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Extrême droite allemande: faut-il interdire le NPD?

lundi, 19 décembre, 2011 - 15:54

L’interdiction du parti d’extrême-droite, le NPD, est à nouveau à l’ordre du jour en Allemagne. Une décision logique pour beaucoup, après la découverte d’une cellule terroriste néonazie et ses probables liens avec le NPD. Mais pas si facile cependant de le rayer de la carte politique.

Interdire le parti national-démocrate (NPD) ? Rarement une question politique a fait autant consensus en Allemagne. Selon un sondage paru fin novembre, trois allemands sur quatre souhaiteraient voir le parti d’extrême droite, aux 6 000 membres encartés, rayé du paysage politique.

Et tous les partis sont d’accord. Tout comme le syndicat de la police, dont le président, Bernhard Witthaut, estime que l’interdiction du NPD "serait une grande aide pour les services de sécurité et un coup sévère porté à la scène d’extrême droite en Allemagne."

Il faut dire que nos voisins d’Outre-Rhin sont préoccupés. Ils ont, en effet, découvert horrifiés en novembre dernier "qu’une nouvelle forme de terrorisme d’extrême droite" existait dans leur pays. Une cellule de néonazis aurait assassiné neuf commerçants d’origine étrangère entre 2000 et 2006.

Un échec renforcerait le NPD

Mais interdire un parti peut-il éviter ce genre de violence ? Selon Carsten Koschmieder, politologue à l’Université libre de Berlin, ce n’est pas la solution.

C’est plus un aveu d’impuissance de la part des gouvernants. Quand l’affaire est sortie, la population voulait une solution. Et vu que l’on n’en avait pas encore, ils ont juste ressorti l’interdiction du NPD. De plus, cela risque de radicaliser les membres actuels. Et n’étant pas dans un parti, ils seront plus difficiles à surveiller."

Wolfgang Bosbach, expert de la CDU au ministère de l’intérieur est également sceptique. "Si la procédure échoue, explique-t-il, les gouvernants donneront l’impression d’être complètement faibles et démunis."

Un appel à la prudence, donc, car selon lui le parti d’extrême droite risque d’en ressortir renforcé. Une telle procédure d’interdiction avait déjà échoué en il y a huit ans.

L'extrême-droite s'en sort en 2003

En Allemagne, un parti peut être constitutionnellement interdit s’il "défend une position hostile à la Constitution" et s’il essaie "de manière active d’imposer cette idéologie." Ainsi, seule la cour constitutionnelle de Karlsruhe peut valider une procédure d’interdiction, qui doit être demandée par le Parlement.

Or, en 2003, les juges ont estimé que les preuves à l’encontre du parti d’extrême-droite n’étaient pas suffisantes. Leur principal reproche ? Les services de renseignements disposaient de trop d’agents de liaison au sein du parti: une centaine de membres du parti, parmi les plus haut placés, fourniraient des informations aux autorités allemandes.

Et un grand nombre des propos justifiant l’interdiction émanaient alors de ces espions. Résultat : preuves invalidées.

Le NPD impliqué dans les meurtres des néo-nazis ?

Pour qu’une nouvelle procédure aboutisse, les juges de Karlsruhe ont alors conseillé aux services de retirer leurs agents, tout du moins dans les instances dirigeantes du parti. Or le nombre d’espions n’a pas changé depuis 2003. Cela n’a pas empêché les ministres de l’Intérieur des 16 Länder allemands de déclarer qu’ils monteraient un dossier contre le NPD d’ici fin à mars 2012. Leur meilleure chance: prouver que la cellule terroriste avait des liens avec le parti.

Du côté du NPD, on nie toute relation avec les trois tueurs présumés.

Nous n’avons rien à voir avec ce groupement. Nous voulons poursuivre nos objectifs politiques par des moyens légaux, et nous rejetons les actes de violence,"

affirme Frank Schwerdt, numéro 2 du NPD.

L'encombrant passé du président du NPD

Une ligne de défense qui tient de moins en moins la route. L’enquête sur la NSU amène chaque jour son lot d’embarras pour le parti nationaliste. Ralf Wohlleben, ancien vice-président du NPD en Thuringe, est actuellement sous les verrous, accusé d’avoir fourni une arme et des munitions au trio. L’adjoint à la logistique du parti fédéral aurait, lui, hébergé Beate Zschäpe, en fuite après le suicide de ses deux congénères.

Dernière épine dans le pied du parti: le magazine Spiegel a mis en ligne sur son site internet des photos de l’actuel président du NPD, Holger Apfel, lors d'une manifestation, en 1996 à Worms, à la mémoire du dauphin d’Hitler, Rudolf Hess. Une dizaine de mètres à peine le séparent des trois futurs terroristes.

Autant de connivences qui rendent toute la classe politique optimiste vis-à-vis d’une nouvelle tentative d’interdiction. Pas sûr que cela soit suffisant. Réponse l’année prochaine.




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