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La dame de fer, plus grand diviseur commun des Britanniques

jeudi, 5 janvier, 2012 - 17:43

Les Britanniques perdent leur flegme au souvenir de Margaret Thatcher. Pour certains, elle a sauvé leur pays du déclin, pour d'autres, sa mort sera "un soulagement". Témoignages, le jour de la sortie du film "The Iron Lady" en France.

La sortie du film de la réalisatrice anglaise Phyllida Lloyd sur la Dame de fer a provoqué des remous en Angleterre. Le Premier Ministre a quitté le pouvoir le 28 novembre 1990, mais son souvenir ravive de profondes déchirures. Ceci d'autant plus que ses successeurs, les conservateurs John Major et, aujourd'hui, David Cameron et les travaillistes Tony Blair et Gordon Brown, n’ont fait que prolonger, de manière plus ou moins atténuée, sa politique.

Des millions de gens feront la fête le jour de sa mort"

assure Owen Jones, un trentenaire militant à la gauche du parti travailliste. "Ils seront contents, soulagés, mais au final, ils le savent, nous le savons tous : Thatcher a gagné. Dans les années 70, les conservateurs étaient les seuls à s'opposer à l’Etat providence, aux taux d’imposition élevés pour les plus riches. Ensuite, après Thatcher, le New Labour a fait sien les piliers du thatchérisme, en particulier la diminution des dépenses publiques et la mise en avant des individus au dépend de la société et des communautés".

Logements sociaux et maisons victoriennes

La soixantaine, Chris, ancienne baby-sitter, avoue "n’avoir jamais été fan de Margaret Thatcher". Elle se souvient bien qu’à l’époque "elle voulait que les mères célibataires travaillent mais elle réduisait les allocations leur permettant de faire garder leurs enfants. Aujourd’hui, David Cameron reprend les mêmes idées alors que les tarifs pour la garde d'enfant ont triplé à 200 £ ou 300 £ (236 € à 354 €) par semaine. Thatcher hier, Cameron maintenant, n’ont jamais eu la moindre idée de la façon dont vivent les ouvriers, cela ne les intéresse pas". Pour elle, la Dame de fer, est synonyme de remise en cause du système de santé, notamment la fermeture des hôpitaux et de l'abandon des personnes âgées.

Un syndicaliste, estime pourtant, sous couvert de l'anonymat, que la réussite de la Dame de fer et le soutien actuel à David Cameron, tiennent, bien au contraire, à une certaine proximité avec les aspirations d’une partie de la population. "Les logements sociaux étaient gérés par des gens qui vivaient dans des maisons victoriennes et n’imaginaient donc pas le désir de devenir propriétaires. Thatcher, elle, l’a compris et a lancé la privatisation des logements sociaux, avec des remises allant jusqu’à 50% du prix du marché. Cela a attiré des millions de personnes dans son camp. Aujourd’hui, David Cameron reprend exactement la même politique en voulant relancer la possibilité pour les locataires d'acheter leur logement". 

Une stratégie de l'affrontement

James, un conservateur affirmé proche de la quarantaine, se félicite, pour sa part, du "coup de pied de Margaret Thatcher" pour relancer l'économie. "A l’époque, et c’est de nouveau le cas après treize années de travaillisme, les gens ne voulaient plus travailler dur, ils se reposaient sur les aides de l’Etat. Il est temps d’y mettre fin si nous voulons que le pays ne disparaisse pas totalement et c’est ce que David Cameron compte faire".

Pour ou contre, les Britanniques ont toujours un avis très tranché, souvent caricatural, sur le bilan des années Thatcher. Mais comment pourrait-il en être autrement alors que l'ex-Prime Minister n'a jamais eu le sens de la nuance. Préférant l'affrontement à la négociation, méprisant le compromis et convaincue que seuls la sueur et les larmes pouvaient enrayer le déclin du royaume.

"Funérailles en pleine mer"

La polémique est donc repartie de plus belle depuis que Maggie, incarnée par Meryl Streep, revit à l'écran. Dans la vraie vie, elle a 86 ans. Et le gouvernement, en envisageant de lui organiser des obsèques nationales, n'a fait qu'envenimer les vieilles rancœurs entre pro et anti-Thatcher. Une pétition a été lancée pour que ses obsèques "soient financées et gérées par le secteur privé pour offrir le maximum de valeur et de choix pour les usagers". Pour ne pas aggraver le déficit public, au nom d'un libéralisme absolu dont elle a été le chantre.

Un ancien député travailliste écossais, George Galloway, propose, lui d'organiser "des funérailles en mer, près des Mallouines" là où sont mort les marins d'un croiseur argentin coulé par la Navy.

Il n'a cependant pas le mauvais goût d'ajouter que Margaret Thatcher est faite d'un métal submersible.


Article actualisé le 15 février à l'occasion de la sortie dans les salles françaises du film "La Dame de fer", un mois après sa sortie au Royaume-Uni.


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