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Des motos-ambulances à Paris après les Pays-Bas

mardi, 13 décembre, 2011 - 10:56

De nombreuses vies pourraient être sauvées si les véhicules du SAMU n'étaient pas bloqués par les embouteillages. Les Néerlandais ont la solution: la moto ambulance. Elle va être adoptée par le SAMU de Paris.

Certaines régions des Pays-Bas sont surpeuplées, comme la Hollande du Sud (région de La Haye et Rotterdam) qui compte 1200 habitants au kilomètre carré. Cette concentration de population, conjuguée à un niveau de vie élevé, engendre aussi des embouteillages monstres aux abords et au centre des grandes villes.

Le gouvernement néerlandais vient d’allouer un milliard d’euros à l’amélioration du trafic sur les autoroutes et la vitesse maximale autorisée a été repoussée à 130 km/h au lieu de 120. Tout cela dans l’espoir de réduire quelque peu les innombrables bouchons qui empoisonnent la vie des Néerlandais.

Seule solution efficace

Mais cette concentration de véhicules engendre également des problèmes d’accès pour les secours. L'ouverture en 1997 d’un tunnel pour le tram et les voitures, aussitôt encombré en permanence, au centre de La Haye a conduit les infirmiers ambulanciers à trouver une solution alternative pour les secours d'urgence. Seuls les deux roues pouvaient se faufiler entre les voitures immobilisées. La moto ambulance était née.

Le but n’était pas de se substituer aux véhicules à quatre roues équipés de brancards et de l’équipement de réanimation, mais bien d’être rapidement sur place afin d’assurer une assistance rapide: en cas d’accident, la rapidité d’intervention est capitale et que quelques minutes peuvent faire la différence entre la vie et la mort.

Deux premières motos ambulances ont été testées. Le suivi et l’évaluation ont été confiés à l’université de Rotterdam. En 1999, celle-ci rendait ses conclusions : les résultats étaient largement positifs. De nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à ces premiers secours, notamment lors d'infarctus, les motos étant équipées d'un défibrillateur.

Infirmiers et pilotes

Les pilotes de ces engins sont des infirmiers ambulanciers qui ont suivi la formation SOSA, du nom de la fondation (Stichting Opleidingen Scholing Ambulancehulpverlening) qui gère l’ensemble des formations d’infirmiers néerlandais. Ces formations sont régulièrement mises à jour et les infirmiers doivent repasser un test de connaissances tous les 5 ans.

Une loi toute récente divise le pays en 25 régions de sécurité (RAV, Regionale Ambulance Voorziening ou Service publics régionaux d’ambulances) pour un total de 126 hôpitaux. Tous les infirmiers du royaume sont soumis au même protocole d’intervention, et, contrairement à la plupart de leurs collègues européens, ils peuvent faire un diagnostic, effectuer des interventions médicales – et même administrer des médicaments sans l’autorisation préalable d’un médecin.

En plus du permis moto normal, ils sont astreints à suivre une formation de conduite spéciale dispensée par l’institut du trafic de la police (Politie Verkeerinstituut). Durant dix jours intensifs, ils parcourent des milliers de kilomètres.

15 minutes pour sauver une vie

Des motos, mais aussi des vélo-ambulances, comme dans le centre de la ville d’Utrecht ou lors d’événements spéciaux. Ils ont l’obligation d’être sur place en moins de 15 minutes. Les motos sont toujours des “gros cubes” (BMW 1200 RT, Yamaha 1300 ou Honda Pan European). Certains véhicules appartiennent à des sociétés privées, d’autres à la Croix Rouge.

Ces sont les pilotes-ambulanciers qui effectuent le contrôle et l’entretien de base de leurs propres véhicules. Ils sont prêts à intervenir de 7 h du matin à 23 heures (avec des horaires de travail de 7 à 15 heures ou l’après-midi de 15 à 23 heures). Les motos ne roulent pas pendant le reste de la nuit.

