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Le mythe du plein emploi aux Pays-Bas

lundi, 19 décembre, 2011 - 11:40

Avec seulement 5 % de sans-emploi, les Pays-Bas semblent vaccinés contre le chômage. Mais un examen attentif du marché du travail révèle des disparités hommes-femmes très profondes et l'utilisation de l’assurance-maladie pour réduire le nombre de chômeurs.

Alors que le chômage atteint des nombres à deux chiffres chez ses voisins européens et qu’il fait des ravages terribles chez les jeunes, les Pays-Bas semblent s’obtiner à faire exception. Le taux de chômage est resté longtemps sous la barre des 5%, quant à celui des jeunes, il est parmi les plus bas d’Europe.

Des économistes érigent les Pays-Bas et le Danemark en modèle, soulignant le fait que le premier "dont le niveau de chômage était parmi les plus élevés en Europe au début des années 1980 (11% en 1983), est parvenu à le réduire radicalement (2,6%), tout en faisant évoluer son modèle social". Tandis que la France "a dérivé vers un modèle où se développaient chômage des jeunes et chômage de longue durée porteurs d'exclusions, ces deux pays sont parvenus à limiter les effets sociaux destructeurs du manque d'emplois".

En est-on si sûr ? D’autres pays qui, comme l’Irlande ou l’Islande, étaient cités comme des réussites de développement économique fabuleux, des success stories dignes d’une saga hollywoodienne, sont aujourd’hui confrontés au retour du réel: une inflation de 15 % et la perte de 60 % de la valeur de sa monnaie pour le premier. Pour le second, c'est une dette publique monstrueuse, qui ne sera sans doute jamais remboursée.

Alors les Pays-Bas sont-ils le meilleur élève de la classe ou un tricheur impénitent ? Sans doute un peu des deux. Ces excellents chiffres de l'emploi cachent, notamment, une utilisation massive du temps partiel féminin.

Disparités hommes-femmes très profondes

La population active totale est d'un peu plus de 11 millions de personnes sur une population totale de près de 17 millions d'habitants. La participation des femmes au marché de l’emploi a augmenté : elle est passée de 54 % en 2005 à 60 % en 2009, pourcentage qui s’est stabilisé en 2010.

Mais les différences de salaires restent importantes: le revenu moyen d’une femme en 2009 représente toujours 80 % du salaire moyen d’un homme. Et, en 2010, 70 % de ces femmes travaillaient à temps partiel. Et encore ce chiffre ne donne qu’une vague idée de la réalité. Ce temps de travail est-il choisi, volontaire?

Si l’on examine le travail des femmes, on constate d’énormes variations des temps de travail selon qu’elles ont des enfants ou non. 

Rapport entre le nombre d'enfants et le travail des femmes (en %)


Et si l'on se penche sur la composition des ménages qui travaillent en 2010, on s’aperçoit que la configuration la plus fréquente est celle de l’homme qui travaille à temps plein et la femme à temps partiel : un peu plus de 40 % de tous les couples.  Ce chiffre monte à 55 % pour les couples avec un enfant de moins de 12 ans. Selon les chiffres du CBS (Bureau Central des Statistiques), 96 % des hommes dans un couple avec un revenu et demi ne désirent pas changer pour un job à temps partiel.  Et seuls 2 % des femmes de cette configuration souhaiteraient un travail à temps plein.

Ces différences de temps de travail engendrent également des différences de revenus entre hommes et femmes. De plus en plus de ces postes de travail sont des emplois freelance. Comme ces temps-partiel proposés par la poste, qui a été privatisée : facteur ou trieur de courrier pour 8,69 euros de l’heure avec un statut d’indépendant … Sans parler des opportunités de promotion et d’avancement de carrière, plus rares pour les personnes qui travaillent à temps partiel.

Une pression sociale très lourde sur le travail des femmes

Mais derrière ces chiffres il y a une énorme pression sociale. Elle pèse, avant tout, sur les femmes qui élèvent les enfants à la maison. Pia Dijkstra, ex-présentatrice de télévision et présidente de la Taskforce DeeltijdPlus, une organisation qui encourage les femmes à travailler davantage, explique :

Choisir volontairement un petit travail à temps partiel n’est pas si volontaire quand vous vivez dans une société où les femmes sont considérées comme la responsable principale de la famille et de l’entretien de la maison".

A cela s'ajoutent les horaires des écoles qui ne correspondent pas à ceux du travail et le prix exorbitant des garderies scolaires qui n’incitent pas à travailler à temps plein. Les crèches privées sont inabordables pour un salaire moyen et les établissements publics appliquent des tarifs progressifs selon le revenu qui atteignent néanmoins les 1 000 euros par mois pour un couple où les deux personnes travaillent à plein temps. 

Seule consolation pour les femmes, elles sont désormais 28 % à être cadres supérieurs contre 24 % en 2006. En 2009, elles étaient 9 % à occuper des fonctions de top management dans de grandes entreprises en 2009.

Mais pour un pays qui se présente comme le champion de l’égalité des sexes, le moins que l’on puisse dire est : peut mieux faire…

Plus de malades que de chômeurs

Si le développement du travail à temps partiel explique, en partie, le faible taux de chômage officiel, il n'est pas le seul. Il en est une autre: le nombre impressionnant de personnes qui émargent à l’assurance maladie pour longue maladie ou handicap.

Le taux de chômage néerlandais, malgré une augmentation de 17 000 nouveaux inscrits en octobre 2011, est à présent de 438 000 personnes, soit 5,6 % de la population active. Une augmentation de chômage qui touche en particulier la tranche des 25-45 ans.

Si l’on regarde de plus près le nombre de personnes bénéficiant de revenus de l’assurance maladie, elles étaient plus de 750 000 en 2006. C’est l’une des pratiques auxquelles le gouvernement actuel veut s’attaquer: la mise hors du circuit du travail de personnes ayant atteint un certain âge ou qui ne sont "plus aptes à travailler", et ce, de manière temporaire ou définitive. Depuis que le gouvernement van Balkenende et surtout l’actuel gouvernement ont pris des mesures de contrôle, ce nombre a diminué de 217 000 personnes entre 2006 et fin 2010.

Petits arrangements politiques et syndicaux …

Le Bureau Central des Statistiques explique, de manière très prude, que cette réduction est due "aux décès, à l’âge de 65 ans [âge auquel les personnes passent au statut de retraité et bénéficient d’un autre régime, NDLA] et à la guérison". Une guérison massive qui témoigne sans doute de l’efficacité du système de soins de santé néerlandais…

En réalité, depuis de nombreuses années, les observateurs du marché du travail savent que cette disproportion de personnes en assurance maladie cache un trucage plus ou moins conscient des chiffres réels du chômage. Plus ou moins conscient, car il résulte surtout des accords passés entre les syndicats, les autorités et le patronat qui ont préféré placer leurs travailleurs sur une voie de garage plutôt que de les comptabiliser dans les chiffres du chômage.

En 2010, le gouvernement et les municipalités ont mis à jour 190 millions d’euros de fraude aux allocations sociales. Les chiffres du chômage néerlandais des prochaines années risquent de gonfler, mais aussi de mieux refléter la réalité économique et sociale du pays. 

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