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Muziekodroom: le rock flamand s’exporte en Europe

vendredi, 2 décembre, 2011 - 17:19

En Flandre et aux Pays-Bas, des centres et des clubs musicaux offrent un accompagnement professionnel à des jeunes musiciens rock et pop. Une vie musicale intense qui trouve une nouvelle dimension européenne avec un projet transfrontalier: Youropeans. Steve Moens est l'animateur d’une de ces pépinières de talents. Myeurop l'a rencontré.

Le groupe Hooverphonic, habitué des charts en Europe et aux Etats-Unis, est numéro 1 en Israël. dEUS, adulé par ses fans qui considèrent le leader du groupe, Tom Barman, comme un véritable gouroux. On pourrait encore citer Zita Swoon, Kiss My Jazz ou encore Dead Man Ray… Entre tous ces groupes pourtant si différents, un point commun, pour le moins étonnant : ils sont tous originaires de Flandre, une région d’Europe grande comme un mouchoir de poche, mais dont la sphère musicale est d’une étonnante vitalité.

Une vitalité qui s’exporte bien et surfe sur la vague européenne. Des centres musicaux flamands et néerlandais s’associent pour élargir leurs réseaux, offrir de meilleures opportunités aux jeunes artistes et promouvoir de nouvelles formes musicales.

Steve Moens est responsable de projet au Muziekodroom de Hasselt, une ville entre Anvers et Maastricht, qui – comme tant de villes flamandes – a pu conjuguer un développement économique remarquable avec la préservation de son patrimoine historique et architectural. Rencontre.

Comment est né le Muziekodroom ?

Au départ, c’est un musicien de la région, Koen Vanduffel, qui donnait des leçons de batterie dans son jardin. Il a eu tellement de succès que rapidement le jardin n’a plus suffit. En 1993, il a trouvé ce lieu qui est en fait un ancien abattoir industriel. Au début, il n’utilisait que deux locaux, plus ce qui est maintenant notre petit café. Et puis, petit à petit, il a utilisé l’ensemble du bâtiment.

Disons que je suis un jeune artiste pop ou rock, qu’est-ce que je peux trouver ici ?

Nous offrons des cours de musique : batterie, claviers, basse, chant, guitare. Nous accueillons 360 musiciens par an. Nous avons six salles équipées, ainsi que trois salles de répétition : 25 groupes répétent ici chaque semaine en moyenne. Nous avons aussi une salle de concert qui peut accueillir 850 personnes et dans laquelle se produisent des groupes d’un peu partout. Et puis une salle plus petite, par exemple pour le blues.

En tout, nous organisons environs 70 concerts par an. Nous offrons aussi une assistance à la production musicale ainsi qu’un studio d’enregistrement. Nous proposons du coaching pour les groupes qui veulent se professionnaliser. Nous avons mis sur pied un bachelor en musique avec la haute école de musique de la province du Limbourg. Enfin, des festivals et des concours : aujourd'hui c'est d’ailleurs la finale de concours de DJ, de groupes de musique et de “stand up comedy”… Et puis maintenant, il y a aussi le projet Youropeans.

Qu’est-ce que c’est que ce projet Youropeans ?

C’est une collaboration qui est née d’une dynamique transfrontalière : l’Euroregion Meuse-Rhin. C’est un partenariat entre cinq régions réparties sur trois pays: pour les Pays-Bas, la province du Limbourg hollandais ; pour la Belgique, la province du Limbourg belge, la Communauté Germanophone et la province de Liège, et enfin, pour l’Allemagne, la Région d’Aix-la-Chapelle. A noter que Maastricht s’est appuyée sur cette association pour poser sa candidature en tant que capitale culturelle de l’Europe en 2018: c’est dans ce cadre que nous nous sommes associés avec deux centres néerlandais, le Muziekgieterij de Maastricht et le Nieuwe Nor de Heerlen.

En quoi consiste cette collaboration ?

Nous avons une programmation commune : ce qui veut dire que des musiciens peuvent tourner dans les trois clubs. Nous organisons aussi notre communication en commun. Cela élargit considérablement notre réseau professionnel. Et cela nous permet de mieux accompagner nos résidents.

 

Lili Grace werkweek 2/3: Micha Volders from Muziekodroom on Vimeo.

Parlez-nous de ce programmes "résidents"…

Nous accueillons deux groupes en résidence par an. Ils séjournent ici pendant un an, et entrent à 6 mois d'intervalle. L’objectif est de les aider à définir leur trajectoire. On analyse avec eux leur projet : leurs objectifs, leurs forces, leurs points faibles. On définit ensemble un programme. Et on cherche les coachs qui correspondent au mieux à leurs besoins. Ces coachs sont des professionnels du secteur : des musiciens qui donnent des conseils pour l’écriture musicale ou des textes, mais aussi pour la voix, l’accompagnement, l’orchestration, des ingénieurs du son, des producteurs, des spécialistes de la musique électronique, etc.

Les artistes en résidence bénéficient aussi d’un espace de travail exlusif : la "salle noire" dans laquelle ils peuvent passer autant de temps qu’ils veulent. Pour l’instant, nous accueillons Lili Grace, un duo de soeurs de 17 et 19 ans originaires de Ham, un petit village de la région. Elles jouent de la contrebasse électrique, du piano et chantent sur une musique à la fois très mélancolique et envoûtante. L’autre groupe, Sungrazer, vient de Maastricht et jouent un type de musique totalement différent, très rythmique, beaucoup plus rock.

Quel est l’apport de Youropeans? 

Avec le projet Youropeans, nous offrons une dimension supplémentaire : les groupes peuvent bénéficier d’un accompagnement dans les trois centres. Et le réseau de coachs professionnels à qui nous pouvons faire appel est beaucoup plus large, ce qui fait que nous pouvons encore cibler davantage les besoins de nos groupes. De plus, les autres groupes bénéficient aussi d'une meilleure visibilité : ils peuvent "tourner" sur trois scènes différentes.

L’idée de cette collaboration était dans l’air depuis un certain temps. Mais avec Youropeans, nous avons pu la réaliser beaucoup plus tôt et à une échelle plus large.

Quel est l'avenir de Youreopeans ?

C’est un projet-pilote. Il nous a montré qu’il était possible de travailler au niveau international et donc d’offrir plus de visibilité et d’opportunités professionnelles aux groupes que nous suivons.

Nous allons profiter de cette expérience et élargir encore notre rayon d’action. Il y a par exemple une scène très active à Liège, notamment en musique Dance, et nous envisageons aussi de collaborer avec d’autres clubs en Allemagne. Nous allons introduire un projet Interreg 4 afin d’obtenir un financement de ces nouvelles collaborations. La dimension européenne est très importante si nous voulons professionnaliser ces groupes.

Et  Muziekodroom ? Est-ce qu’un nouveau Hooverphonic ou un nouveau dEUS vont émerger de Hasselt ?

Nous voulons rester une maison chaleureuse où de jeunes musiciens peuvent grandir, nous voulons créer un milieu positif où ils peuvent se professionnaliser. Un endroit de dimension familiale où les artistes peuvent acquérir des bases solides pour aller plus loin dans leur parcours. Et nous restons ouverts : un artiste que nous avons accompagné peut toujours revenir chez nous, pour un conseil ou acquérir une expertise complémentaire dans un domaine.

Alors un nouveau dEUS ou Hooverphonic, pourquoi pas ? Nous sommes convaincus que ce type de groupe de dimension internationale ne peut grandir que s’il trouve un terreau favorable. Et c’est ce biotope que nous essayons d’offrir aux artistes.


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