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Le « cinepanettone » ne fait plus recette en Italie

lundi, 2 janvier, 2012 - 14:58

Les Italiens n'ont plus le sens du mauvais humour. Les comédies italiennes grand public baptisées "cinepanettone", du nom de la brioche, sont devenues indigestes. La vulgarité à la Bigard ne fait plus recette dans la péninsule.

Incroyable mais vrai: le "cinepanettone", ces films grand public produits pour les fêtes de fin d'année, est en crise! Après avoir sévi pendant quinze ans, ces comédies à l’italienne ne séduisent plus. Pour preuve, les résultats d’un box-office impitoyable au niveau des chiffres deux semaines après la sortie de "Vacanze di Natale a Cortina", un pâle remake des "Bronzés font du ski" avec une touche de mauvais jeux en plus.

Le film est largement dépassé par le deuxième volet du "Sherlock Holmes" de Guy Ritchie et le dessin animé "Le chat botté" de Chris Miller. Ce dernier navet à l'italienne de Leonardo Pieracioni, n’a fait "que" 1.6 million d’euros de recette. Une sacrée claque pour le producteur Aurelio De Laurentis aux commandes de cette saga de films présentés comme "populaires" qui compte une dizaine d’épisodes depuis 1983.

En présentant son dernier-né il y a quinze jours, De Laurentis se voulait pourtant sûr du "succès annoncé". Le début de fatigue ressentie l’an dernier par les spectateurs lors de la sortie de "Natale in Sud Africa" avait fait comprendre au producteur qu’il devait corriger sa formule. Résultat: une grosse pincée de vulgarité en moins et un scénario légèrement plus "raffiné" tout en restant dans le registre habituel des histoires de tromperies et d’équivoques grossiers entre couples interchangeables. Mais cela n’a pas suffit.

"La bande annonce est nulle"

Les Italiens sont saturés par ce style de comédies. Le lieu de tournage change mais le scénario est toujours plus ou moins le même" analyse Oswaldo Scorrano. Pour ce critique cinéma du quotidien La Repubblica, ses compatriotes "les Italiens répudient les 'cinepanettoni' mais pas les comédies italiennes en général".

Pris de court pas les résultats du box office, l’équipe du film se défend tant bien que mal. "La bande annonce est nulle. Elle n’a pas fait passer le bon message" estime l’acteur Dario Bandiera. Mais cette explication ne satisfait pas certains réalisateurs, à commencer par Carlo Verdone.

Il faut avoir le courage de changer de formule. La concurrence est serrée et certains films récents sont de très bonne qualité. Par ailleurs, le public est devenu plus exigeant"

explique ce matador de la comédie italienne qui n’a pourtant jamais été récompensé par les grands festivals. Changer de formule face à aux films américains comme "Les marches du pouvoir" avec George Clooney ou encore le film français "The Artist" qui a enthousiasmé la critique et le public italien? Ce n’est pas l’avis -du moins officiellement- du président de l’Anica, l’association de l’industrie nationale italienne cinématographique.

Crise identitaire et télés berluconiennes

"Il ne faut pas exagérer. Les "cinepanettoni" ont encore de l'avenir et restent un bon investissement" affirme Riccardo Tozzi président de l’Anica.

Pour Vittoria Regano, directrice de production, le peu de succès de "Vacanze a Cortina" est inexplicable alors que "Les spectateurs se sont bousculés pour voir 'I soliti idioti'. Un film à sketches tiré d’une série télé qui se veut proche de la réalité quotidienne vécue par les Italiens. Mais qui est loin, très loin, de la satire sociale des années 70-80 d'un Dino Risi, dans Les Nouveaux Monstres (I nuovi mostri) et Les Derniers Monstres (Sesso e volentieri). Mais depuis Berlusconi et ses télés infantilisantes ont fait des ravages.

Aujourd'hui, le cinéma italien serait en pleine crise identitaire. L’argument n’est pas nouveau. A chaque festival, les critiques remettent effectivement en cause la plupart des productions transalpines à part celles des enfants chéri du 7ème art comme Nanni Moretti ou Paolo Sorrentino l’auteur de "Il divo", film culte sur Giulio Andreotti.

Le cinéma italien est en panne d'idées nouvelles. Tout le monde veut faire de la comédie sans se rendre compte qu’elles ne font plus rire, mais, tout au plus, sourire. La comédie est un art que nous ont appris les réalisateurs comme Vittorio De Sica. On peut compter sur les doigts de la main les auteurs en mesure de réaliser des bons films"

estime Oswaldo Scorraro.  


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