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La marche sur Rome des taxis italiens

En grève, les taxis romains bloquent la circulation / ALESSANDRA TARANTINO/AP/SIPA

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18.01.2012 | 08:59

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Le gouvernement italien veut instaurer plus de concurrence au sein de corporations hostiles à tout changement. Aujourd'hui, ce sont les chauffeurs de taxis qui sont en grève, demain ce seront les pharmaciens et les pompistes. Récit d'une journée d'affrontements entre les "tassisti" romains et la police.

Pour relancer les moteurs d’une économie en panne et accroitre la concurrence, le gouvernement de Mario Monti veut libéraliser plusieurs secteurs d’activité comme le gaz, l’énergie, le commerce, les transports et les professions libérales. Une décision très mal accueillie par les corporations, notamment les chauffeurs de taxi, les pompistes et les pharmaciens.

Les syndicats des professions concernées multiplient les mouvements de grève pour faire pression sur le gouvernement. C’est le cas des pharmaciens qui préparent une "Journée officines mortes", des pompistes qui s’apprêtent à croiser les bras pendant une semaine d’affilée et des chauffeurs de taxis.

Abolition des "territoires"

Pour développer la concurrence des taxis, le gouvernement veut agir sur plusieurs fronts. D’abord, en permettant aux chauffeurs d’acheter d'autres licences d’exploitation qui seront mises aux enchères par les municipalités. Les propriétaires de ces nouvelles licences pourront les louer. L’idée est d’inciter les chauffeurs à partager une voiture avec un collègue pour offrir un service aux usagers sans interruption.

Autre mesure: l'abolition du principe de "territoire". Un chauffeur muni d’une licence d’exploitation délivrée à Rome pourra, par exemple, exercer sa profession à Naples ou Gênes. D’où la colère des chauffeurs qui ont multiplié les mouvements de grève perlées d’un bout à l’autre de la péninsule durant les six derniers jours.

Mardi soir, une délégation composée de représentants des 23 syndicats de taxi a rencontré le gouvernement au Palais Chigi, siège de la présidence du Conseil. Pendant que les parties en cause essayaient difficilement ou plutôt, inutilement, de trouver une solution, dehors la situation tournait au vinaigre.

Monti veut notre peau. J’ai payé ma licence 120.000 euros. Je gagne en moyenne 1.400 euros net pas mois et j’en dépense 22.000 par an. Je verse 130 euros par mois à la coopérative qui me signale les appels des clients, 7.500 de gazole, 7.000 en cotisation et assurances, le reste pour les frais de manutention et les imprévus. Comment voulez-vous qu’on tienne le coup ?,

expliquait Sergio.

Difficile cependant de croire cet homme, malgré son allure affable et rondouillarde qui lui vaudrait le bon dieu sans confession. En Italie, les chauffeurs ne sont pas soumis au système des reçus et peuvent pas conséquent déclarer ce qu’ils veulent bien au fisc. Ils travaillent à leur compte et adhèrent à un système de coopératives qui leur fournit les courses mais, il est vrai, aucune protection sociale.

Fous de rage

Derrière les barrières de sécurité, deux mille chauffeurs étaient fous de rage. De l’autre coté, cent vingt policiers anti-émeute armés de matraque et de boucliers. Au milieu, les journalistes et les photographes. En fin d'après-midi, la moitié de la grande via del Corso, l’une des artères les plus commerciales du centre-ville, ressemblait à un champ de bataille. Comme dans les stades, les tassisti poussaient des cris de singe et hurlaient des slogans pour le moins peu gracieux.

Quelques exemples:

Va te faire foutre Monti, tu nous casse les couilles.

Monti communiste, tu ne réussiras pas à nous exproprier.

Pour obliger les policiers à reculer, un groupe d’exaltés, le visage masqué par des écharpes façon black block, lançaient des pétards et franchissent les barrières de sécurité. Les policiers tripotaient nerveusement leurs matraques en attendant les ordres de leurs supérieurs. Sous la grande guirlande lumineuse aux couleurs du tricolore posée tout le long de la Via del Corso pour commémorer le 150ème anniversaire de l’unification italienne, l’atmosphère était lourde.

Si le gouvernement ne veut pas nous écouter, ce sera l’enfer,

affirmait alors Sergio.

Sympathies fascistes

A partir de mercredi matin, les taxis ne rouleront plus dans toute l’Italie et pour obliger tous les chauffeurs à croiser les bras, nous organiserons des escadrons pour patrouiller les stations,

avait-il prévenu.

Des escadrons, un mot qui fait peur. Mais pas aux chauffeurs romains qui ont souvent des sympathies fascistes.

Le lendemain, ce mercredi matin, le calme régnait via del Corso. Les chauffeurs s’étaient repliés sur le Cirque Maxime, leur quartier général depuis le début de la protestation. Dans les rues, devant les gares et les aéroports, les parkings étaient déserts. A quelques mètres du parlement, Piazza San Silvestro, deux chauffeurs bravaient l’interdit. Une vraie preuve de courage, plusieurs épisodes de violence ayant été enregistrés depuis deux jours contre les "briseurs de grève".

Cet après-midi, les pourparlers entre gouvernement et syndicats ont repris. Mais pour la plupart des tassisti, la discussion était inutile car l’exécutif n’a pas l’intention de revoir sa copie. Il peut, tout au plus, concéder quelques aménagements mineurs.





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