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La Roumanie brade sa forêt pour des prunes

mercredi, 11 janvier, 2012 - 16:20

La Roumanie restitue depuis 2005 les forêts confisquées sous le régime communiste. Des milliers d’hectares sont alors revendus à de grandes entreprises étrangères. Une privatisation qui ne profite pas au pays.

Comment exploiter le filon économique du bois sans décimer ses forêts ? La Roumanie n’a, semble-t-il, pas encore trouvé la réponse. Ou feint de l’ignorer : pour rentabiliser ses arbres, la huitième forêt d’Europe (6,7 millions d’hectares) se donne aux plus offrants, le plus souvent des entreprises étrangères.

Une grande braderie qui s'est accélérée depuis 2005, lorsque l'Etat roumain a commencé à rendre les terres confisquées sous le régime communiste, ainsi que leurs anciens propriétaires le réclamaient depuis 1990. Des propriétaires qui veulent désormais exploiter ces parcelles, ou les vendre.

Privatisation post-communiste

Aujourd’hui, l’État ne détient plus que 52% des forêts roumaines. Soit 48% des terres boisées sous pavillon privé, et potentiellement exploitables économiquement. A raison de 18 millions de mètres cubes de bois extraits par an, la machine marche d’ailleurs à plein régime. Une production génératrice d’emplois et essentielle au pays, où elle représente 3,7% de l’activité industrielle (contre 2,1% pour l’UE27).

Reste que la privatisation de sa forêt ne profite pas à la Roumanie. Le secteur est dominé par un cartel d’entreprises étrangères, notamment autrichiennes, qui se partagent le gâteau sans trop de scrupule, économique ou environnemental. "De puissantes compagnies étrangères (Autriche, Chine) ont conclu entre-elles une sorte de 'gentleman agreement' en Roumanie", explique à Myeurop Doina Danciu, coordinateur des campagnes de Greenpeace Roumanie.

"La Roumanie sacrifie ses forêts !"

"Elles se partagent l’influence, s’entendent pour maintenir des prix bas, et font du lobby auprès des officiels du Ministère de l’Environnement et des Forêts pour imposer leurs règles". D’autant qu’elles maitrisent à la fois l’abattage et la transformation industrielle du bois, les rendant maitresses de la filière, face à un État roumain complaisant. "La Roumanie sacrifie ses forêts !", assène Doina Danciu.

"La forêt roumaine est tombée entre de mauvaises mains", soutient lui aussi Gabriel Paun, président de l’ONG écolo Agent Green, qui prend l’exemple de la compagnie autrichienne Schweighoffer, leader sur le bois roumain.

Schweighoffer est arrivé en Roumanie en 2003, c’est à ce moment là que le désastre a commencé. Elle extrait 2,6 millions de tonnes chaque année".

Et compte bien aller plus loin encore. "Son contrat de 10 ans avec Romsilva (entreprise roumaine de gestion des forêts) expire en 2013, et ils veulent le renouveler pour exploiter 57,6 millions de tonnes de bois dans les dix ans à venir".

Couper plus jeune pour gagner plus

Un expansionnisme qui inquiète les association de protection de l'environnement. "Schweighoffer a acheté plusieurs milliers de forêts, souvent vierges, y compris dans les montagnes Retezat [parc naturel des Carpates, NDLR] où ils abattent des arbres à l’heure où je vous parle".

Et l’appétit des coupeurs d’arbres reste entier. Leur dernière bataille en date ? Couper les arbres plus jeunes. "Un projet a été lancé récemment qui pourrait modifier le droit forestier et inclure leurs demandes…", s’alarme Costel Bucur, coordinateur du programme Forêt 'Danube-Carpates' chez WWF Roumanie.

Les grands propriétaires privés font pression pour diminuer l’âge d’exploitation, aujourd’hui fixé à 120 ans pour la plupart des espèces. Ils réclament 90 ans voire moins, et au regard des négociations et de la pression qu’ils exercent, tout peut arriver".

Selon lui, les conséquences seraient "catastrophiques pour la biodiversité et l’équilibre de l’écosystème".

La Chine sort du bois

Et l’État demeure laxiste, à tous les niveaux. L’abattage illégal, autre menace qui pèse sur les forêts roumaines, ne mobilise pas le gouvernement. Greenpeace a comptabilisé "30.000 cas d’abattage illégal entre 2009 et 2011". "Aucune action concrète n’a été décidée pour stopper l’abattage illégal", regrette Gabriel Paun, qui note que les 218.500 hectares de forêts vierges sont particulièrement touchés. "Et la plupart des actions en justice ne mènent à aucune sanction pour les coupables"."Le plus inquiétant, poursuit-il, c’est le fossé entre la législation nationale et celle de l’UE".

D’autant qu’un nouvel acteur vient de sortir du bois : la Chine, grande consommatrice, et qui n’en a plus chez elle. Les exportations vers la Chine ont presque triplé entre 2009 et 2010.




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