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Saint Nicolas ne fait pas de cadeau au Père Noël

mercredi, 21 décembre, 2011 - 11:37

Fournisseur officiel des bambins anglais et français, le Père Noël doit faire face, ailleurs en Europe, à la féroce concurrence d’un évêque turc perché sur un âne. Ou quand Saint Nicolas trotte sur les plates-bandes du vieux barbu...

Point de concurrence pure et parfaite sur le marché de la livraison de cadeaux. Dominé par le grand barbu et ses rennes, numéro 1 du jouet en Europe, le secteur est investi par un outsider qui fait les yeux doux aux enfants européens. Résultat, Noël prend la forme d’un duopole : Père Noël vs. Saint Nicolas. Une distorsion de concurrence sur laquelle la Commission européenne ferme les yeux.

En Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, donc, c’est Saint Nicolas le "patron des enfants". Gourmand, on le trouve également – dans une moindre mesure – au Luxembourg, en Suisse, ou en Grèce. Et parce qu’il ne rechigne pas à trotter plus à l’Est, il est aussi présent en Slovaquie, en République Tchèque, en Slovénie, en Roumanie, en Autriche, en Hongrie, ou encore en Albanie et en Ukraine.

Juché sur un âne, à bord d’un bateau lorsqu’il appareille dans le port d’Amsterdam, ou en encore en hélicoptère, parfois, à Bruxelles, Saint Nicolas ne vient pas seul. Il est toujours accompagné de Père Fouettard (Zwarte Piet – "Pierrot Noir", pour les néerlandophones), son adjudant à la peau foncée, maître ès-punition pour les enfants récalcitrants.

Un Turc en Europe

Les deux acolytes sont plus que ponctuels. La Saint Nicolas tombant le 6 décembre, ils viennent la veille, et le bienheureux dépose les cadeaux dans les chaussures. Pour les enfants sages, cela va de soi. Les gamins turbulents récoltent un sac de charbon, des mains de Père Fouettard. A noter que cette dernière tradition s’est perdue. La discrimination aux cadeaux n’est plus dans l’air du temps, et les enfants sont désormais égaux en droits devant Noël.

Le Père Noël nous vient du nord. Mais d’où débarque Saint Nicolas ? Le rival du nordique était en réalité … un évêque turc ! Nicolas de Myre, né au IIIe siècle, faisait l’objet d’un fervent culte dans le christianisme orthodoxe. A sa mort en l’an 342, il est enseveli à Myre. Ses ossements, volés par des corsaires italiens après l’invasion musulmane, sont rapportés à Bari en 1087. C’est alors que naît le culte : par les catholiques romains d’abord, les anglicans et certains luthériens ensuite.

Saint Nicolas, un vieux raciste ?

Ces dernières années, Saint-Nicolas a déclenché deux polémiques aux Pays-Bas, où il est pourtant très bien implanté. Ce fut, d’abord, une querelle entre croyants et laïcs, avec pour thème : les enfants méritent la vérité. Le camp des croyants défend alors le droit à la fantaisie des enfants ; il faut faire vivre le mythe. Oui mais, répondent les laïcs, c’est un mensonge ! Les adultes ont un devoir de dire la vérité aux bambins, et ce dès le plus jeune âge.

Les termes du débat ont pris ensuite une autre tournure. L’accusation est plus grave : Saint Nicolas serait raciste et colonialiste vis-à-vis de Père Fouettard. L’homme de Myre traiterait mal son compagnon noir, qui doit se farcir de porter les sacs de cadeaux et de prendre soin de l’âne. Quant au costume coloré de Pierrot Noir, il est le vestige vestimentaire du mépris à l’égard des populations de couleur…

Snobé dans le Sud

Alors certains protestent. Des jeunes gens d’origine antillaise se sont interposés face aux festivités en arborant des calicots et en scandant des slogans antiracistes. Ils ont été emmenés de force par la police. Saint Nicolas échappe donc au procès, et poursuit sa cavalcade européenne. Mais attention, lui aussi doit surveiller la concurrence.

Il paraitrait qu’en Italie, une vieille femme apporte jouets et bonbons aux enfants. Et du charbon pour les moins sages (coïncidence ?). Mais le modus operandi de celle qu’on nomme la "Befana" diffère un tantinet. Elle vient un mois plus tard, le 5 janvier au soir, et préfère le balai à l’âne. A la même date, trois types étrangement vêtus et aux prénoms bizarres se promènent en Espagne. La aussi, point de Père Noël ou de Saint Nicolas : les livreurs de cadeaux sont les rois mages.

La concurrence s’attaque à l’entente entre les deux vieux loups de neige. Comme Père Noël, Saint Nicolas a du souci à se faire.




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