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Concordia: l’île du Giglio se repasse le film du naufrage

mardi, 24 janvier, 2012 - 15:06

Le capitaine du Concordia accuse, pour se défendre, la compagnie de l'avoir incité à raser la côte et ses récifs. Reportage de notre correspondante dans l'île du Giglio où les vieux marins ne comprennent toujours pas comment le commandant a pu faire une telle erreur de navigation.

Depuis deux jours, l’enquête sur le naufrage du Costa Concordia tourne au vinaigre pour la compagnie de navigation Costa Crociere. Le commandant Francesco Schettino ne veut pas assumer seul la responsabilité du naufrage.

C'est son employeur, la compagnie Costa Crociere, qui lui a fait prendre tous les risques en lui demandant de passer au plus près des récifs. Une manœuvre délicate et très risquée pour faire l’"inchino", (la révérence) aux habitants sur le rivage.

Nous devions faire 'la révérence' la semaine d’avant. Mais le mauvais temps nous a obligés à changer de route. Nous faisons 'la révérence' dans le monde entier. La compagnie m’a toujours dit qu’il faut la faire, que cela fait de la pub pour la compagnie étant donné que nous travaillons dans le secteur du tourisme et que faire voire le bateau de près, cela fait venir envie d’y monter,

a expliqué le commandant au juge d’instruction.

Il avait également, dit-il, signalé à sa compagnie que la boite noire du bateau ne fonctionnait plus très bien depuis une quinzaine de jours. Mais elle ne l’avait pas fait réparer.

Mystérieuse blonde

Autre fait important: l’histoire de cette mystérieuse femme qui a rencontré Francesco Schettino dans un hôtel situé sur le continent quelques heures après le naufrage. Selon les enquêteurs, cette blonde, qui apparait sur une vidéo aux cotés du commandant, aurait emporté l’ordinateur portable de Schettino. Un ordinateur que les enquêteurs auraient bien voulu examiner de près.

Reste, enfin, les histoires de "clandestins", ces passagers qui ont participé à la croisière sans être enregistrés sur les listes de bord. C’est le cas de la jolie blonde d’origine moldave qui a joyeusement passé la soirée avec Francesco Schettino avant le drame. Les témoignages recueillis par les juges auprès des survivants et des autres officiers évoquent la présence à bord d’autres personnes dans la même situation.

Les enquêteurs veulent comprendre si ces personnes voyageaient gratuitement ou si le personnel avait organisé un trafic touristique au dépends de la compagnie.

Du large, l’épave du Costa Concordia ressemble à une grande tache argentée qui brille sous le soleil. Sur le pont d'un ferry-boat qui arrive dans le port de l'île du Giglio, les touristes se bousculent pour prendre des photos. Dans quelques minutes, ils descendront du bateau et iront picniquer sur les rochers en regardant le monstre qui gît sur son flanc à quelques mètres du rivage.

Spéculations météorologiques

Une semaine après le drame, l’île du Giglio n’est plus cette petite localité touristique et souriante des cartes postales. Les soldats en treillis et les gardes-côtes ont bloqué une partie du port pour installer leur quartier général. Les journalistes venus du monde entier ont investi l’autre côté. Au milieu de tout ce brouhaha, les insulaires scrutent l’horizon en pointant le doigt en direction du ciel. Ils essayent, en vieux marins, de prévoir l’arrivée du Mistral ou du Sirocco dont parlent les météorologues.

Les vents, c’est ce qu’ils craignent le plus aujourd’hui car ils sont synonymes de vagues fortes qui pourraient déplacer le navire. Du coup, les opérations de pompage des 2400 tonnes de gazole encore emprisonnées dans les réservoirs du navire pourraient se compliquer.

Il faut être patient, la météo annonce l’arrivée des vents mais avec un peu de chance, on va les éviter,

dit Mario le pécheur.

La nuit du drame, il était là sur le port avec sa compagne Mariella. Ils ont vu l’impact, ils ont entendu les cris des femmes et des enfants.

J’aurais bien voulu aider les secouristes en prenant mon bateau pour aller chercher les gens en mer mais la police ne m’a pas laissé faire. Ils ont dit que cela aurait compliqué les opérations de sauvetage.

"Il aurait dû voir les rochers"

Certains se ferment comme des huitres en voyant les journalistes s’approcher calepin en main. Ils ne veulent pas parler du drame et encore moins du commandant Francesco Schettino, l’homme le plus haï de toute l’Italie. D’autres veulent dire ce qu’ils pensent du maudit commandant et de la compagnie Costa Crociere.

Il n’était pas dans la cabine au moment de l’impact. Il avait mieux à faire avec la blonde dont tous les journaux ont parlé…. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. S'il voulait vraiment faire 'la révérence' à l’île, tous les projecteurs devaient être allumés et il aurait dû voir les rochers,

raconte Ido Cavano, un vieux marin de 84 ans.

Sur le port, deux techniciens hollandais de la société Smit, qui a été chargée de pomper le gazole, se baladent les mains dans les poches en regardant passer les journalistes. Un peu plus loin, deux plongeurs retirent leur combinaison. Ils ont l’air effondrés. Ils murmurent quelque chose. On apprendra un peu plus tard qu’ils viennent de trouver un autre cadavre, celui d’une femme âgée d’une trentaine d’années.


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