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L'Italie ruinée…et pillée

Piazza di Spagna / Riccardo De Luca/AP/SIPA

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05.12.2011 | 14:11

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Saccagé par les touristes et les "tombaroli", le patrimoine antique de l'Italie est menacé. Alors que la peine pour le vol d'une stèle romaine est ridicule, la crise aidant, plus rien n'arrête les pilleurs. 

Il y a les pilleurs professionnels qui démontent une tombe antique en deux coups de marteau tel les trois Romains surpris par les carabiniers alors qu’ils s’apprêtaient à réduire en douze morceaux une stèle de l’époque romaine pour l’écouler plus facilement.

Il y a aussi les petits "tombaroli", les pilleurs de tombes en italien, qui arrondissent leurs fins de mois en saccageant occasionnellement les sites archéologiques. Tel ce mécanicien romain épinglé alors qu’il tentait à coup de cric, d’arracher les statuettes sculptées dans le couvercle d’un sarcophage à Ostie.

Il y a enfin, les touristes qui profitent d’une ballade à Pompéi ou au Colysée pour prendre un morceau de mosaïque, un bout de squelette ou un gros caillou qui finit sur la cheminée à coté de l’urne du grand-père ou sur la table de nuit. C’est ce qu’a fait un couple d’Américains de passage à Rome il y a vingt cinq ans. Sauf que, pris d'un tardif remord, ils ont décidé, l’an dernier, de réexpédier le morceau de Colysée volé avec un petit mot d’excuses.

Phénomène "dévastateur"

Dans la péninsule, quelques 3500 musées et 2000 sites archéologiques sont régulièrement victimes de voleurs qui revendent leurs butins au marché noir de l’art antique et des touristes à la recherche d’un "souvenir" original et non pas une copie made-in-China. Sans parler des nombreux Italiens qui n’éprouvent aucune honte, contrairement au couple d’Américains, à s’emparer d’un bout de leur patrimoine artistique pour l’utiliser comme presse-papier au bureau.

Face à l’ampleur d’un phénomène qualifié de "dévastateur", les autorités artistiques tirent la sonnette d’alarme et demandent au tout nouveau ministre de la Culture Lorenzo Ornaghi, de durcir les peines prévues. Le fait est qu’en Italie, la loi permet aux carabiniers d’arrêter les voleurs de boites de sardines dans les supermarchés, mais pas les pilleurs de tombe. A titre d’exemple, le code des Biens Culturels approuvé par le gouvernement Berlusconi en janvier 2004 prévoit des amendes d’un montant ridicule.

Moins risqué que le vol à l'étalage

Les receleurs et les trafiquants qui démontent une fresque risquent une amende comprise entre 775 et 38.000 euros maximum et une peine de prison de trois ans. Dans la pratique, toutefois, ces mesures ne sont jamais appliquées, la justice italienne étant particulièrement connue pour sa lenteur. Les procès même pour des délits mineurs vont souvent de la première instance jusqu'en Cour de cassation et durent en moyenne une dizaine d’années. Dans le meilleur des cas toutefois !

Un type qui vole un pull-over qui coûte moins de 20 euros risque dix ans de réclusion. Un autre qui vole une œuvre valant quelques millions d’euros ne sera probablement jamais puni"

déplore le magistrat Paolo Ferri, spécialisé dans la lutte contre le vol d’œuvres antiques.

Il y deux mois, le ministre de la Culture de l'ex-gouvernement Berlusconi, Giancarlo Galan, avait déjà promis de modifier la loi afin de permettre l’arrestation immédiate du voleur, son incarcération préventive et l’allongement du délai de prescription pour ce type de délit. Enfin des peines de prison pouvant aller jusqu’à six ans. Depuis, il y a eu la chute du Cavaliere, la tournure dramatique de la crise de l’euro et la nomination du gouvernement de Mario Monti. Du coup, le projet du ministre Galan risque de moisir dans un fond de tiroir.

A moins que son successeur, ému par les plaintes des responsables des musées et des sites, ne reprenne rapidement la chose en main. Mais cela ne sera probablement pas la priorité du gouvernement de techniciens qui préside désormais aux destinées bien incertaines du pays.

Le Colysée saboté

Mais le pillage n'est pas la seule menace pour le patrimoine antique. Les méthodes pour l'entretien et la rénovation des monuments est inquiétante. Ainsi, l’Ari, l’association des restaurateurs d'édifices historiques, demande "pour éviter le pire" l'interruption immédiate des travaux de réfection du Colysée.

Pour ces spécialistes du lifting du patrimoine, les méthodes utilisées par les entreprises chargées des travaux vont saboter l’emblème de la Rome antique classé au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO en 1980. Dans une lettre adressée au gouvernement, les restaurateurs remettent en cause les compétences professionnelles des maçons recrutés pour effectuer les travaux commandités et payés par l’entrepreneur et mécène Diego Della Valle.

En février dernier, l’Ari avait déjà tiré la sonnette d’alarme en affirmant que la partie la plus importante de la remise en ordre du Colysée à savoir, l’élimination des incrustations, de la végétation et du calcaire avec des produits et des compresses spéciales auraient été confiée à une entreprise de bâtiment. Une décision incompréhensible pour l’Ari, le propriétaire de la marque Tod’s ayant débloqué 25 millions d’euros pour "lifter" le Colysée.

Ce montant conséquent ne justifiait pas le besoin de faire des économies en recrutant des maçons et non pas des "hommes de l'art". Aujourd’hui, les restaurateurs professionnels se retournent vers le ministre de la Culture en lui demandant d’intervenir pour demander aux entreprises de bâtiment de recruter des spécialistes pour suivre les travaux.



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