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"La Hongrie, c’est l’histoire d’un énorme gâchis"

Elisa Day/AP/SIPA

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21.01.2012 | 13:06

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1989: la Hongrie semble être le pays de l'Est le mieux armé pour affronter la transition vers le capitalisme. 2012: l'UE condamne les lois liberticides du gouvernement conservateur de Viktor Orban et le pays est au bord de la faillite. La Hongrie rêve d'une grandeur disparue et se replie sur elle-même. Retour sur un "gâchis". De notre envoyé spécial à Budapest.

Comment la Hongrie a t-elle pu tomber si bas ? Au lendemain de la chute du mur de Berlin, la république magyare semblait être le pays de l’est le plus à même de s’adapter au "grand capital". Budapest était la capitale régionale la plus ouverte vers l’occident et son économie semblait être la mieux préparée à l’abandon du socialisme si cher à Moscou. Un peu plus de deux décennies se sont depuis écoulées et l’ancien "bon élève" du Pacte de Varsovie s’est transformé en cancre de l’Union européenne.

Le nationalisme du Premier ministre Viktor Orban et ses lois liberticides sont sans cesse condamnés par Bruxelles. La soif de consommation des Hongrois et l’insouciance de leurs banques ont conduit des millions de foyers à souscrire des crédits en franc suisse qu’ils ne peuvent plus rembourser aujourd’hui.

L’Etat lui-même, plombé par une dette colossale, ne pourra plus rembourser ses traites au deuxième semestre si le FMI ne lui verse pas de toute urgence une épaisse enveloppe de 15 à 20 milliards d’euros. "La Hongrie, c’est l’histoire d’un énorme gâchis", raconte un homme d’affaires installé à Budapest. Les raisons de cette dégringolade sont à la fois historiques, culturelles, politiques et économiques.

La fin de la "Grande Hongrie" n'est toujours pas digérée

Trianon… Les Hongrois n’ont que ce nom là à la bouche. Du chauffeur de taxi au député en passant par le banquier ou l’agriculteur, les Magyars désignent comme la cause de tous leurs soucis le traité de paix signé le 4 juin 1920 par les puissances belligérantes de la Première Guerre mondiale. Cet accord marque la "mort" de la "Grande Hongrie".

Du jour au lendemain, l’ancien royaume des Habsbourg a perdu les deux tiers de son territoire. Son unique accès à la mer via l’actuelle Croatie a été donné au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Et des régions entières sont rattachées à l'Autriche, à la Tchécoslovaquie, à la Roumanie et à la future et aujourd’hui défunte Yougoslavie.

Plus de deux millions de Hongrois se sont ainsi retrouvé exilés involontaires dans un pays étranger. Cette déchirure n’a jamais été acceptée à Budapest. "Les gens ici sont très passéistes, résume un diplomate français. Ils n’hésitent pas non plus à réécrire l’histoire et ils ont aujourd’hui encore le sentiment qu’il existe un complot international dirigé contre leur pays", souligne un expatrié. Quand un Etat ou un organisme international les critique, cela renforce leur nationalisme et leur réflexe de repli sur soi."

Un homme d’affaires local confirme cette triste réalité:

La Hongrie n’a toujours pas digéré son passé. Mes compatriotes se sentent abandonnés par tous. Les Russes, les Allemands et, si on remonte plus loin, les Français et les Anglais… tous sont considérés comme d’anciens ennemis de la nation. Les Hongrois rejettent également toujours la cause de leurs malheurs sur les autres. Ils ne se sentent jamais responsables de leurs problèmes. C’est ridicule mais c’est ainsi… 

Ce sentiment d’oppression constante n’encourage pas non plus la population à se rebeller. Les grèves générales et les manifestations monstres sont rares dans ce pays.

Fraude fiscale, sport national

Le climat politique local entretient aussi un climat malsain qui freine le développement du pays. La haine viscérale qui déchire les deux principaux partis (les conservateurs du Fidesz et les socialistes du MSZP) empêche tout accord national autour de réformes structurelles dont la Hongrie a pourtant tant besoin.

"Budapest n’a jamais tranché dans le vif comme la plupart de ses voisins, juge un diplomate. Les entreprises publiques sont toujours en sureffectif, l’âge de la retraite est bien trop bas et les dépenses de santé trop élevées. Mais les gouvernements qui se suivent cherchent sans cesse à amortir la transition du socialisme au capitalisme. La Hongrie n’a toujours pas opéré sa catharsis."

Les politiciens au pouvoir préfèrent garder leurs œillères plutôt que de combattre les maux qui freinent le développement de leur Etat. Ainsi, la fraude fiscale, qui est un véritable sport national, n’est pas vraiment combattue. Au lieu de licencier des milliers de salariés, les pouvoirs publics les ont, en outre, encouragés à prendre des retraites anticipées qui coûtent aujourd’hui une fortune à l’Etat.

Conséquence:

Le pays compte aujourd’hui 3 millions de retraités pour une population active de 3,8 millions de personnes. Si vous ôtez de ce chiffre les 800.000 fonctionnaires qui sont payés avec l’argent des impôts et les 1,2 million de travailleurs qui disent gagner le salaire minimum afin de ne pas payer de taxes ou presque, vous avez une nation de 10 millions de résidents qui compte seulement 1,8 million de contribuables. La République tchèque, qui a une population comparable à la nôtre, abrite, elle, 1 million de salariés en plus…

calcule Zoltán Arokszállási, analyste chez Erste Bank.

Certains chiffres parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui au bord du gouffre, la Hongrie va t-elle se décider enfin à lancer les réformes nécessaires à son redressement ? Viktor Orban ne semble pas aller dans cette direction mais l’UE et le FMI paraissent bien décidés à lui forcer la main.





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