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Suède: les prostituées désertent le trottoir pour internet

lundi, 5 décembre, 2011 - 15:08

La Suède a été le premier pays à criminaliser les clients de la prostitution, dès 1999. Un modèle dont les députés français veulent s'inspirer. Si la prostitution de rue a largement reculé, circonscrite aux grandes villes, c’est désormais sur internet qu'elle préoccupe les autorités.

Lorsque la loi sur la criminalisation des achats sexuels fut votée en 1998 en Suède, avant d’entrer en vigueur le 1er janvier 1999, la tonalité était on ne plus claire pour les partisans de cette législation alors unique au monde.

Bien sûr, il s'agit d'une loi féministe. Mais, avec le Parlement le plus égalitaire au monde, il est normal qu'une question défendue par les organisations féminines devienne une question politique."

revendiquait Inger Segerström, alors députée et présidente de la Fédération des femmes sociale-démocrates.

Et c'est ainsi que la Suède, où plus de 40 % des députés étaient des femmes, votait une loi criminalisant l'achat de services sexuels, devenus passibles de six mois de prison. Une loi qui n'interdisait pas aux prostituées de continuer à tarifer leurs charmes. Des prostituées mais pas de clients?

Il s'agit pour nous de marquer que la société n'accepte pas qu'un homme puisse acheter une femme pour son plaisir. Cela a très peu à voir avec la sexualité. Il s'agit d'une question de pouvoir et d'égalité",

expliquait la députée suédoise.

Des députés français et Roselyne Bachelot, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, veulent s'inspirer de ce modèle présenté comme "disuasif".

Prostitution 2.0

La prostitution de rue, après avoir quasiment disparu après l’entrée en vigueur de la loi, a depuis reparu – mais presque exclusivement dans les grandes villes. Le nombre de prostituées de rue a diminué de moitié, selon un rapport publié l’an dernier par le ministère de la justice faisant le point sur dix années d’application de la loi.

Une grosse partie du marché de la prostitution se déroule désormais sur internet, par le biais notamment de forums de discussion où les clients potentiels tentent de prendre contact avec des jeunes. En 2009, environ 10% des jeunes de 16 à 25 ans ont publié des images sexy d’eux-mêmes sur internet, tandis qu’environ la moitié des jeunes filles (13% des garçons) ont été contactées au moins une fois par quelqu’un leur proposant de l’argent pour envoyer des photos sexy, parler de sexe ou agir devant une webcam.

Derrière l’avènement de cette "prostitution 2.0", les autres lieux du sexe tarifé demeurent plus classiques: les instituts de massage, les solariums, et les clubs. Et les experts estiment qu’il y a peu de chance qu’une autre forme de prostitution leur soit totalement inconnue.

Quant à l’environnement régional, il a été observé que la prostitution a tendance à augmenter dans les pays voisins.

Indulgence pénale: les clients échappent à la prison

Toujours selon ce rapport, la prostitution visible est en net recul en Suède. Environ 300 personnes se prostituent sur le trottoir, et 350 autres sur internet. Des chiffres à rapprocher des 2 500 à 3 000 prostitué(e)s estimé(e)s en 1993. Les rapporteurs constatent que la loi a également servi de rempart à une propagation de la criminalité organisée dans ce domaine.

Contrairement aux craintes exprimées, à savoir qu’une criminalisation des acheteurs pousserait les prostituées à passer dans l’ombre et à s’exposer ainsi à plus de violence de la part de clients, une telle dérive n’a pas eu lieu.

La Suède s’est donc dotée d’une loi forte contre les clients, mais fait encore preuve de mansuétude au moment de punir. La criminalisation des consommateurs de sexe tarifé a ainsi été relative d’un point de vue pénal: en 10 ans, 289 condamnations pour plus de 1 800 affaires traitées. Pour des amendes le plus souvent inférieures à 2 000 euros, et surtout, aucune peine de prison. Dans huit cas sur dix, le client avoue les faits.

La police déplore un manque de moyen, et confie avoir du mal à cerner le bon moment pour intervenir. Sachant que sa principale mission est de prévenir le crime, doit-elle attendre le flagrant délit? Ne pas se focaliser sur les clients pour mieux protéger les acteurs de la prostitution: le rapport s’inquiète des moyens de protéger les jeunes trop exposés sur internet.




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