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Il tue sa femme et touche la pension de veuvage

lundi, 19 décembre, 2011 - 14:25

En Espagne, un homme ayant tué sa femme touche une pension de veuvage depuis 1998. Une loi a pourtant été votée en 2005 pour empêcher ce type de contradiction légale. Problème: elle n'est pas rétroactive.

Chaque matin, lorsqu’il sort de la prison où il revient dormir le soir, Nemesio Pisonero circule en Passat coupé ou en grosse cylindrée, au gré de son humeur. De sa cellule en Galice, cet instituteur a les moyens de s’offrir ce genre de plaisirs grâce, notamment, aux plus de 120 000 euros de pension de veuvage qu’il a reçus de l’Etat en l’espace de treize ans.

Rien d’amoral à cela, si ce n’est que, justement, cet homme est veuf parce qu’il a tué sa femme par balles. C’était en 1998. Depuis, il a été condamné pour cet homicide, ainsi que pour celui de son fils, à 26 ans de réclusion.

"Le beurre, l'argent du beurre et le cercueil de la crémière"

C’est le second cas de ce genre après l'histoire d’un homme de Girona qui a perçu 40 000 euros pour veuvage en ayant, lui aussi, assassiné sa femme. Le condamné avait commencé à percevoir cette prestation dès le lendemain du crime, rapporte le quotidien La Vanguardia, grâce à un rare exercice d’efficacité de l’administration.

Il peut y avoir d’autres cas de ce genre, mais probablement peu nombreux. Notamment parce que peu d’hommes perçoivent la pension pour veuvage dans la mesure où cette prestation contributive n’est versée que si le partenaire décédé a travaillé un certain nombre d’années. Or l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail ne s’est faite que dans les années 1980, trop tôt pour en voir l’effet sur les pensions de veuvage",

explique Marisa Soleto, directrice de la Fundación Mujeres, qui soutient nombre de projets en faveur de l'égalité entre hommes et femmes.

Violences machistes

L’affaire a fait scandale en Espagne, où l'on prend les questions de violence sexiste très au sérieux. Le Gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero, qui s’apprête à abandonner le pouvoir à la droite cette semaine, avait fait de la lutte contre la violence sexiste une priorité. Il avait ainsi fait voter en 2004 la loi intégrale contre la violence de genre qui, entre autre, établit une coordination administrative et judiciaire renforcée.

Pourtant, 10,8% des Espagnoles affirment avoir déjà été victimes de mauvais traitements de la part de leur partenaire ou ex-partenaire, contre 6,3% en 2006, et elles seraient deux fois plus nombreuses qu’en 1999. Ces chiffres révèlent en fait une conscience accrue de la maltraitance plus qu’une augmentation de la violence. La loi du silence est de plus en plus souvent brisée, même si 72% des victimes décident encore de ne pas porter plainte.

Les effets de cette loi se verront à moyen et long terme. Pour l’instant, le nombre de femmes assassinées n’a pas baissé de façon significative. Mais la violence sexiste ne se mesure pas qu’en termes de meurtres. Il s’agit aussi de la violence quotidienne. Et avec la loi entrée en vigueur en 2005, il y a beaucoup plus de femmes qui bénéficient de mesures de protection",

rappelle la directrice de Fundación Mujeres.

Complications juridiques

La loi contre la violence sexiste de 2004, justement, empêche les agresseurs de bénéficier d’une pension veuvage. Toutefois, le scandale de l’affaire du prisonnier galicien n’y change rien: la loi espagnole n’est pas rétroactive. Le Ministère de l’Economie a chargé le Parquet de trouver les moyens légaux de révoquer la prestation que perçoit Nemesio Pisonero.

Avec la législation actuelle, la Justice devrait trouver le moyen de supprimer les allocations perçues depuis 2005 mais avant cette date, c’est impossible",

estime Marisa Soleto.

En revanche, le veuf de Girona s’est vu supprimer sa pension sans difficulté puisque le crime a été commis après l’approbation de la loi contre la violence sexiste : "Il s’agissait dans ce cas d’une erreur administrative, pas d’une contradiction légale difficile à résoudre", explique Madame Soleto.

En attendant, Nemesio Pisonero risque de voir sa petite rente – de 800 euros mensuels d’après la presse galicienne – passer à la trappe. Une "chance" qu'il ait un toit assuré toutes les nuits en prison … 




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