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Cesaria Evora, le fado, un chant, des larmes

vendredi, 16 décembre, 2011 - 17:32

Cesaria Evora est morte hier, mais pas le fado. Les puristes vous diront que "la diva aux pieds nus" n'était pas une vraie chanteuse fadiste. Mais peu importe. "Tudo isto é fado"… tout ça c’est (bien) du fado. Mais qu’est-ce donc que le fado ? 

La "diva aux pieds nus" n'est plus. Cesaria Evora est décédée samedi à Sao Vicente, son île natale du Cap Vert. Une voix et la désormais fameuse "Sodade". Un style très personnel. Si particulier que pour les puristes, ce n'est pas vraiment du fado. Cesaria serait "à part", hors catégorie musicale.

Mais peu importe, la diva chantait, elle aussi, la mélancolie, l’amour inaccompli, la jalousie, la nostalgie, la difficulté de vivre, le chagrin, l’exil… Les thèmes récurrents du fado. Et finalement la "saudade" fadiste ressemble à s'y méprendre à  la "sodade" de Cesaria Evora.

Bon nombre de Portugais sont tristes ce dimanche. Triste ironie, Cesaria Evora est morte au lendemain de l'inscription au patrimoine immatériel de l'humanité du Fado. Cette reconnaissance de l'Unesco s’est imposée comme une évidence.

C’est une nouvelle énergie donnée à la communauté fadiste. Ses interprètes sont partout dans le monde. Un énorme travail a été accompli par les artistes, qui ont porté le fado sur la scène internationale en suivant la voie ouverte par Amalia Rodrigues. La reconnaissance de l’Unesco va encore faciliter sa diffusion mondiale"

explique Katia Guerreiro, chanteuse de fado qui connait un grand succès.

La chanteuse à la carrière internationale bien établie appartient à cette première génération qui a arpenté les scènes du monde entier après la disparition d'Amalia. Avec un énorme succès: du Japon à la Corée, du Brésil à la France, en passant par le Maroc, la Suisse et des dizaines d’autres pays.

Retour au classique

Katia Guerreiro sera sur la scène de l’Olympia à Paris, le 23 janvier 2012. Un concert unique qui fait naitre des paillettes d’or dans ses grands yeux sombres: faire l’Olympia, cette salle mythique parisienne, monter sur les planches foulées plusieurs fois, et avec quelle maestria, par Amalia.

Katia Guerreiro est, à 35 ans, ambassadrice de la culture portugaise et du fado à travers le monde. Elle se définit comme une interprète classique du fado:

Des chanteurs de ma génération, mais également des plus jeunes ont exploré d’autres manières de chanter le fado, avec des arrangements très différents. Mais ils reviennent aujourd'hui à des interprétations plus fidèles au fado pur, traditionnel".

Amalia Rodrigues a donné au fado ses contours sombres, mystiques, en dramatisant son interprétation (robes noires et châles immenses sont des costumes de scène élaborés pour la diva). Amalia à ses débuts chantait dans les bars et les tavernes. Mais en interprétant, sous l’influence du français Alain Oulman, des textes écrits par de grands auteurs de la littérature classique et contemporaine, elle va changer radicalement la manière de chanter le fado avec de nouveaux arrangements musicaux.

Avec Amalia, le fado sort des bars et des tavernes, lieux de prédilection de son interprétation. Depuis, les flirts avec d’autres genres musicaux permettent d’élargir le public. Dans ce registre, outre Cesaria Evora, deux grandes influences: celle de Dulce Pontes et celle de Mariza. Cette dernière est d’ailleurs consacrée meilleure artiste européenne de world music par la radio de la BBC en 2003.

 

L’origine du fado est mystérieuse. Mais c’est l’un de ses atouts, cette capacité à synthétiser et à faire siennes les différentes influences. On prête au fado, une origine mauresque. La civilisation arabe qui a occupée la péninsule ibérique pendant six siècles a influencé la culture rurale. Le fado s’approche de la musique modale du chant oriental, mais en revanche la guitare dite "portugaise" qui accompagne le fado, n’est pas une descendante du luth arabe comme on tend à le croire.

Parmi les sources crédibles de l’origine du fado, on trouve le fado-danse, arrivé à Lisbonne avec le retour de la cour portugaise après y avoir vécu en exil, chassée par napoléon. Le fado-danse est une joute chantée dansée crée par les esclaves africains du Brésil. Son caractère relevé peut expliquer qu’il s’adapte parfaitement à Lisbonne ville de marins. C’est d’ailleurs dans les bouges que le fado tel qu’on le connait aujourd’hui prend son envol: l’une de ses interprètes les plus célèbres est La Severa, une prostituée du quartier de la Mouraria, morte de la tuberculose en 1846.

Un patrimoine à préserver

La mairie de Lisbonne, à l’origine de la candidature au patrimoine immatériel de l’humanité, a confié au Musée du Fado de la capitale, le soin de répertorier et de valoriser le patrimoine fadiste. Les partitions, les instruments, les textes originaux, les disques anciens, les costumes, les guitares et les lieux, où on interprète encore le fado, emblèmes d’un art populaire toujours en vigueur.

Pour Sara Pereira, la directrice du musée du fado, la reconnaissance internationale va permettre aussi de faire connaitre le genre au public scolaire, afin d’éviter que le fado ne disparaisse.

Alors faites silence ! on va chanter le fado" (*)


(*) Formule traditionnelle pour obtenir le silence avant d’entendre le chanteur de fado et ses musiciens.

Pour en savoir plus : "Le Fado", Agnès Pellerin, Éditions Chandeigne, Paris




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