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En Hongrie, les Eglises font main basse sur les écoles publiques

Salvatore Laporta/AP/SIPA

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21.12.2011 | 16:20

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myeurop avec  

Hu-lala
Hu-lala

Un grand nombre de municipalités lourdement endettées ont abandonné leur école aux Églises ces derniers mois, faute de subventions suffisantes de l'Etat, notamment. De sont côté, le gouvernement de Viktor Orban prépare une loi sur l'éducation, réactionnaire, autoritaire et cléricale qui devrait entrer en vigueur à la rentrée 2012.

C’est la grande braderie ! Ces derniers mois, près de 70 établissements scolaires publics ont été cédés à des institutions religieuses, la plupart à l’Église catholique, mais aussi à l’Église réformée et à l’église évangélique luthérienne. La seule école de la commune de Sáta, dans le nord-est du pays, près de la frontière slovaque, a même été abandonnée par la municipalité en faillite à une communauté bouddhiste locale. Elle n’avait plus les moyens de la chauffer en hiver.

25% d'écoles en plus gérées par l'Eglise

Dettes importantes, subventions de l'État en baisse, diminution du nombre d’élèves, beaucoup de municipalités ne sont plus en mesure d’entretenir leurs écoles et se débarrassent du fardeau financier qu’est devenue pour elles l’éducation primaire et secondaire.

Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’est considérablement accéléré avec l’adoption en juin d’une loi assouplissant les conditions de transfert des établissements publics vers les institutions religieuses privées : les municipalités ne sont plus tenues de co-financer l’établissement pendant une période de cinq ans comme auparavant. Une aubaine pour les communes endettées.

Conséquence: à la rentrée de septembre, le nombre d’écoles gérées par des institutions religieuses a bondi de 25%. Ces écoles transférées - qui jusque là étaient financées conjointement par l'État et les municipalités - fonctionnent désormais avec l’argent public des subventions octroyées aux institutions religieuses. Sauf que l'État n'a plus aucun droit de regard sur leur utilisation. Une école paroissiale reçoit aujourd'hui plus d'argent par étudiant qu’une école publique.

"Respect des valeurs chrétiennes et un mode de vie exemplaire"

Depuis la rentrée de septembre, ce sont les évangéliques qui imposent leurs valeurs aux écoliers de Pestszentlörinc, dans la banlieue de Budapest. Trop endettée, la municipalité a décidé de céder ses écoles primaire et secondaire à l’Église évangélique luthérienne. La nouvelle direction attend de ses élèves comme de ses employés "le respect des valeurs chrétiennes et un mode de vie exemplaire".

Piercings et colorations de cheveux outrancières ne sont plus les bienvenus, précise le règlement intérieur qui indique surtout que "le baptême et l'appartenance religieuse ne sont pas des conditions, mais ce sont des avantages". Priée par la nouvelle direction d’évaluer son degré de religiosité sur une échelle de 1 à 5, l’enseignante d’anglais Krisztina Agoston a répondu "0", ce qui lui a valu de ne pas être reconduite à son poste à la rentrée de septembre.

Dans les faits, au mépris de la loi qui interdit le recrutement sur des critères religieux, la discrimination existe déjà. Pour preuve, cette jeune enseignante qui s’est vu refuser un emploi proposé par l’école protestante de Szentendre (à 20 km au Nord de Budapest) en raison de sa confession catholique :

Il est important pour nous que le candidat soit protestant, surtout pour des postes clés comme l’enseignement de la littérature et de l’histoire".

Enseignants, parents…et Église

Dans les établissements passés sous administration religieuse, les enseignants ont perdu leur statut de fonctionnaire. Pourtant, la transition s’est déroulée sans conflit, comme en témoigne Laszlo Mendrey, le président du syndicat enseignant PDSZ. Selon lui, beaucoup d’entre eux désapprouvent cette évolution mais la précarité économique a eu facilement raison des réticences idéologiques. Pour son syndicat, la priorité, c’est de sauver les postes menacés par les projets gouvernementaux qui prévoient une baisse des budgets alloués à l’éducation, des suppressions de postes et des fermetures d’école.

C’est le premier gouvernement depuis le changement de système qui ne prend même pas la peine de consulter les organisations syndicales",

déplore-t-il, comme le fait que "les syndicats sont faibles et peu de personnes osent se syndiquer par peur de perdre leur travail, surtout depuis un an".

Des protestations se sont élevées ça et là de la part de parents d’élèves, des pétitions en faveur "d’une éducation idéologiquement neutre" ont été adressées au ministre de l’éducation, mais sans résultat. Ágnes Simonné Toldi, porte-parole d’une des principales associations de parents d’élèves, regrette qu’au niveau local, "la voix des associations de parents d’élèves n’a pas été prise en compte" au moment des tractations entre l’institution religieuse et la municipalité. Mais pour le reste, chez la majorité des parents d’élèves, le soulagement de voir l’école locale "sauvée" a largement prédominé sur les considérations d’ordre idéologique.

Les nouvelles directions d’école ont assuré qu’elles n’imposeraient pas de programmes religieux indistinctement à tous les élèves au-delà des fêtes religieuses principales et que des cours d’éthique seraient proposés comme alternative aux cours de religion. Les réactions face à ce transfert des écoles publiques varient d’une Eglise et d’un diocèse à l’autre. L’évêché de Szeged-Csanád est par exemple enthousiaste et tente de mettre la main sur le plus grand nombre d’écoles possible, tandis qu’à l’opposé, le synode de l’Eglise calviniste souhaite en reprendre un nombre limité car il estime que cette situation transitoire n’offre pas toutes les garanties juridiques et financières nécessaires.

Retour au "système éducatif de l'entre-deux guerres" ?

Une nouvelle loi sur l’éducation qui entrera en vigueur à la rentrée 2012 est en préparation et pourrait être votée avant la fin de l’année par le parlement hongrois. Son contenu final n’est pas encore connu précisément mais son côté réactionnaire, autoritaire et clérical – la ministre de l’éducation Rozsa Hoffmann appartient au parti chrétien-démocrate KDNP - provoque des tensions au sein même de la majorité de droite.

Couplée à une future loi sur la centralisation, cette nouvelle législation pourrait prévoir la reprise en main de toutes les écoles publiques primaires et secondaires par l’Etat, ce qui pourrait mettre un terme à l’expansion des Eglises dans le domaine de l’éducation. Mais parallèlement, une nouvelle étape pourrait être franchie car elle donnerait le droit aux écoles paroissiales d’exiger un engagement idéologique de leur personnel et de leurs élèves ainsi que leur participation à la vie religieuse.

C’est très grave car cela posera un véritable problème de conscience aux professeurs qui veulent conserver leur poste. Cela posera notamment de gros problèmes dans les communes où il n’y a qu’une seule école",

commente Laszlo Mendrey qui entrevoit "un retour au système éducatif qui prévalait pendant l’entre-deux guerres".


Article initialement publié sur le site Hu-lala.org



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