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Espagne: le royaume des maisons closes

mardi, 6 décembre, 2011 - 10:38

Au pays où la violence machiste fait figure de fléau à éradiquer, la prostitution continue d’évoluer dans un vide légal commode. Quatre Espagnols sur dix confessent avoir déjà acheté des faveurs sexuelles: un record en Europe.

Si José Luis Rodriguez Zapatero avait placé, parmi ses priorités, l’égalité homme-femme, certains pans de sa politique de défense des droits des femmes sont lacunaires. C’est ainsi que la situation de la prostitution n’a guère évolué en près de huit ans de mandat du socialiste, sur le point de céder le pouvoir à Mariano Rajoy (Parti populaire, droite).

En Espagne, le machisme est, chaque jour, minutieusement conté et dénoncé par les journaux. Un acte de sensibilisation de la population qui détonne avec un autre type de contenu, diffusé quelques pages plus loin, tout aussi quotidiennement: les dizaines d’annonces dites "de contact".

Les journaux financés par la traite des femmes ?

Celles-ci sont en fait tout simplement des annonces proposant des services sexuels ou faisant la promotion de locaux consacrés à ces activités, illustrées de photos de filles souvent très jeunes. Peu importe la couleur politique du journal, la manne (40 millions d’euros par an, d’après le quotidien de gauche Público qui, lui, a toujours refusé de diffuser ce genre de publicité) est trop importante pour être dédaignée.

Une réforme de la loi sur la publicité est en préparation pour supprimer la publication de ce genre d’annonces qui revient, d’après Público, à faire financer les grands journaux par la mafia du sexe et de la traite des femmes.

Pour certains, les autorités prennent avec ce texte le problème par le petit bout de la lorgnette puisqu’il continue d’ignorer la prostitution en soi. En Espagne, l’exercice de la prostitution n’est pas réglementé et n’est pas constitutif d’un délit. En être client non plus: rien de tel n'est spécifié par la loi.

Des maisons closes pour les touristes français

En revanche, est un délit puni de peines de prison tout rapport à la prostitution de mineurs ou de personnes handicapées, ainsi que le proxénétisme.

Dans ce contexte, certaines régions comme la Catalogne, ont réglementé la mise en place de maisons closes, où les clients français affluent, attirés par des pôles de tourisme sexuels comme le bourg de La Jonquera, à la frontière.

Les projets législatifs français, qui visent entre autres à pénaliser la clientèle des prostituées, pourraient encore intensifier l’arrivée de clients du nord des Pyrénées vers les lupanars espagnols.

Les Espagnols, plus gros clients de l’UE

Plusieurs associations de défense des droits des femmes et opposées à la prostitution demandent à ce que l’Espagne se montre plus répressive à l’égard des proxénètes, et qu’elle pénalise les clients. A l’inverse, une centaine de personnes manifestaient début novembre à Madrid pour réclamer que les prostituées aient droit à des espaces où exercer dignement leur profession.

Une telle mesure, qui n’est pas au programme en Espagne, constituerait un petit électrochoc: en effet, 40% des hommes espagnols entre 17 ans et 60 ans reconnaissent avoir déjà payé les services sexuels d’une prostituée. Ils sont à ce titre les plus gros clients de ce genre de services dans l’Union européenne. La légalité de la prostitution est probablement un facteur aidant.

Susana Martinez, porte-parole de la Commission pour les recherches sur les mauvais traitements aux femmes, dénonçait il y a quelques mois la "normalisation" de la prostitution, et le fait que la majorité des clients soient conscients que 90% des prostituées exercent contre leur gré.




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