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A Chypre, des Indignés sous surveillance des Casques bleus

lundi, 9 janvier, 2012 - 16:34

A Chypre, les Indignés occupent l'un des principaux points de passage avec la partie occupée par la Turquie. Leur but: la réunification du pays. Témoignages.

A Chypre, tout à commencé le 15 octobre 2011, lors de la Journée mondiale des Indignés: des Chypriotes grecs et des Chypriotes turcs ont décidé de créer le mouvement #occupybufferzone [Occupons la zone démilitarisée] prenant pour exemple l'occupation de la Puerta del Sol à Madrid qui a fait tache d'huile de Wall Street à Tel Aviv.

Mais cette fois, l'indignation s'est cristallisée sur la division du pays qui dure depuis 38 ans. Depuis l'invasion du nord de l'île par l'armée turque. Les Indignés – ils n'étaient alors qu'une trentaine – occupent depuis l'un des principaux points de passage à Nicosie entre la RTCN [République Turque de Chypre Nord, reconnue seulement par le grand frère turc et… l'Azerbaïdjan], et la République de Chypre. Ils ont investi un immeuble rue Ledra, dans la zone tampon placée sous le contrôle des Casques bleus.

Notre mouvement 'Occupy buffer zone' est citoyen. Il n'est pas politique. Nous voulons la réunification de notre pays,

explique l'un des occupants, Andreas Damianou, 28 ans, chypriote-grec.

Une division inscrite dans les têtes

"Occupy buffer zone" veut une démilitarisation complète de l’île et dénonce les présences militaires anglaise, turque et grecque sur le sol chypriote.

Depuis une dizaine d'années, les négociations pour la réunification piétinent. Sous l'égide de l'ONU, une solution semblait avoir été trouvée en 2004, mais la partie chypriote-grecque l'a récusée, estimant qu'elle était trop favorable à la RTCN.

Rahme Veziroglu, 27 ans, Chypriote-turque originaire de Famagouste, la ville fantôme inoccupée depuis l'invasion, affirme que

ce n’est pas un simple mouvement de paix qu’on oublie une fois rentré chez soi le soir. On donne un exemple de cohabitation, quelque chose qui reste. Il faut changer les mentalités.

Car, au fil des décennies, les Chypriotes se sont habitués à la division de leur pays:

Le mur qui sépare les deux parties n'est pas seulement une réalité concrète, il est dans les têtes, il est invisible. Les Chypriotes ne vivent pas dans la réalité, ils sont trop omnibulés par leurs vies personnelles,

ajoute Andreas Damianou.

L'ONU  réclame le départ des manifestants

Alors que les négociations pour la réunification sont au point mort, aucun parti politique, au nord comme au sud, ne soutient leur mouvement. Cela n'a pas freiné la détermination des Indignés chypriotes à maintenir l'occupation. Pour eux, la solution passe par une prise de conscience collective que Chypre ne peut pas rester éternellement divisée.

Âgés de 17 à 45 ans, les Indignés de Nicosie ont été rejoints, notamment par des Anglais, des Australiens et d'autres Européens. Ils cuisinent, jouent de la musique, organisent des réunions et des projections de films. Comme hier à Madrid, à Athènes ou, aujourd'hui encore, à Londres.

Si aux Etats-Unis ou en Espagne, la plupart des campements des Indignés ont été démantelés par la police, à Nicosie comme à Londres, ils résistent. Dans l'indifférence quasi-générale des médias internationaux. L’ONU a, contre toute attente, demandé aux autorités policières des deux parties de déloger les manifestants. En vain, du fait du statut juridique ambigu de la "zone neutre".


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