Connexion

Syndicate content

Les Irlandais assommés par les plans d’austérité

mardi, 6 décembre, 2011 - 15:30

Et de quatre. Le gouvernement irlandais a présenté un quatrième budget d'austérité depuis l'effondrement en 2008 de l'ancien "tigre celtique". Rencontre avec Seamus Sherlock, fondateur de l'association Life after debt, ("La vie après la dette"), qui aide les familles victimes de la crise.

Comme près de 15% des Irlandais, Seamus Sherlock est au chômage. Il déplore le nouveau coup porté aux familles les plus défavorisées par le quatrième budget d'austérité présenté lundi dernier. Mais, pas question de rester les bras croisés. A Limerick, dans l'Ouest du pays, il a fondé une association nommée – humour gaélique? – "Life after debt" (La vie après la dette). Son objectif: aider les familles endettées à s'en sortir. Il reçoit de plus en plus d'appels à l'aide.

Où en est l'irlande? Depuis le plan de relance de 85 milliards d'euros accordé en novembre 2010 par l'Europe et le FMI, l'Irlande a réduit son déficit de près des deux tiers. Un programme d'austérité de 15 milliards d'euros avait alors été mis en place.

Pas suffisant pour retrouver, comme prévu, des finances équilibrées à l'orée 2013. Le nouveau gouvernement vient donc de présenter un quatrième budget de rigueur. Les nouvelles mesures sont censées rapporter plus de 3 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Au menu de ce Noël:

  • Hausse de la TVA de 2 % (qui passe de 21 % à 23 %)
  • Hausse du prix de certains produits de grande consommation, comme l'essence, ou le tabac
  • Coupes des allocations chômage et les allocations familiales

"On s'attaque en plus aux plus faibles"

Pour Seamus, c'est clair, ce nouveau budget de rigueur va enfoncer encore un peu plus la tête sous l'eau des Irlandais en difficulté.

Le réseau a été lancé il y a 3 ans. Nous avons commencé par signer des pétitions pour avoir des délais de paiement des factures. Nous avons aidé des familles, mais il faut continuer. Trop de gens sont déjà partis du pays ou se sont suicidés car ils n'arrivaient plus à faire face. J'essaye de faire en sorte qu'ils se battent.

Ainsi,

Ils rationnent  leur nourriture. On est dans la survie, alors réduire les allocations familiales de 10 euros par semaine, ça n'a l'air de rien, mais ce serait un désastre pour ces familles. On s'attaque aux plus faibles de la société: les enfants, et ça, ce n'est pas normal

s'indigne le fondateur de l'association.

Des lotissements aux trois-quarts vides

A Borrisokane, à quelques kilomètres de Limerick, Sandra et Tommy Keane vivent avec leurs deux enfants. Au chômage tous les deux, cela fait quatre ans qu'ils sont endettés et qu'ils habitent dans un "ghost estate", un lotissement à peine fini, et souvent aux trois-quarts vide.

Pour eux, l'association a été essentielle. "Cela m'a beaucoup aidé. Cela a allégé la pression sur mes épaules. Lors de ces réunions, on voit que l'on n’est pas tout seul dans cette situation et que le problème est global", raconte Sandra. Ces nouvelles mesures d'austérité sont "dramatiques".

On avait déjà des problèmes pour joindre les deux bouts. Dans quelques semaines, ça va vraiment devenir compliqué. Je voudrais faire le plein de fioul, avant l'hiver et que les prix n'augmentent, mais je n'ai pas les moyens.

"On est encore loin d'avoir touché le fond"

Pourtant, le pays est présenté comme le bon élève de l'Union Européenne. Des compagnies viennent s'installer (attirées par une fiscalité très avantageuse), les exportations de certaines usines repartent à la hausse, la croissance commence même à être plus forte que dans certains autres pays de l'Union, comme la France. Malgré ces annonces, les Irlandais ne voient pas encore d'amélioration dans leur quotidien.

On est encore loin d'avoir touché le fond. C'est cela qui fait peur. On nous dit que tout va aller mieux, mais sur le terrain, on ne voit pas d'améliorations. D'une part, on a l'impression d'être complètement oubliés par le gouvernement et d'autre part, même si ils voulaient faire quelque chose, ils ne le pourraient pas. Ils ont les mains liés par le FMI,

explique Seamus.

Les indicateurs économiques qui passent au vert sont néanmoins une bonne nouvelle pour le pays, même si les Irlandais devront certainement attendre quelques années avant d'en percevoir les fruits.




Pays
Processing...
Thank you! Your subscription has been confirmed. You'll hear from us soon.
Inscrivez-vous pour recevoir directement nos articles par mail.
ErrorHere