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AA+, l’honneur perdu de l’Autriche

vendredi, 20 janvier, 2012 - 13:34

Dégradée, elle aussi, de AAA à AA+, l’Autriche préfère souligner la situation bien plus périlleuse que la sienne dans laquelle se trouverait la France…

"Le président dégradé" (en référence à Nicolas Sarkozy, Ndlr) pour Der Standard, "La décennie perdue de la Grande Nation" pour Die Presse… Après s’être vue elle aussi retirer son AAA, l’Autriche a cherché à détourner rapidement les regards pour canarder la France qui partage avec elle le fait de ne plus faire partie des meilleurs élèves de la classe européenne…

L’Allemagne est loin devant, la France est à terre"

explique die Presse qui préfère jeter un voile pudique sur la dégradation autrichienne.

Mais les Autrichiens ne sont pas dupes. Selon un sondage, 90 % des personnes interrogées par l’institut de sondages Oekonsult entre le 13 et le 16 janvier rejettent la responsabilité de cette dégradation, qui porte un coup sévère au "modèle autrichien", sur le gouvernement de coalition comme sur les partis d’opposition, incapables de s’entendre sur les réformes urgentes à mettre en œuvre.

Une administration archaïque

C’est notamment le cas de la réforme des retraites. Depuis plusieurs mois, les discussions tournent à vide pour essayer d’aligner l’âge de la sécession d’activité des femmes (60 ans) sur celle des hommes (65 ans). La réforme de l'administration est également au point mort. Le système est lourdement handicapé par l’enchevêtrement des niveaux de décisions entre l’Etat, les Länder et les collectivités locales.

Cela mobilise inutilement nombre de fonctionnaires et grève le budget de fonctionnement de l'Etat. Sociaux démocrates et conservateurs, tous les deux au pouvoir, se sont donnés deux mois pour trouver le moyen de diminuer les dépenses publiques.

Avec un déficit de 3,9 % de son PIB en 2011 (contre 5,7 % pour la France), Vienne envisage, par ailleurs, d'autres mesures d’économie pour rentrer rapidement dans les clous de Maastricht avec comme objectif un retour à l’équilibre en 2016. Le poids de la dette, pour sa part, avoisine les 80 % du PIB (Etat, collectivités et entreprises publiques). Dans la foulée de la baisse d’un cran de la note du pays, certains Länder comme les entreprises publiques devraient, elles aussi, connaître prochainement le même sort.

Piège hongrois

Pourtant ce ne sont pas tant ses problèmes internes que son engagement en Europe centrale et orientale ou la détérioration de la situation économique en Italie, deuxième partenaire commercial de Vienne après l'Allemagne, qui expliquent la dégradation de la note de l’Autriche.

Les banques autrichiennes qui détiennent 22 % de parts de marché en Europe centrale sont particulièrement touchées par la récession en Hongrie, à deux doigts de la faillite"

note Die Presse.

Depuis le début des années 1990, elles se sont, en effet, fortement implantées chez leur voisin et n’ont pas hésité pendant les années fastes à ouvrir les vannes du crédit. Pour le Chancelier Werner Faymann, c’est vite oublier que "pendant les bonnes années, l’Autriche a gagné de l’argent en Hongrie".

Dégradée, mais sans chômage

Bank Austria, la première banque autrichienne, est, par ailleurs, fragilisée par la situation de sa société mère, la banque italienne UniCrédit dont le cours des actions ne cesse de s’effondrer. La dégradation de la situation économique de son voisin inquiète d’ailleurs au plus haut point les Autrichiens. Rome absorbe en effet 8 % des exportations du pays.

"Si l’Autriche avait le même poids économique que l’Allemagne, elle n’aurait pas été dégradée", explique le chef économiste de la Bank Austria, Stefan Bruckbauer, cité par Der Standard. Une leçon amère pour un pays qui peut s’enorgueillir d’avoir un des taux de chômage les plus faibles de la zone Euro (4% seulement), de 1,5 % inférieur à celui de Berlin ou de moitié équivalent à celui de Paris…




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