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Les Pays-Bas rattrapés, à leur tour, par la crise

jeudi, 15 décembre, 2011 - 15:03

Les Néerlandais sont riches et ne connaissent pas le chômage et la crise. L' image d'Epinal et écornée. Les Pays-Bas sont entrés en récession et les ménages se sont très lourdement endettés profitant d'un crédit immobilier facile. Enquête sur un modèle bien fragile.

Mardi dernier, 13 décembre, le Bureau Central des Statistiques des Pays-Bas publiait un communiqué euphorique: les Pays-Bas, avec un produit intérieur brut par habitant supérieur de 33 % à la moyenne européenne, connaissent un des taux de bien être les plus élevés de l’UE. Seul le Luxembourg, avec ses 160 et quelques pourcent, fait mieux. Gezellig ! (formidable! NDLR). 

Un cocorico économique peu convaincant pour les Néerlandais. Car ces chiffres sont de ceux de 2010 et, depuis, la crise européenne est passée par là et le moral batave est au plus bas.

Avec quelques raisons. La diminution de 0,3 % de la croissance du PIB au 3e trimestre de cette année – la première depuis 2008 – a eu l’effet d’un coup de massue.  

Le gouvernement – composé de libéraux du VVD et de chrétiens du CDA, soutenus au parlement par les populistes du PVV – avait annoncé, juste après sa formation en octobre 2010, 18 milliards d’euros d'économies. Celles-ci avaient déjà suscité des grincements de dents, les coupes budgétaires affectant surtout les aides sociales, notamment le revenu minimum d’existence. Un RSA version hollandaise qui atteint, tout de même, 923 euros par mois pour un célibataire de plus de 21 ans et 1.319 euros pour une famille avec un enfant.

Mais voici que Jan Kees de Jager, ministre chrétien des finances, annonce que de nouvelles mesures “sont inévitables. La question n’est plus de savoir s’il faut prendre des mesures supplémentaires, mais bien: quelles mesures faut-il prendre”, déclare-t-il. 

Ces mesures consisteraient en 5 nouveaux milliards d’économies budgétaires. Encore faudrait-il que les populistes du PVV acceptent cette nouvelle potion amère. Or ils s'y refusent d'autant plus que, selon un récent sondage, 75 % de son électorat y est opposé. Une crise gouvernementale n’est donc pas à exclure. Ce serait pourtant le plus mauvais moment, si l’on en croit les chiffres du CPB (Bureau Central du Plan).

Banques fragilisées

Le CPB confirme l'entrée en récession des Pays-Bas . Et cela devrait durer. Pour 2012, il prévoit une contraction de 0,5 % du PIB. Le déficit budgétaire s’élèverait à 4,1 %, soit 2,9 % de plus que les chiffres avancés lors de l’estimation publiée en septembre… Et les prévisions pour 2013, dont la publication est attendue en février prochain, ne devraient pas être meilleures.

Car l'économie néerlandaise est presque entièrement tournée vers l’exportation. Ses principaux clients sont ses voisins européens: Allemagne, Belgique, France, Italie, Espagne… Ce qui rend le pays particulièrement sensible à la conjoncture économique dans ces pays.

Or, pour la première fois depuis deux ans, le volume des exportations néerlandaises a baissé de près de 3 % en octobre, après une croissance nulle en septembre. La croissance industrielle connaît, elle aussi, un ralentissement: 1 % en octobre, alors qu’elle était encore de 3 % en septembre et dans les mois précédents…

La crainte – qui se répand comme une trainée de poudre – est de revivre une crise comme celle de 2008 dont les effets sur la croissance néerlandaise ont été désastreux.

Les banques néerlandaises ont également quelques soucis à se faire suite à la crise européenne: le montant total de leurs prêts à la Grèce, l’Italie, l’Irlande, l’Espagne et le Portugal s’élève à 109 milliards d’euros. Les fonds de pensions néerlandais ont investi environ 3 milliards en Grèce à la fin 2010. 

Perte du “Triple A” ?

L’agence Standard & Poor a annoncé qu’elle pourrait dégrader la note des Pays-Bas. Elle a déjà placé sous surveillance son crédit à long terme, mais sa note pour le crédit à court terme est, pour le moment, sauvegardée.

C’est bien l’hyper-sensibilité des Pays-Bas à l’égard de la santé économique européenne qui est en cause, explique Standard & Poor :

ce placement sous “credit-watch” (surveillance du crédit) est justifié par l’impact potentiel des problèmes politiques, financiers et monétaires croissants à l’intérieur de la zone euro. A tel point que ces problèmes – qui concernent toute la zone euro et pèsent de manière permanente sur l’accès au crédit – pourraient affecter l’économie néerlandaise, ses perspective de croissance et, par conséquent, ses possibilités d’une réduction soutenue de son taux d’endettement public.” 