L’équipement de base de ces motos ambulances comprend généralement un électrocardiogramme, un défibrillateur, un sphygmomanomètre (pour la mesure de la pression sanguine), une trousse de médicaments, du matériel d’intubation et d’assistance respiratoire.

Premiers sur les lieux en cas d’accident ou d’appel urgent, ils peuvent apporter, non seulement les premiers secours, mais également, si nécessaire, coordonner les interventions des ambulances classiques.

Témoignage 

Elly (prénom modifié à sa demande) a été victime d’un malaise dans une grande surface. C’est une moto ambulance qui est venue à son secours. Elle nous raconte son expérience.

Vous été secourue moto ambulance, comment cela s’est-il passé?

Nous revenions d'un voyage avec mon mari. Nous étions très fatigué, c’était la fin du mois de décembre, il faisait très froid. Je ne me sentais pas très bien. Nous étions en train de faire les courses hebdomadaires dans une grande surface. Tout à coup, j’ai perdu connaissance. Une des caissières a immédiatement appelé l’hôpital. 

Et ensuite, que c’est-il passé ?

J’ai repris connaissance. L’infirmier urgentiste est arrivé. Il avait encore son casque. Il m’a posé quelques questions et a pris tout de suite ma tension sanguine. Il m’a fait un électrocardiogramme. Il m’a aidé à me mettre debout pour tester mon équilibre et m’a posé une foule de questions sur mon état de santé général, sur ma fatigue, mes symptômes… Exactement comme le ferait un médecin généraliste. Nous avons d’ailleurs cru jusqu’au bout qu’il était médecin.

Combien de temps a-t-il mis pour arriver jusqu’à vous ?

J’étais inconsciente pendant une partie du temps et donc je ne m’en suis pas rendu compte, mais mon mari m’assure qu’il ne s’est pas écoulé plus de 10 minutes entre l’appel et l’arrivée de l’ambulance.

Etonnant, dès lors, que d’autres pays d’Europe ne se soient pas encore inspirés de l'exemple néerlandais. Il est vrai que, si le système a de nombreux avantages, comme la rapidité d’intervention et la capacité d’intervenir même dans des zones inaccessibles aux quatre roues, il a aussi ses limites: la neige, la tempête ou le verglas empêchent parfois les motos ambulances de rouler. Ou mettent la vie des pilotes en danger. Ceux-ci sont plus souvent victimes d’accidents graves que leurs collègues à quatre roues.

Bientôt à Paris

Mais en France, la moto ambulance, c'est pour bientôt. Le docteur Ali Afdjei, médecin urgentiste chef des urgences de l'hôpital privé de Parly 2 au Chesnay, est convaincu qu'elle est la bonne réponse au sein des services mobiles d'urgence. Il s'est associé à Raymond Loiseaux, ancien motard de l'escorte présidentielle et célèbre champion de rallye raid et à Jérôme Kraffe, co-fondateur de Motocab, une compagnie de moto-taxis parisienne. Ils ont créé il y a plus de deux ans, ECB ("Emergency city bike").

"Honda nous a fait cadeau de 4 motos", nous expliquait alors Raymond Loiseaux devant quatre imposantes Honda Goldwing équipées notamment d'un défibrillateur et d'un masque à oxygène. La flotte de 2 roues d'ECB sera finalement intégrée prochainement au Samu de Paris pour une test de trois mois.

"Nous voulons que des motos soient en alerte permanente. Avec la géolocalisation qui permet de coordonner les motos, nous devons pouvoir intervenir en moins de 10 minutes n'importe où dans la capitale".

Mais contrairement aux motos ambulances néerlandaises, la moto médicalisée parisienne transporte un médecin qui n'est pas le pilote: "Le médecin doit arriver sur les lieux le plus vite possible. A nous, pilotes dont c’est aussi le métier, de l’y conduire".

Autre nouveauté par rapport aux motos néerlandaise: l'utilisation de webcams pour pouvoir coordonner les secours à distance avec le SAMU.


Article publié en décembre 2011 et mis à jour avec la décision du Samu de Paris


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