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L’Allemagne, à l’origine de la crise de la zone euro ?

mercredi, 25 janvier, 2012 - 12:30

L’Organisation internationale du travail affirme que la politique allemande de modération salariale mise en oeuvre depuis 2003 est "la cause structurelle" de la crise de la zone euro. La charge de l'OIT parait excessive. Elle est néanmoins instructive au moment où Nicolas Sarkozy veut baisser le coût du travail.

L’attaque est frontale et plutôt violente. L’Allemagne est accusée par l’Organisation internationale du travail (OIT) d’être "la cause structurelle" de la crise de la zone euro. Rien de moins… Dans un rapport publié mardi 24 janvier, l'institution onusienne basée à Genève tire à boulet rouge sur les réformes libérales lancées par Gerhard Schröder en 2003:

L'amélioration de la compétitivité des exportateurs allemands est de plus en plus identifiée comme la cause structurelle des difficultés récentes dans la zone euro.

Les mini-jobs et autres contrats payés aux lance-pierres (comme les fameux "1-euro jobs") mis en place par Berlin sont tout particulièrement montrés du doigt par l’OIT.

"Marasme économique"

"La politique de déflation salariale n'a pas seulement amputé la consommation, restée plus d'un point de pourcentage en retrait du reste de la zone euro sur la période 1995 à 2001, souligne l’étude.

Elle a aussi conduit à un accroissement des inégalités de revenus, à une vitesse jamais vue, même durant le choc de l'après-réunification. Au niveau européen, cela a créé les conditions d'un marasme économique prolongé, car les autres pays membres voient de plus en plus une politique de déflation des salaires encore plus dure comme solution à leur manque de compétitivité.

Pour résumer, l’Allemagne en baissant ses salaires auraient poussé ses voisins à faire de même.

20% de travailleurs pauvres

Pire encore, "les pays en crise n'ont pas pu utiliser le moteur des exportations pour compenser la faiblesse de leur demande domestique puisque leur industrie ne pouvait pas profiter d'une demande intérieure allemande plus forte", ajoute l’OIT.

Cette critique semble un peu exagérée. L’Allemagne n’a en effet pas pour fonction de faire tourner les économies de ses voisins en leur achetant leurs produits et leurs services. Et au lieu de critiquer Berlin et sa faible consommation, pourquoi l’OIT ne conseille t-elle pas plutôt aux nations en crise de chercher à diversifier leurs sources de revenus en se développant vers de nouveaux marchés au lieu de rester aussi dépendant d’un seul et même client ?

Les réformes Schröder ont sans aucun doute paupérisé la partie la plus fragile de la population allemande. Selon l’Office fédérale des statistiques (Destatis), l’Allemagne est le pays de l’Union européenne où les salaires ont le moins augmenté en dix ans. Une étude de l’Institut pour le travail et la qualification (IAQ) de l’Université de Duisburg a en outre montré que plus d’un cinquième des salariés allemands étaient payés moins de 10 euros bruts de l’heure.

La consommation privée a fortement souffert de cette situation puisqu’elle n’a progressé que de 0,9% outre-Rhin de 2007 à 2010 alors qu’elle progressait dans le même temps de 4,2% en France, selon l’OCDE. Mais cette hausse modeste a également permis d’éviter bien des excès. Le taux de surendettement des allemands est notamment bien plus faible que dans le reste de l’Europe.

Partenaires particuliers

En baissant les salaires, Berlin a en fait surtout cherché à redonner à son appareil industriel une meilleure compétitivité pour gagner des parts de marché à l’international. Les statistiques tendent à prouver le succès de cette stratégie. Le volume des exportations allemandes est ainsi passé de 996 à 1 288 milliards d’euros de 2009 à 2011.

L’OIT pense que ces "récents succès doivent peu à cette politique salariale [et qu’ils] s'expliquent d'avantage par l'orientation géographique des exportateurs allemands vers les marchés émergents dynamiques".

Oui et non, pourrions-nous répondre à l’organisation internationale. Car s’il est vrai que les BMW et autres Audi se vendent comme des petits pains en Chine, quatre des cinq plus importants marchés à l’étranger des entreprises allemandes se trouvent toujours en Europe. La France reste ainsi, et de loin, le principal partenaire commercial de la république fédérale et ses exportations dans ce pays ne cessent de croître d’année en année.

La critique pour être entendue ne doit pas être exagérée.




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