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« L’Europe ne peut pas tolérer ce qui se passe en Hongrie »

mercredi, 4 janvier, 2012 - 17:54

Plus de 70.000 personnes se sont réunies à Budapest pour protester contre la nouvelle constitution hongroise. Alors que l'Europe peine à condamner les atteintes à la liberté de la presse ou de la Justice, le travail de la société civile commence à trouver un écho auprès d'une population touchée par la crise. Rencontre avec Balázs Dénes, directeur exécutif de HCLU, l’ONG la plus active dans la défense des droits.

L'opposition hongroise aux réformes mises en place par Viktor Orban prend de l'ampleur, 18 mois après l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de droite nationaliste. Lundi 2 janvier, plus de 70.000 personnes ont manifesté dans les rues de Budapest pour protester contre la nouvelle Constitution. Du jamais vu depuis la chute du communisme.

Les manifestants reprochent au premier ministre de profiter de sa majorité des deux tiers au Parlement pour verrouiller les institutions au profit de son propre camp.

Alors que l'Union européenne concentre l'essentiel de ses critiques sur la réforme de la Banque centrale hongroise – menaçant de ne pas reprendre les pourparlers au sujet d'une aide financière dont le pays a besoin -, et examine la conformité des nouvelles lois avec la législation communautaire, Myeurop a choisi de rencontrer les acteurs de la société civile hongroise en lutte depuis des mois contre les mesures anti-démocratiques de Viktor Orban.

"L'opinion publique se réveille"

HCLU (Hungarian Civil Liberties Union), l’ONG la plus active en termes de défense des droits de l’homme. Fondée il y a maintenant dix-huit ans, elle défend les libertés d’expression, de religion, et la protection des données. 

Particulièrement novateur, le Programme Roms, lancé en 2009, s’attaque à l’important problème du racisme envers cette communauté alors que le nationalisme monte dans le pays. Le travail obligatoire a même été instauré pour les bénéficiares d'allocations sociales. Un dispositif qui touche, de fait, surtout les Roms.

Depuis que le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban est arrivé au pouvoir, HCLU n’a eu de cesse de dénoncer des attaques flagrantes aux libertés démocratiques du pays, notamment envers les SDF.

 

Totalement indépendante, l’association est financée par des donations de grandes firmes internationales et hongroises, ainsi que par les dons de personnes individuelles en Hongrie.

HCLU s'appuie sur un réseau d'avocats et de juristes pour porter les cas d’atteinte aux droits de l’homme devant les tribunaux, notamment la Cour européenne de Strasbourg. En 2009, ils ont été les premiers à poursuivre la Hongrie pour atteinte à la liberté d’expression dans un procès qu’ils ont remporté. L'ONG apporte également son concours et son expertise juridique aux opposants aux mesures anti-démocratiques en leur permettant de voir leurs affaires traitées par des juges.

Entretien avec Balázs Dénes, directeur exécutif de HCLU, pour qui "l'opinion publique se reveille".

Que pensez vous de l’évolution de la situation en Hongrie ces derniers mois ?

HCLU n’est pas un opposant du gouvernement en lui-même, mais de ses mesures anti-démocratiques. Nous ne remettons pas en cause la légitimité du gouvernement actuel: ce n’est pas le gouvernement qui est anti-démocratique mais certaines des mesures qu’il met en place.

Nous ne sommes pas anti-Orban".

Concernant les lois qui ont été votées récemment par le Parlement, ainsi que la nouvelle Constitution, la situation peut être qualifiée d'alarmante. Des mesures problématiques ont été adoptées dans des conditions non moins problématiques. L’opposition n’a plus de place en Hongrie dans le cadre démocratique du Parlement. Symbole de cela, l’adoption de la nouvelle Constitution au terme d’un simulacre de débat de neuf jours seulement, qui s’est révélé être en fait monologue du parti majoritaire. Et ce genre de situation devient courant.

Le gouvernement de Orban est devenu une "machine à lois", et des mesures très inquiétantes sont adoptées au pas de course sans véritable débat parlementaire nécessaire au processus démocratique de balance des pouvoirs. La vitesse des nouvelles procédures d’adoption des lois est tout bonnement invraisemblable: en vingt-quatre heures, il semble bien difficile d’avoir un véritable débat.

Quelle est votre opinion sur l’appel à la "nouvelle résistance" lancé par le LMP il y a quelques semaines ?

Le LMP est le plus petit parti politique de Hongrie, il s’efforce de trouver un moyen de se faire entendre et de pouvoir agir malgré les procédures accélérées et les efforts continuels pour assourdir l’opposition. En cela, leur revendication est légitime et justifiée. Les députés du LMP doivent ressentir une certaine frustration vis-à-vis de l’absence de débat démocratique, ils ne sont pas écoutés. La "nouvelle résistance" à laquelle ils appellent n’est pas encore très définie, mais si leur objectif est de faire entendre leur voix au sein du Parlement, en tant que représentants élus par le peuple, leur initiative ne peut être qu’approuvée.

Nous participons parfois à des manifestations, de plus en plus ces derniers temps, mais ce n’est pas notre mode d’action principal.

Nous restons avant tout des professionnels du droit. Et nous ne voulons pas travailler avec un parti politique en particulier, dans la mesure où l’indépendance est notre valeur principale".

Quand nous faisons appel aux politiques, nous nous adressons à tous les partis politiques démocratiques, mis à part les fascistes, et ce dans une totale transparence. Nous ne faisons aucun "deal politique", et nous ne voulons pas que nos actions soient récupérées à des fins politiques ou électorales.

L’année dernière, Bruxelles s’était élevée contre la loi sur les médias. Quel peut être le rôle de l’Europe dans la défense des droits et des libertés en Hongrie ?

Nous travaillons beaucoup en collaboration avec la Commission européenne, avec la Commissaire Viviane Reding particulièrement, et avec le Parlement européen. Nous avons mené ensemble une grande campagne de sensibilisation de l’opinion internationale durant la dernière année.

L’UE ne peut pas tolérer ce qui se passe en ce moment en Hongrie".

Quand un Etat-membre destitue le chef de la Cour Suprême, remet en cause l’indépendance de la banque centrale, limite les pouvoirs de la Cour constitutionnelle et fait de l’ombudsman (médiateur de la République) une agence d’Etat, l’Europe ne peut laisser passer de telles attaques à la démocratie.

Pensez vous que l’opinion publique se sente concernée par des combats qui peuvent sembler déconnectés des préoccupations quotidiennes des citoyens ?

Il y a eu, manifestement, un réveil de l’opinion publique en Hongrie ces derniers mois. Il y a à peine un an, il aurait été très difficile d’imaginer que les gens ne descendent dans la rue pour se mobiliser contre une nouvelle Constitution. La perception des gens est visiblement en train d’évoluer, même si on ne peut pas dire pour l’instant si ce changement va s’inscrire dans la durée.

Les gens sont de plus très dépendants de l’économie, un million de personnes en Hongrie ont un prêt ou une hypothèque à rembourser, soit un dixième de la population. Il est difficile de séparer la mauvaise situation économique du pays et les mouvements civiques ou en faveur de nouveaux partis politiques, mais il me semble quand même que les gens ont véritablement conscience de la portée anti-démocratique des mesures gouvernementales et qu’ils s’y opposent : il y a de plus en plus de manifestations, les Hongrois font des blagues sur le gouvernement, la situation est en train de changer.

Même si l’état de la démocratie est bien pire qu’il y a un an, il y a un véritable espoir qui découle de cette montée de la contestation". 




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