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Les députés d’extrême gauche surveillés par les services allemands

mardi, 24 janvier, 2012 - 09:03

Le Spiegel vient de révéler le dispositif de surveillance réservé aux politiciens d’extrême gauche en Allemagne. Pour une enveloppe annuelle de 400.000 euros, les services secrets veillent en effet sur plus d’un tiers des représentants du parti Die Linke.

Pour ce qui est des extrêmes, les services secrets allemands regardent presqu’autant à gauche qu’à droite. C’est ce que révèle le Spiegel, qui détaille la surveillance visant le très à gauche Die Linke ("La Gauche") et ses cadres. Selon l’hebdomadaire, l’Office fédéral pour la protection de la Constitution (BfV) garde en effet un œil sur plus d’un tiers (27 sur 76) des parlementaires du parti créé en 2007, à la suite de la réunion du PDS – l’héritier de l’ancien parti communiste de RDA – et de la WASG, formée deux ans plus tôt par les déçu du SPD de Gerhard Schröder..

L’agence d’Etat refuse de livrer leurs noms pour ne pas "aller contre les objectifs de l’observation", mais l’identité de certains est connue. Parmi eux: le leader Gregor Gysi, président du groupe parlementaire au Bundestag, la vice-présidente du Bundestag Petra Pau (dont un dossier secret de 600 pages documenterait les activités) ou encore Steffen Bockhahn, membre d’une commission parlementaire chargée de contrôler… le budget des agences de renseignement telle que la BfV.

En décembre 2011, un service parlementaire estimait pourtant, qu’en raison "de la mission de cette commission, seules des conditions extraordinaires pourrait justifier la surveillance d’un de ses membres".

Die Linke aussi dangereux que le NPD?

Alors les critiques fusent, qui visent également l’ampleur du dispositif que d’aucuns jugent disproportionnée. Un document du ministère de l’Intérieur daté du 4 janvier 2012 évoque ainsi 7 employés à plein temps, chargés de traiter le dossier Die Linke, pour un coût annuel de 390.000 euros. A titre de comparaison, la veille mise en place pour le parti d’extrême droite NPD mobilise 10 agents et coûte 590.000 par an.

Alors que l'interdiction du NPD est de nouveau à l'ordre du jour – après la découverte d’une cellule terroriste néonazie et ses probables liens avec des membres de ce parti – le traitement presque identique réservé au Die Linke a du mal à passer. D’autant que la BfV, l’agence de sécurité intérieure avait justement été épinglée en novembre dernier pour n’avoir pas décelé les accointances du NPD avec des groupes terroristes. Les politiciens de Die Linke ne sont pas "sous surveillance", ils sont en "observation", argue la BfV.

Commission d'enquête

"Ils mentent", répliquait lundi Gregor Gysi, le président de Die Linke au parlement allemand, qui s’apprête à écrire une lettre sur ce sujet au président allemand, à la chancelière Merkel ainsi qu’au président du Bundestag.

Les parlementaires sont là pour contrôler les agissements des services secrets et non l'inverse. Il est intolérable, qu'ils pensent avoir le droit de surveiller un tiers des députés de Die Linke"

Pour mener une telle surveillance contre les membres d’un parti, il faut au préalable réunir les preuves évidentes que celui-ci attaque les principes de la Constitution, note Matthias Klatt, professeur de droit à Hambourg, dans le Deutsche Welle. Comme par exemple la coopération de ces membres avec des organisations extrémistes. Ce qui ne semble pas être le cas pour Die Linke.

"C'est une atteinte à nos droits ahurissante, qui ne restera pas sans suite. Le service de renseignement intérieur marche sur la tête", résume Klaus Ernst, co-président du parti. Il réclame la création d’une commission d'enquête parlementaire. Le parti, soutenu par les Verts, compte bien faire valoir ses droits. Plusieurs parlementaires espionnés ont décidé d’introduire un recours auprès de la cour constitutionnelle.




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