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Fin de la république hongroise

Lajos Soos / AP / SIPA

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01.01.2012 | 19:50

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Aujourd’hui, la "République de Hongrie" n’est plus. Si le changement d’appellation officielle du pays pour Hongrie prévu par la nouvelle Constitution entrée en vigueur le 1er janvier 2012 peut sembler anodin, c’est en réalité un symbole fort de la politique menée par le gouvernement du Premier Ministre Viktor Orban depuis bientôt deux ans.

Viktor Orban l’avait dit, et il l’a fait. Sans trop de problème ni d’opposition, la nouvelle Constitution hongroise ultra-catholique, votée au pas de course en avril dernier par un Parlement tout acquis à la cause de son Premier Ministre, est entrée en application. Une mesure de plus pour la politique ultra conservatrice et nationaliste du gouvernement en place.

"Succes story"

En avril 2010, séduits par les promesses de renforcement de la protection des intérêts nationaux, les électeurs hongrois avaient voté massivement pour le  parti conservateur, alors que le chômage élevé et la crise économique menaçaient. Les scandales de corruption dans lesquels baignaient les socialistes avaient alors achevé de convaincre les électeurs d’un changement radical. Avec ses alliés Chrétiens Démocrates, le Fidesz (le parti de Orban, conservateur) détient désormais la majorité écrasante au Parlement : deux tiers des députés soutiennent le Premier ministre, le vote des lois n’est ainsi qu’une pure formalité. N’en déplaise aux partis d’opposition qui tentent de faire entendre leur voix.

Mais Orban n’en a que faire : durant les 6 premiers mois de son mandat, plus de 50 lois ont été amendées. Pendant ce temps, la Constitution subissait six changements, avant d’être tout bonnement remplacée par cette nouvelle Constitution faisant du christianisme un élément fondateur de la patrie et de la famille traditionnelle le pilier de la société hongroise. L'historien Andras Mink n'avait alors pas hésité à dénoncer un "putsch" constitutionnel, permettant au Premier ministre d'asseoir son pouvoir et celui de son parti.

La presse mise au pas

Cette "boulimie législative" rendue possible par le poids écrasant du parti majoritaire, a encore été facilitée par la suppression des dispositifs de contrôle institutionnel classique, renforçant ainsi dangereusement les pouvoirs de la majorité. Et dans ce que l’on pourrait qualifier de course autocratique menée par Orban, les médias, considérés comme des empêcheurs de légiférer au pas de charge, n’ont pas été épargnés.

Fort heureusement, La Cour constitutionnelle hongroise, dernière instance indépendante, a finalement infligé un revers au gouvernement conservateur de Viktor Orban en rejetant certaines dispositions clés de sa loi controversée sur les médias.

Toujours plus ...

Seulement voilà, Orban en veut toujours plus. Dernier fait en date le 23 décembre dernier, avec la soumission, de formalité, de 13 nouvelles lois à l’approbation des députés. Dont une loi, adoptée par le Parlement avec 260 votes pour et 38 contre, mettant en place un nouveau mode de scrutin pour les prochaines élections. Celles-ci n’auront pas lieu avant 2014, mais il semblerait que le Fidesz tienne à se mettre à l’abri le plus rapidement possible en se taillant une loi sur mesure pour assoir son pouvoir. Le nombre de députés est réduit de près de la moitié (200 contre 386 auparavant) et le système ne devrait pas être plus transparent.

  • Passage de deux tours a un tour
  • Baisse de 176 à 106 du nombre de députés élus « géographiquement », c'est-à-dire avec une circonscription attachée à leur mandat
  • Abandon des mandats attribués par compensation au profit de la mise en place de listes nationales procédant à l’élection de 94 députés
  • Agrandissement des circonscriptions, avec un nombre moyen d’électeurs passant de 45 000 à 75 000
  • Doublement du nombre de signatures nécessaires pour chaque candidat pour se présenter (1500 contre 750)

Comme le souligne l’analyste Robert Laszlo, du think-tank Political Capital, "rien n’est gravé dans la pierre", mais c’est un pas de plus pour que le Fidesz inscrive son pouvoir dans la durée. Les petits partis auraient alors très peu de chance d’avoir des élus et de grosses machines électorales comme celle du parti du Premier ministre pourraient remporter jusqu’à trois quart des sièges avec des candidats ne dépassant pas les 30% au sein de leur circonscription grâce à la règle du "gagnant remporte tout".

