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L’UE renonce à fermer les vannes du pétrole iranien

vendredi, 2 décembre, 2011 - 16:39

Quand l’Union européenne condamne l’Iran, elle parle d’une seule voix. Quand il s’agit d’établir les sanctions, la mélodie des Etats membres est plus dissonante. Pourquoi ? Parce que certains ne sont pas prêts à se priver de son pétrole.

Punir sans en souffrir. C’est la délicate partition qu’a tenté de jouer l’Union européenne hier, sur le dossier du nucléaire iranien. Les Vingt-sept ont, en effet, décidé "d'élargir les sanctions [déjà] existantes" contre la République islamique d’Iran, mais ils n’ont pu s’entendre sur le blocage de ses exportations de pétrole. Plusieurs pays européens sont trop dépendants du pétrole iranien pour accepter de fermer les vannes avec Téhéran.

Comme souvent lorsque l’UE s’essaie à une décision de politique extérieure coordonnée, l’unité de façade a accouché d'un compromis bancal. La mise à sac de l’ambassade britannique à Téhéran, il y a trois jours, avait pourtant donné lieu à un concert de condamnations. Derrière le Royaume-Uni, les pays européens avaient fait front commun. L’affront fait aux Britanniques l’a été "contre l'ensemble de l'UE" avaient-ils déclaré, unanimes.

Deux jours plus tard, les vingt-sept ministres des Affaires étrangères se réunissent donc à Bruxelles pour décider de sanctions envers Téhéran.  Ils décident que les avoirs détenus en Europe de 143 sociétés persanes et de 37 responsables iraniens seront gelés. Ces derniers sont également déclarés non grata en Europe. 

La Grèce refuse l'embargo

Mais alors que le pétrole est la principale source de revenus de l’Iran, il est épargné par ces sanctions. La solidarité avec le Royaume-Uni a ses limites: la dépendance énergétique de l’UE. 6% du brut importé en Europe provient d’Iran, soit plus de trente millions de tonnes en 2010.

L'or noir iranien est particulièrement indispensable pour certains pays: la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou encore la Belgique. Athènes a, la première, opposé son véto à un embargo sur le pétrole iranien, qui représente 14% de la consommation annuelle grecque, selon des chiffres de la Commission européenne. Le front pro-embargo, emmené par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, a donc, pour le moment, cédé.

La Grèce a émis un certain nombre de réserves, il faut les prendre en compte bien entendu, et donc travailler avec les différents partenaires pour que l'interruption des livraisons de l'Iran puisse être compensée par l'augmentation de la production dans d'autres pays. C'est quelque chose de tout à fait possible",

estime, Alain Juppé.

La France, chantre de l’embargo, et qui ne perçoit que 2% du pétrole iranien exporté vers l’UE, argue que la reprise de l’exploitation en Libye compensera la perte des barils iraniens. Mais la Grèce reste peu disposée à négocier car "l’Iran lui vend à crédit, ce qui constitue un avantage non négligeable par les temps qui courent", explique un diplomate cité par l’AFP. Du pétrole à crédit, une aubaine en temps de crise.

Alors l’UE procrastine. Dans une déclaration, elle a précisé que les sanctions concernant "le système financier iranien, le secteur des transports, de l'énergie" seront étudiées le 30 janvier 2012, lors de la prochaine réunion des ministres européens des Affaires étrangères.




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