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La Grèce en solde avant liquidation

mercredi, 18 janvier, 2012 - 11:43

Les soldes viennent de commencer à Athènes. Mais les importants rabais ne suffisent pas. Les boutiques restent vides et nombreux sont les commerçants qui espèrent en profiter pour liquider une partie de leurs stocks avant de fermer boutique. 

Depuis 104 ans, nous étions parmi vous.
Nous mettons la clé sous la porte.
Venez vite faire vos achats aujourd’hui.
Demain, il sera trop tard.

Ce dérisoire petit texte en lettres manuscrites, juste en dessous d’un énorme bandeau "Soldes" qui recouvre la devanture de la maroquinerie Atzeros de la principale rue commercante du Pirée, symbolise à lui tout seul la tragédie que vit en ce moment la Grèce. Tout autour de ce magasin, on ne trouve plus que des boutiques fermées ou d’autres remplacées depuis quelques mois par des fast-foods, seuls commerces qui arrivent à survivre en ces temps de crise.

"C’est le seul achat que que j’ai fait aujourd’hui. On est bien obligé de manger. On a coupé déjà tout le reste. Quand on n’aura même plus de quoi acheter un sandwich, alors on crèvera la bouche ouverte" s’exclame un passant qui dévore son en-cas, en regardant avec envie les sacs et les valises soldés qui trônent dans la vitrine de la maroquinerie.

Et pourtant, ce n’est pas cher. Tu vois, ce sac en cuir à 25 euros, c’est une super affaire. Il y a quelques années, je l’aurais acheté sans hésiter, même cinq fois ce prix-là. Maintenant, c’est fini tout ça. Je n’ai plus besoin de rien. Etre en bonne santé moi et mes proches, c’est le seul vœu que j’ai fait pour cette nouvelle année.

Après un Noël catastrophique

L’ouverture officielle des soldes d’hiver a commencé cette semaine (elles dureront jusqu’au 28 février). Mais déjà depuis le début de l’année et jusqu’à samedi dernier, les magasins avaient fait des promotions de l’ordre de 50% pour attirer les clients. Car la période de Noël a été catastrophique.

La seule augmentation est celle des "promeneurs" comme on les appelle ici, ceux qui lézardent devant les vitrines sans entrer dans les magasins, mais le chiffre d’affaires de la période a été de moins de 20% que pour Noël 2010. Et ce alors que les commercants espéraient se rattraper d’une année 2011 déplorable, qui avait vu une baisse généralisée de 30%.

"Les soldes, c’est la dernière chance avant le louketo" (loquet, fermeture) a été le dernier titre des quotidiens et des journaux télévisés avant la grève de 48h des journalistes. Certains commerçants ont attendu ces soldes pour récupérer un peu d'argent sonnant et trébuchant, en liquidant leurs stocks avant de mettre la clé sous la porte. Car les clients sont rares malgré les importants rabais.

"Acheter grec", mais avec quel argent?

Même les Grecs qui en ont encore les moyens hésitent à dépenser en dehors de la stricte nécessité. Toutes les mesures prises ces derniers mois par les gouvernements successifs adeptes de la rigueur ont plombé la consommation:

  • Augmentation successive de la TVA passée de 13% à 23%,
  • Hausse du prix à la pompe qui avoisine les 2 euros
  • Coupe dans les salaires des fonctionnaires
  • Passage du minimum du revenu imposable de 8000 à 5000 euros.

Et les nouvelles mesures qui vont être votées cette semaine vont rajouter de l’huile sur le feu.

Une fois de plus, et de façon brutale, un coup dur est porté à la société grecque avec la baisse annoncée et le gel des salaires cette fois-ci dans le secteur privé, la disparition des 13° et 14° mois, le rabotage du salaire minimum. Ces lois catastrophiques, qui frappent essentiellement les classes moyennes, salariés et retraités, met en danger tout le tissu industriel et commerçant du pays. Car elles font chuter la consommation, qui est pourtant le seul moteur de la croissance dans une économie au bord du gouffre et ce faisant, génère un incroyable cercle vicieux qui entraîne le pays dans une faillite profonde et sans retour,

déclare l’Union professionnelle des commerçants du Pirée.

Les prochaines semaines vont être cruciales pour la survie de nombreuses petites entreprises. De nombreux secteurs sont touchés, en premier celui de l'habillement et des chaussures, puis l’ameublemement et l’aménagement intérieur, l’électro-menager, enfin les cosmétiques et les médicaments. Le tabac et les cigarettes pâtissent également de ces restrictions, alors que les Grecs sont parmi les plus gros fumeurs d’Europe. Et pour la première fois, même les magasins d’alimentation ont vu leurs revenus chuter.

Avec tous les indicateurs de l’activité économique dans le rouge (taux d’inflation à 5%, taux de chômage à 20%, 2 personnes sur 5 sous le seuil de pauvreté), ce n’est pas l’arrivée massive, tels des vautours, des super-discount allemands ou l’incantation nationaliste irréalisable (dans la situation actuelle de production nationale rachitique) du slogan "Acheter grec", qui va dynamiser ce secteur de l’économie.  




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