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Un socialiste de combat à la tête du Parlement européen

mercredi, 18 janvier, 2012 - 12:03

Fruit d'un arrangement entre conservateurs et socialistes, l'élection de Martin Schulz à la présidence du Parlement européen n'est pas une surprise. Mais ce député, volontiers polémique et provocateur, pourrait bien bouleverser le "ronronnement" habituel des débats de cette assemblée.

Le socialiste allemand Martin Schulz a été élu président du Parlement européen hier avec une majorité de 387 sur 699 suffrages exprimés, dont 29 votes blancs ou nuls. Si le résultat est sans surprise, l’eurodéputé, connu pour ses propos acerbes, s'est promis de mener un combat plus direct contre la marginalisation du Parlement engendrée par les politiques économiques de la chancelière Merkel.

Le choix de Schulz avait été fait lors d’un gentleman’s agreement entre les deux grands groupes vainqueurs des élections européennes de juin 2009, les socialistes du PSE et le parti populaire de centre-droit (PPE). Ils s’étaient mis d’accord pour partager le poste de président en deux mandats de deux ans et demi.

Certes, il y a eu formellement une élection ouverte à la concurrence grâce aux candidatures de deux eurodéputés britanniques. Mais ces derniers étaient sans illusion sur leurs chances de succès, la libérale Diana Wallis et l’eurosceptique conservateur Nirj Deva qualifiant respectivement leur candidature de “geste symbolique” et de “kamikaze”. Les trois eurodéputés ont tenu un débat mercredi dernier (11 janvier). Si la discussion fut libre, l’impression de fait accompli a été renforcé par l’arrivée de Martin Schulz avec 15 minutes de retard…

Un Allemand contre la politique de Merkel

Si son élection est le fruit d’un consensus typiquement bruxellois, il y a de forte chance que Schulz face plus de vague que son prédécesseur, le très diplomatique Jerzy Buzek, ancien premier ministre polonais.

Alors qu’il entamait sa dernière ligne droite de sa candidature à la présidence, Schulz a multiplié les franchissements de lignes rouges et les provocations.

D’abord sur la forme, il a déclaré récemment à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel qu’il ne serait pas “une simple figure de proue” et qu’il ferait tout pour participer aux négociations du prochain sommet européen sur l’union budgétaire, quitte à provoquer un mini-scandale médiatique s’il en est écarté.

Ensuite sur le fond, il s’est moqué de la politique économique d’Angela Merkel et des officiels de la Bundesbank, notamment en ce qui concerne leur opposition à la création d'eurobonds et à une plus grande intervention de la Banque centrale, deux mesures considérées par de nombreux économistes comme nécessaires pour que la zone euro échappe à la récession. “Ils le savent tous, y compris madame Merkel,” a-t-il déclaré au Rheinishe Post.

Ce contempteur de se qu’il appelle le “capitalisme de casino ” aidera peut-être les socialistes au niveau national à se réconcilier avec cette Europe largement dominée par des dirigeants de droite, qu'il s'agisse du président José Manuel Barroso à la Commission ou du couple “Merkozy ” au Conseil.

Schulz a, notamment, voté contre la surveillance budgétaire des États membres. D'après VoteWatch, il a voté contre la majorité parlementaire sur 40 % des dossiers économiques et monétaires. Mais, il devra apprendre à convaincre ses collègues parlementaires de la justesse de ses positions s’il veut faire le poids face aux responsables nationaux.

Cible de Le Pen

Schulz a su provoquer de nombreux “incidents ” au cours des années passées. Il s’est fait remarquer pour la première fois en tant qu’eurodéputé lors d’un échange en 2003 avec Silvio Berlusconi qu’il accusait de se trouver en situation de conflit d’intérêt du fait de l'existence de son empire médiatique. Le premier ministre italien l’avait alors invité à prendre le rôle de "kapo" dans un film sur les camps de concentration nazis…

Bien que le chef socialiste ait modéré ses propos en vue de la présidence du Parlement, il continuait plus récemment à s’attirer les critiques de la droite. En 2009, Jean-Marie Le Pen déclara que Schulz avait "la tête de Lénine et parle comme Hitler" et l’année suivante l’indépendantiste Godfrey Bloom le traita de "fasciste non-démocratique".

Le nouveau président du Parlement lui-même n'est pas avare de propos provocateurs. Ainsi, en septembre 2009, à propos de ses collègues socialistes français:

C'est comme les pigeons de la cathédrale: quand ils sont en haut, ils vous chient sur la gueule, et quand ils sont en bas, ils vous bouffent dans la main !

Il expliqua plus tard qu’il s’agissait d’une blague. Reste que les séances solennelles du Parlement européen pourraient bien devenir plus animées…




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