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Hongrie : "Il y a de l'espoir, mais sur le long terme"

Gregorio Borgia/AP/SIPA

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13.01.2012 | 11:30

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Le 11 janvier, Bruxelles a, enfin, lancé un ultimatum à la Hongrie sur ses dernières lois liberticides. Trop tard ? Rencontre avec Dániel Fehér, du parti d'opposition LMP, qui nous livre son point de vue sur la situation de la Hongrie.  

"Il y a quelques temps j'avais du mal à réaliser ma revue de presse sur la Hongrie, alors que maintenant...". Dániel Fehér hausse les sourcils d'un air épuisé. Après notre interview il est attendu ailleurs. Ses journées sont chargées depuis que le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, occupe le devant de la scène européenne à la suite d'une série de lois controversées : atteintes à la liberté de la presse et de la Justice, Parlement monopolisé par la majorité, relents nationalistes importants et fin de l'indépendance d'institutions, notamment de la Banque Centrale, au cœur du contentieux avec Bruxelles.

Sous le feu des projecteurs

Dániel est responsable des relations internationales du parti d'opposition hongrois LMP (Lehet Más a Politika - Politics can be different). Etabli à Bruxelles depuis sept ans - "depuis notre entrée dans l'Union européenne" - il a l'impression que la communauté hongroise locale est plutôt hostile au gouvernement en place, "sauf bien sûr les gens qui travaillent pour le gouvernement: les fonctionnaires de la représentation permanente auprès de l'UE et les eurodéputés du Fidesz, le parti de Orbán".

Ici à Bruxelles, nul besoin d'être Hongrois pour suivre l'actualité de ce pays: même sans lire la presse européenne spécialisée, on est plongé au cœur des évènements. "Et chaque jour apporte ses nouveautés", souligne Dániel. La semaine passée on attendait avec curiosité une réaction officielle de la part du Parti populaire européen (PPE, conservateur), le groupe politique majoritaire au Parlement européen, au sein duquel siège le Fidesz. Publié le 6 janvier, le communiqué ne contient aucune critique explicite, mais "exprime de façon diplomatique un certain mécontentement ", remarque Dániel.

Sanctions possibles dès le 17 janvier

Cette semaine les yeux étaient braqués sur la Commission européenne. Le 11 janvier, elle a donné au gouvernement de Budapest un premier ultimatum, dans un langage officiel dont elle a le secret. La Commission, qui est en train d'examiner les textes des lois récemment adoptées en Hongrie, "se réserve le droit de prendre toute mesure qu'elle jugera opportune, à savoir la possibilité de lancer une procédure d'infraction", si elle devait relever une non conformité de ces lois au droit communautaire.

La réaction hongroise - une déclaration du ministre des affaires étrangères János Martonyi parue sur The European Voice sous le titre "Condamnés sans procès?" - prouve que le gouvernement de Budapest est désormais sur la défensive.

Ils vont céder, ils n'ont pas le choix"

estime Dániel Fehér.

"Ils ont besoin de l'argent du Fonds Monétaire International, et ce dernier ne bougera pas sans l'accord de la Commission". Dániel a une autre certitude: bien qu'échaudé par cette histoire, Orbán restera au pouvoir au moins jusqu'en 2014, date des prochaines élections politiques.

La majorité écrasante qu'il détient au Parlement et l'envergure encore limitée du mouvement d'opposition, aussi bien civile que politique, ne laissent pas de place au doute. Une perspective peu réjouissante, si l'on considère que

le Fidesz est centré sur une seule personne: le parti, c'est Orbán. Il n'éprouve aucun besoin de consulter qui que ce soit. Et de plus il n'a pas de programme politique ni économique: il procède à coups de lois ad hoc".

Prudence

Tandis que la presse étrangère propose son lot de commentaires et d'analyses cherchant à expliquer les raisons historiques, économiques et culturelles de la dérive de Budapest, le politologue hongrois Gábor Török rappelle sur son blog que le paysage politique national a été dominé pendant quinze ans par deux formations, le Fidesz et les socialistes du MSZP, qui, à eux seuls, ont recueilli 85% des votes en 2006. Dans un post signalé par Eurotopics, il écrit que

les élections de 2010 ont manifestement interrompu cette tendance. Le MSZP a essuyé une défaite cuisante et a sombré dans la crise; en outre, deux nouvelles forces sont entrées au Parlement : le parti d'extrême droite Jobbik et le parti écologiste LMP".

Cette rapide mutation n'est-elle pas un signal encourageant ? Dániel Fehér reste prudent:

Le problème, c'est que notre rayon d'action est très limité. Le LMP ne peut s'allier avec aucun des autres partis d'opposition. Il nous faudra collaborer avec les mouvements extraparlementaires en vue des élections de 2014. Disons que j'ai de l'espoir, mais sur le long terme..."



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