La nouvelle loi prévoit également de réduire le débat parlementaire en autorisant une majorité de 2/3 des députés à déposer des amendements jusqu’à une heure avant le vote d’une loi et en introduisant une procédure de vote accélérée permettant une fois encore à une majorité de 2/3 de députés de faire adopter une loi en 24 heures. Des dispositions qui inquiètent le groupe Verts/EFA du Parlement européen, dont les présidents Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit ont adressé une lettre au Président de la Commission européenne, JM Barroso, pour attirer son attention sur la "direction à l’opposée des valeurs européennes que fait prendre à son pays M. Orban".

Diviser pour mieux régner

Mesure la plus décriée de la loi électorale, car représentant le basculement vers un modèle majoritaire qui avantage fortement les grands partis, le passage à un mode de scrutin à un tour pourrait se retourner contre le Fidesz si les partis d’opposition, aujourd’hui divisés, formaient une coalition pour battre les conservateurs. C’est pourquoi Viktor Orban voulait initialement associer un parti d’opposition à cette nouvelle loi, de façon à ne pas se retrouver acculé par ses ennemis plus tard.

Le 23 décembre, le parti LMP (Lehet Más a Polika – Politics can be different) avait appelé à un grand rassemblement devant le Parlement pour protester contre ce vote gagné d’avance. Les députés du petit parti d’opposition écologiste de gauche ont été rejoints par des députés socialistes, eux aussi opposés à cette loi. Une quarantaine de militants, ainsi que des députés parmi lesquels se trouvait l’ancien premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany, ont été arrêtés par les forces de l’ordre avant d’être rapidement relâchés, alors qu’ils essayaient d’empêcher les députés d’entrer dans le Parlement en signe de protestation.

Parlant de la "fin d’une ère et du début d’une nouvelle", les membres du LMP appellent à une "nouvelle résistance" et disent vouloir "secouer l’opinion publique" hongroise.

Avec nos manifestations, nous voulons secouer l’opinion publique du pays. Nous annonçons une résistance pacifique mais dans laquelle nous allons nous confronter au régime Orban, avec la poursuite de la poursuite de la vérité pour seule arme. Nous voulons que tous nos compatriotes se rendent compte de ce qui se passe dans ce pays. Le régime anti-démocratique de Orban ne va pas durer, la poursuite de la vérité va le faire tomber".

Une opposition fragmentée

Mais au-delà de cette relative "unité" affichée ponctuellement comme lors de la manifestation du 23 décembre, dont le succès revient au LMP, les partis d’opposition ont du mal à se mettre d’accord entre eux pour contrer le Fidesz.

Antonela Capelle-Pogacean, chercheuse spécialiste de la Hongrie au CERI-Sciences Po, souligne la faiblesse de cette opposition divisée. Selon elle, "les socialistes restent disqualifiés par un exercice long du pouvoir, les cas de corruption, la crise économique et morale commencée en 2006-2008, et les tensions internes qui ont mené à l’éviction du parti de l'ancien Premier ministre Gyurcsany".

De son côté, le LMP souffre toujours d'une certaine incapacité à opérer une synthèse entre des orientations idéologiques diverses (écologie et libéralisme politique), mais surtout de réussir à sortir d'un cercle intellectuel assez restreint pour se faite entendre dans des milieux sociaux plus divers, non-concentrés dans la capitale et les principales villes du pays. De plus, un éventuel rapprochement entre les deux partis semble difficile, le LMP restant très critique à l'égard du bilan socialiste de 2002 à 2010, mais aussi des changements postcommunistes en général.

Quant au Jobbik, le parti nationaliste d’extrême droite, il risque d'être favorisé par le recul de Orban et du Fidesz, dans une situation économique difficile. En revanche, tout rapprochement avec d’autres groupes parlementaires reste bien compromis tant sa position radicale est difficile à défendre.

Résultat, si le Fidesz a beaucoup baissé dans les sondages, aucune alternative d’opposition ne s'est cristallisée pour l'instant et plus de 50% des Hongrois déclarent ne pas avoir de préférence partisane arrêtée

analyse Antonela Capelle-Pogacean.

L'arrivée de la relève ?

Des groupes se sont néanmoins articulés autour de "Un million pour la liberté de la presse" (mobilisé par Facebook, actif dans plusieurs manifestations depuis le printemps 2010), comme Negyedik Köztársaság  (Quatrième République - 4K!) qui se veut le noyau d'un nouveau parti de gauche, mais qui est au tout début de sa création, autour de quelques centaines de personnes.

Le tout jeune mouvement Szolidaritás lié au monde syndical, et bâti sur le modèle polonais de Solidarność, a acquis un certain poids, depuis sa création lors des manifestations de l’automne dernier. Mais il ne souhaite pas, pour l’instant, se transformer en parti politique. L'idée d'une "table ronde de l'opposition" a été lancée récemment par Szolidaritás. Peut-être le premier pas pour le rapprochement d'oppositions parlementaire et extraparlementaire très fragmentées pour l'instant.





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