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Merkel et Sarkozy: pacte de fer, mais fausse entente

vendredi, 2 décembre, 2011 - 14:38

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont la même analyse de la crise et proposent désormais des solutions identiques pour y faire face, l'Elysée s'étant aligné sur la Chancellerie. Mais la notion même d'intégration européenne n'a pas du tout le même sens à Paris et à Berlin.

Après le discours d'Angela Merkel, ce matin devant le Bundestag, on comprend mieux l'insistance de Nicolas Sarkozy, hier soir à Toulon, sur l'impérieuse nécessité pour la France et l'Allemagne de marcher d'un même pas. Le duo, baptisé depuis plusieurs semaines "Merkozy" par la presse germanique, parle, du moins officiellement, d'une seule voix sur les remèdes à la crise

Nicolas Sarkozy se défend, certes, de mettre la France "à la remorque" de l'Allemagne, mais il ne "reviendra jamais" sur son "choix de la convergence" avec son puissant voisin. Cela requiert une stricte "discipline budgétaire" et un "nouveau traité" permettant d'aller plus loin dans "l'intégration" politique, le traité européen actuel ne permettant pas de faire face "à l'urgence de la crise".

De la sueur et des larmes

Angela Merkel fait le même constat d'échec du fonctionnement de l'Europe confrontée à la crise de l'euro: "Il n'y a pas d'alternative à un changement des traités", a-t-elle martelé. C'est nécessaire pour réaliser "une union de la stabilité" qui est, en fait, "une union budgétaire avec des règles strictes, au moins pour la zone euro". C'est ça ou la fin de l'euro. "L'élément central" de cette union sera "un nouveau plafond d'endettement européen". Et ceux qui auraient la faiblesse de dépasser ce plafond seront automatiquement sanctionnés. 

Même prévision, également, sur la durée de la sueur et des larmes qui attend les Européens. La purge de l'endettement va être longue: "la résolution de la crise de la dette souveraine est un processus qui prendra des années". Mais qu'on se rassure: "Les marathoniens disent souvent que la course devient réellement difficile à partir du 35e kilomètre, mais ils disent aussi qu'il est possible d'atteindre la ligne d'arrivée si l'on est conscient de la difficulté dès le départ". Pour le moment, on n'a donc pas vraiment souffert, le pire est à venir.

Divergences fondamentales

Version Nicolas Sarkozy, cela donne: il faut regarder "la vérité en face". Cette vérité, c'est "le passage d'un grand cycle d'endettement à un grand cycle de désendettement va s'accompagner d'un ajustement auquel toutes les politiques économiques des pays développés vont se trouver confrontées". Un "grand cycle économique"? Espérons que Nicolas Sarkozy ne fait pas référence au théoricien des cycles économiques, Nikolai Kondratiev, qui prévoyait, en fin de cycle, une "période de dépression" d'une vingtaine d'années.

Par ailleurs, Angela Merkel a définitivement mis fin aux velléités initiales de l'Elysée de convaincre l'Allemagne d'une mutualisation de la dette par l'émission d'euro-obligations. Nicolas Sarkozy, sur ce point, est resté muet comme une tombe.

Mais si sur les solutions à la crise, Nicolas et Angela sont en phase, sur l'avenir de l'Europe, ils divergent fondamentalement.

Nicolas Sarkozy s’enferre dans une erreur stratégique. Il continue, de manière tragique, à vouloir ce qu’on pourrait appeler, l’Europe sans l’Europe. Quand il dit 'c’est par l’intergouvernemental que passera l’intégration européenne', il démontre, en une phrase, l’inanité de sa démarche

, explique Sylvie Goulard, eurodéputée centriste (MoDem).

Car les mots ont un sens. L’intergouvernemental n’est justement pas "l’intégration", c’est tout au plus une forme de coopération, de juxtaposition d’Etats qui ne forme pas un tout".

"L'Europe n'existe pas"

A l'inverse, outre-Rhin, l'intégration européenne va de pair avec l'orthodoxie budgétaire. Depuis des lustres, Berlin plaide, notamment, pour un renforcement des pouvoirs du Parlement européen, sensé compenser le déficit démocratique des institutions communautaires. Et la perspective d'une Europe plus fédérale n'effraie pas Angela Merkel. Nicolas Sarkozy s'est, lui, bien gardé d'utiliser le mot de "fédéralisme". Et pour cause.

Le but principal de son discours devant les militants toulonnais de l'UMP était de les rassurer: il ne cédera jamais sur la "souveraineté nationale" considérée comme consubstantielle à l'identité française: "Nous ne reprendrons pas la maîtrise de notre destin tout seuls. (…) L'Europe, ce n'est pas moins de souveraineté, mais davantage de souveraineté parce que c'est davantage de capacité d'agir"

On retrouve ici l'art de la formule de la plume présidentielle, Henri Guaino.

"Il est peu probable que cela suffise pour convaincre un investisseur chinois ou un assureur américain" constate Sylvie Goulard. "Il est [également] peu probable que cela éclaire les citoyens européens. (…) En affirmant que seuls 'les chefs d’Etat et de gouvernement disposaient de la légitimité démocratique qui leur permettait de décider', le chef de l’Etat donne au monde entier le signal que 'l’Europe' n’existe pas".

Et que le Parlement européen, reste, au mieux, pour l'Elysée, une voie de garage pour élus en panne de mandats nationaux. 




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