L’agence prévoit donc de surveiller trois critères: la réponse politique des Pays-Bas à ces problèmes, l’accès au financement des banques néerlandaises et les performances monétaires du pays. Si l’un ou plusieurs de ces critères devenait insuffisant, la note serait revue à la baisse.

Perte de confiance des ménages

La consommation a, elle aussi, baissé de 1% lors du 3e trimestre 2011. Les ventes de voitures neuves ont été particulièrement touchées, mais la consommation de vêtements, de chaussures ou le chiffre d’affaire du secteur hôtellerie-restauration ont également connu une baisse significative. 

Mais aux Pays-Bas comme ailleurs, les mauvaises nouvelles volent en escadrille.  Le chômage vient de connaître une forte augmentation au 3e trimestre 2011 : 17.000 personnes de plus, ce qui porte le nombre total à 438.000, soit 5,6 % de la population active. Si cela reste très bas par rapport à la France, cela n’en reste pas moins inquiétant. Ici aussi, le CPB se montre plutôt pessimiste et prévoit pour 2012 une autre augmentation d’au moins 90.000 personnes.

La dette hypothécaire : une menace à moyen terme

La sensibilité à l’économie européenne n’est pas le seul danger qui pèse sur les Pays-Bas. Le pays connaît aussi l’une des plus lourdes dettes hypothécaires de l’UE. Le ratio brut dettes-revenu est en effet de 249 %. Par comparaison, celle de la zone euro est de 98,5 % et celle de la France de 78,3 %. 

Comment en est-on arrivé là ? Le prix de l’immobilier est plutôt élevé aux Pays-Bas. Ce qui explique le faible taux de ménages propriétaires (57 %). Pour stimuler le marché, les banques néerlandaises ont mis au point des prêts hypothécaires particuliers: d’abord, les banques prêtent jusqu’à 125 % de la valeur du bien, ce qui, permet à l’acquéreur de payer également à crédit les frais de notaires, les taxes diverses et les éventuels travaux…

Des prêts contractés pour de longues périodes – 30 ans minimum. Et, cerise sur le gâteau, l’emprunteur ne paie d’abord que des intérêts, le remboursement du capital pouvant être reporté presque indéfiniment.

"A vendre"

Enfin, si les taux d’intérêt sont plutôt bas – de l’ordre de 4,5 % – ils sont déductibles fiscalement. Le remboursement mensuel moyen est de 640 euros et l’avantage fiscal moyen de 240 euros. Cette déduction, d’après une étude du Bureau Central des Statistiques, favorise surtout les plus aisés: 40 % du coût pour l'Etat de cette déduction fiscale profite à 20 % des ménages les plus riches. Car, plus le remboursement est élevé, plus le bénéfice fiscal est important. 

La crise aidant, le marché immobilier se dégrade et on ne compte plus les maisons et appartement affichant le panneau “te koop” (à vendre). De nombreux propriétaires se retrouvent ainsi avec un immeuble dont ils ne peuvent plus rembourser les traites. Et s’ils remboursent toujours 125 % de la valeur initiale de leur bien, la valeur actuelle de celui-ci a baissé.

De nombreux ex-propriétaires sont ainsi contraints de rembourser le prêt d’un immeuble qu’ils ont vendu à perte. Quand ils ont réussi à le vendre. Une situation qui est, sur de nombreux points, comparable à celle des Etats-Unis juste avant la crise des subprimes.

Contrainte de la "régle d'or"

Avec néanmoins une différence importante: la dette publique des Pays-Bas est une des plus faibles d’Europe: 64 % du PIB. En théorie, cela laisse donc de la marge aux autorités pour absorber le choc d’une catastrophe hypothécaire. Mais avec la "régle d'or" limitant le déficit budgétaire à 60% du PIB que veulent s'imposer les pays de l'Union européenne, les Pays Bas ne peuvent plus mettre à profit cet avantage relatif.

Cette situation ne peut être qu’aggravée par une augmentation du chômage ou une diminution des exportations européennes.

Les Pays-Bas qui sont toujours l’un des pays les plus riches et les plus stables financièrement du continent européen, pourraient ainsi, malgré tout, être demain l’un des pays les plus sévèrement touchés par la crise européenne. Et ceci, dans un moment où le pays s’interroge profondément, voire douloureusement, sur son identité et sur la valeur de son modèle.

Les Néerlandais n’ont jamais divisés qu’aujourd’hui entre les partisans d'un maintien de l'esprit de tolérance et ceux qui, à l'inverse, prônent le repli identitaire. La récession économique ne pourra qu’accentuer dans les mois, voire les années à venir, ces profondes tensions.


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