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Allemagne: prostitué(e), un métier presque comme les autres

mardi, 6 décembre, 2011 - 11:18

Depuis 2002, les prostituées allemandes n’ont plus besoin de travailler dans la clandestinité. Statut légal, droit à l’assurance chômage et à l’assurance santé… Elles sont même représentées par un syndicat. Ce qui n'empêche pas les abus. Les tarifs ont été cassés depuis les années 1980 et la concurrence est si rude que certains bordels ont proposé des "forfaits illimités".

A Berlin, les maisons closes n’hésitent pas à faire leur publicité. Il y a peu, Artemis, le plus grand bordel de la capitale, s’affichait même en grandes lettres sur les bus de la ville. L'établissement a beau se désigner comme un club naturiste avec sauna, personne n’est dupe…

Depuis 2002, ce genre de réclame est parfaitement possible en Allemagne. C’est en effet la date à laquelle la prostitution est devenue légale dans le pays de Luther.

Cela a fait débat à l’époque. Mais la discussion n’était pas ordonnée de la même manière qu’elle l’est en France. L’aile conservatrice représentée par les chrétiens démocrates était moralement et socialement contre la loi de légalisation, mais la majorité des féministes était pour",

se souvient Yves Sintomer, chercheur associé au centre franco-allemand de sciences sociales Marc Bloch.

Une différence de taille avec l’Hexagone, où la plupart des féministes se positionnent davantage pour une abolition totale de la prostitution, sans passer par la case légalisation. "En Allemagne elles ont une position plus pragmatique sur la question", continue le sociologue.

Sexe en free-lance

Quant à affirmer que la culture allemande rend nos voisins d’Outre-Rhin plus enclins à accepter la prostitution, Yves Sintomer ne va pas jusque là.

Il y a certes un rapport au corps différent, avec une forte culture du naturisme, et donc sans doute un rapport différent à la sexualité. Par ailleurs, la culture protestante, avec l’idée que chacun a son propre rapport à la morale et doit prendre ses responsabilités, joue peut-être un rôle. Mais cela n’explique pas tout. La Suède a la même culture et a une des législations les plus sévères en la matière."

Il faut cependant reconnaitre que le marchandage du sexe est très répandu en Allemagne. Selon les estimations, plus de 400 000 personnes exerceraient ce qu’on appelle souvent "le plus vieux métier du monde". Et 1,2 millions d’hommes profiteraient de leurs services chaque jour.

En toute légalité, donc. La prostitution est même devenue un métier "presque" comme les autres. Seule la prostitution forcée est interdite. Dès lors, les travailleurs du sexe peuvent accéder au statut d’indépendant, et le sexe en free-lance ouvre des droits à l’assurance chômage et à la couverture maladie.

La loi de 2002 a permis aux prostituées de sortir de la clandestinité et de bénéficier d’une meilleure protection. Le syndicat des services VerDi [Syndicat unifié des services, l’un des plus grands au monde] a même créé une section spéciale pour les travailleurs du sexe. Vous imaginez cela à la CGT ?",

témoigne le chercheur.

Certains bordels offrent des forfaits "à volonté"

Cependant ces progrès ont leurs limites, comme le témoigne Emilija Mitrovic, qui s’occupe des prostituées au sein de VerDi:

Il est encore très dur pour les prostitués d’obtenir une assurance maladie. Beaucoup de caisses refusent de les accepter. Et d’autres leur demandent des contributions plus élevées que pour d’autres professions."

Et si les prostitués sont mieux protégés contre d’éventuels souteneurs ou réseaux de proxénétisme, ils ont d’autres soucis, qu’une loi ne peut résoudre, comme la baisse de leurs revenus. Selon les estimations de l’office des impôts, une travailleuse du sexe touche en moyenne 110 euros par jour. Bien loin des tarifs en vigueur dans les années 1980, quand une passe rapportait 80 Deutsche Marks (40 euros).

En cause ? La crise économique, mais aussi une concurrence bien rude dans le milieu. Rien qu’à Berlin, on compte près de 700 maisons closes. Et elles rivalisent d’ingéniosité pour attirer le chaland. Mais surtout, elles n’hésitent pas à jouer sur les prix. Ainsi, en 2009, un bordel situé près de l’aéroport proposait des "forfaits flat-rate" (à taux fixe): boisson, nourriture et filles à volonté pendant cinq heures pour 70 euros.

Cependant, légalisation ne veut pas dire que tout est permis. Ainsi, les villes d’Heidelberg et de Stuttgart ont fermé des bordels proposant ce genre de forfaits illimités, considérant ces pratiques "amorales".




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