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Alcool à l’école: une pédagogie en verres et contre tout !

lundi, 23 janvier, 2012 - 14:50

Certaines écoles du Brandebourg, ont une méthode originale pour informer les jeunes des dangers de l’alcool : elles les font boire. La pédagogie, en verres et contre tout. 

A 17h30 précises, Heike Roth, professeur de biologie dans un petit lycée du Brandebourg, ouvre le bar. Derrière elle sont disposées deux caisses de bières. Devant elle attendent treize élèves de seconde. Chacun d’eux va boire entre deux et quatre bières durant les deux prochaines heures".

Les premières lignes de cet article de l’hebdomadaire allemand Die Zeit ont de quoi surprendre. Un professeur proposant de l’alcool à ses étudiants, mineurs de surcroit!  Evidemment, il n’est pas question de saouler ces chères têtes blondes. Bien que… Mais l'intention n'est pas là: il s’agit, au contraire, d’un programme de prévention contre l’alcool quelque peu atypique.

Nous avons constaté que de plus en plus d’enfants et d’adolescents étaient hospitalisés suite à des intoxications à l’alcool. Cela prouve que les programmes classiques de prévention ne marchent pas",

explique à Myeurop la pédagogue Simone Schramm, à l’origine du projet.

"Il faut leur parler comme à des adultes"

Avec son collègue psychologue, Johannes Lindenmeyer, elle a donc mis en place ce nouveau programme en 2008. L’idée de base : l’interdiction pure et simple de boire ne fonctionne pas avec les adolescents. "Les jeunes à qui nous nous adressons ont entre 15 et 17 ans. Ils ont déjà bu de l’alcool et beaucoup d’entre eux ont même déjà été vraiment saouls. Si je leur dis simplement à quel point l’alcool est dangereux, cela ne va pas les effrayer", assure la pédagogue.

 De plus ils boivent pour montrer à quel point ils sont adultes. Si je les pointe du doigt en leur disant que c’est mal, je les prends pour des enfants et ils ne seront pas réceptifs. Il faut trouver des méthodes où les élèves se sentent réellement pris au sérieux".

Le plus important est donc avant tout de dialoguer avec eux, de les faire parler.

"La première phase du programme consiste en un questionnaire. Chaque élève doit écrire ce qu’il a déjà bu, à quelle dose, dans quelles conditions, etc…" Ensuite, vient la partie pratique que tous les jeunes attendent bien souvent avec impatience. "Ils vont boire entre une et quatre bières, pas plus. Nous allons mesurer leur taux d’alcool et faire des tests de concentration". Chacun peut ainsi mesurer concrètement les effets de la boisson sur ses capacités intellectuelles.

Mais nous leur faisons aussi parler des répercussions sur leur humeur. Se sentent-ils vraiment plus drôles quand ils ont bu? Plus séduisants?"

Boire de manière responsable

Alors, certes, on dit souvent qu’il n’y a rien de tel que de combattre le mal par le mal. Mais de pareilles méthodes sont encore loin de faire l’unanimité. "Notre programme est encore largement contesté. La ville de Berlin a d’ailleurs recommandé à ses écoles de ne pas le mettre en place. Selon eux, la priorité est de faire en sorte que les jeunes ne boivent pas du tout".

Un but illusoire selon la pédagogue, qui préfère prévenir les jeunes des risques qu’ils encourent lors d’une consommation abusive d’alcool.

Nous parlons de thèmes qui les touchent directement, comme l’alcool et le sexe, les rapports non protégés, les grossesses non désirées, les accidents de la route, l’alcool et la violence, le fait de se faire filmer saoul et de retrouver la vidéo sur internet, etc. Le but n’est pas de leur faire peur pour qu’ils ne boivent pas, mais qu’ils aient un comportement responsable face à l’alcool".

Des parents séduits

Et avec ce discours, Simone Schramm arrive bien souvent à convaincre la majeure partie des parents. "Nous organisons une réunion avec eux en amont. Au début ils sont plutôt sceptiques. Mais après les explications, dans 90% des cas, la majorité des parents approuve le projet et accepte que leur enfant participe". Un prélude nécessaire, car si moins de 60% d’entre eux souscrivent à l’idée, le programme ne peut pas avoir lieu. Et dans tous les cas, chacun décidera si sa progéniture ingurgitera de l’alcool, et, si oui, combien.

Reste à voir si cette méthode est réellement efficace. Pour le savoir, Simone Schramm a mis en place une véritable étude pour en évaluer les conséquences concrètes. Les élèves participants sont à nouveau interrogés trois mois, puis six mois après le programme.

"Nous pouvons ainsi constater si leur consommation a réellement diminué ou non, et s’ils ont un comportement plus responsable. Aucun des autres programmes de prévention ne fait de telles vérifications empiriques".

Réponse, au plus tôt, cet été.


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