprise. Il est vrai aussi que tous les pays pratiquent le "hors bilan". En France, la Cades (caisse d'amortissement de la dette sociale) prend également à son compte des dettes n'entrant pas dans le calcul de la dette publique.

Mais les banques allemandes seraient, elles aussi, passées maître dans l’art de maquiller leurs comptes. La publication dans les tous prochains jours des derniers tests de résistance opérés sous l'égide de l'Autorité bancaire européenne (EBA) devrait le prouver. Pour répondre aux nouvelles règles concernant la valorisation de leurs portefeuilles de dette souveraine, les établissements financiers allemands pourraient devoir trouver 10 milliards d'euros supplémentaires dans les plus proches délais.

Le groupe le plus fragile est sans aucun doute Commerzbank. La deuxième plus grande banque en République fédérale aurait besoin de se recapitaliser à hauteur de 5 milliards d’euros alors que les dernières estimations tablaient sur un montant proche de 2,9 milliards. Cette rumeur a fait plonger son cours en Bourse de plus de 15% mardi dernier.

On boude le "Bund" !

Ces mauvaises nouvelles commencent à inquiéter les investisseurs. La semaine dernière, Berlin est parvenu à placer sur les marchés financiers que les deux tiers des 6 milliards d’euros d’obligations ("bund") à échéance de dix ans qu’elle souhaitait écouler. Le faible taux proposé (1,98%), qui était bien inférieur à sa dernière émission (3,25%), explique en partie cet échec. Mais la frilosité des investisseurs prouve également que les moyens financiers de la première économie de la zone euro "ne sont pas infinis", comme l’a rappelé, aujourd’hui, Steffen Seibert, le porte-parole d’Angela Merkel.

Cette vente ratée est "presque un mal pour un bien", tempère toutefois Henrik Uterwedde, le directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg. C’est un investissement sans frais qui montre à tous que l’Allemagne n’est pas aussi nantie que certains veulent bien le penser.

De là à prétendre que l'Etat fédéral veut afficher au grand jour ses difficultés pour justifier son refus de s'engager plus avant dans le soutien aux pays européens en crise… En réalité, Berlin n'entend pas grever ses finances publiques en offrant des taux plus élevés. D'autant que les "Bund" qui n'ont pas trouvé preneur sur le marché sont pris en pension par la Bundesbank (la banque centrale) en attendant des jours meilleurs.

Reste que l'image de la vertueuse Allemagne, modèle d'orthodoxie financière, semble bien se fabriquer à Epinal…




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