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La prison secrète de la CIA au cœur de Bucarest

vendredi, 9 décembre, 2011 - 14:50

D'anciens agents ont révélé l'emplacement d'une prison secrète utilisée par la CIA pour interroger et torturer des individus suspectés d'appartenir à Al Qaida: au cœur de Bucarest, en Roumanie. Le cerveau des attentats du 11 septembre y aurait été détenu.

Nom de code "Bright Light" – "Lumière crue". Un choix judicieux pour nommer la prison secrète utilisée par la CIA en Roumanie. D'anciens agents des services américains, rencontrés par des médias allemands et l'agence de presse AP, ont localisé le site au numéro 4 de la rue Mures, dans le nord-ouest de Bucarest.

Une adresse loin d'être perdue au milieu de nulle part et de toutes oreilles indiscrètes comme en Pologne et en Lituanie, deux autres "bases arrières" américaines, mais en plein coeur d’un quartier résidentiel et à deux pas de nombreuses voies ferrés.

Les geôles se trouvaient dans les locaux de l'ORNISS, l'Office du Registre National pour les Informations Secrètes d’État, un organisme public où étaient stockées des informations confidentielles de l'OTAN et de l'Union européenne.

AP rappelle que la prison roumaine faisait partie d'un réseau de soi-disant "sites noirs" que la CIA aurait géré et contrôlé à l'étranger, en Thaïlande, en Lituanie et en Pologne. Toutes ces prisons ont été fermées en mai 2006, et la  le programme de détention de la CIA a pris fin en 2009.

En 2006, l'ex-président Georges W. Bush avait du admettre que des suspects de terrorisme ont été "interrogés" par la CIA dans des centres basés hors des Etats-Unis – mais sans révéler leur localisation. L'année suivante, un rapport du Conseil de l'Europe accusait la Roumanie d'avoir accueilli une telle prison. Des accusations aussitôt démenties par la CIA que les autorités roumaines.

Ces dernières nient aujourd’hui encore avoir abrité des agents des services secrets américains.

Privés de sommeil

Le site de Bucarest aurait été ouvert à la fin de l'année 2003 et utilisé jusqu’en 2006, si l’on en croit les informations révélées par le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung et la chaîne de télévision publique allemande ARD.

Il consistait en six cellules préfabriquées disposant d'une horloge et d'une flèche pointant vers la Mecque, décrivent les reporters d'AP. Les cellules étaient monté sur des ressorts, provoquant un léger déséquilibre et une désorientation chez certains détenus. Selon certains anciens employés de la CIA, parlant sous le couvert de l'anonymat, les détenus, au cours de leur premier mois de détention, ont pu être privé de sommeil et de nourriture. 

Ils ont également été arrosé, giflé ou forcé à rester debout dans des positions douloureuses. Les détenus interrogés n'ont toutefois pas subi la torture par l'eau consistant en une simulation de noyade (waterboarding).

Après les premiers interrogatoires, les détenus étaient traités avec soin, selon les responsables. Les prisonniers ont reçu des soins dentaires et des examens médicaux. La CIA s'approvisionnait en nourriture halal depuis Francfort, le centre de l'agence pour les opérations en Europe. La viande halal est préparée selon les règles religieuses.

rapporte encore Associated Press.

Des dirigeants d'Al-Qaïda détenu à Bucarest

Khaled Cheikh Mohammed, l’homme, qui a  proposé dès 1999 l’idée des attentats du 11 septembre à Oussama Ben Laden, aurait été un des "visiteurs menottés" de cette prison. Arrêté au Pakistan en 2003, il est en détention à Guantanamo depuis 2006. Il aurait été, d'après la presse américaine, torturé dans une prison secrète en Pologne.

Selon ARD, Abd al-Rahim al-Nashiri, arrêté en 2002 aux Emirats arabes unis, a également été détenu dans la prison secrète de Bucarest. Présumé chef des opérations d'Al-Qaïda dans le Golfe persique, il aurait notamment préparé l'attaque du destroyer américain USS Cole en 2000 qui fit 17 morts ainsi que l’attentat contre le pétrolier français Limburg deux ans plus tard.

Les révélations de la presse allemande sur la prison secrète de la CIA ont déclenché une réaction immédiate d’Amnesty International. Nicola Duckworth, directeur pour l'Europe et l'Asie centrale de l’organisation de lutte contre les prisonniers politiques, souligne :

Il y a plusieurs années, nous avons appelé le gouvernement roumain à expliquer son implication dans les programmes secrets de détention de la CIA. Les autorités roumaines doivent maintenant faire face à ces accusations (…). Un simple démenti ne suffit plus."

Une telle demande ne devrait toutefois pas encouragé Bucarest à réagir sur cette page sombre de son histoire récente.


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