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La « vision » de Merkel, le silence de Sarkozy et Hollande

jeudi, 26 janvier, 2012 - 12:53

A Davos, la chancelière allemande a réaffirmé sa vision d'une Europe fédérale. En France, les candidats à la présidentielle ne s'intéressent guère à l'avenir de l'Union. 

"Quelle ambition avons-nous pour l'Europe ?". C'est la grande question posée hier par Angela Merkel à l'ouverture du forum économique mondial de Davos et développée au cours d'un entretien accordé conjointement à six quotidiens européens (dont "Le Monde"). Et la chancelière allemande d'afficher sans ambage l'ambition qui est la sienne : "ma vision est l'union politique".

Pas de quoi satisfaire tous ceux qui, particulièrement en France, continuent d'espérer un infléchissement de la position de Berlin en matière de gestion de la crise actuelle. Pour Merkel, la solidarité européenne implique une "intégration plus approfondie" et certainement pas des initiatives ponctuelles comme la mutualisation des dettes publiques par la création d'euro-obligations. Une orthodoxie monétaire et financière réaffirmée qui, selon elle, commande à chaque pays d'assainir ses propres finances publiques sous le contrôle rigoureux de la Cour européenne de justice.

Quatre inflexions majeures

Mais, une fois remise en ordre la maison, Angela Merkel veut aller beaucoup plus loin. Elle propose à ses partenaires de bâtir une véritable Europe fédérale, en précisant qu'il s'agit de se concerter avec tous, "grands" et "petits" pays. Ce qui passe par quatre inflexions majeures:

  • Accroître les compétences de la Commission de manière à ce qu'elle fonctionne comme un "gouvernement européen" en ce qui concerne les politiques communes.
  • Renforcer les pouvoirs du Parlement qui, à l'instar des parlements nationaux, tirerait de sa légitimité démocratique le droit de désigner les membres de ce gouvernement.
  • Insérer dans ce mécanisme institutionnel le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement (les "sommets européens") appelé à jouer le rôle d'une seconde chambre.
  • Transformer enfin la Cour européenne de justice en Cour suprême.

Un programme d'envergure qui risque fort de ne pas convenir à ceux qui, dans l'Union européenne, n'entendent pas sortir d'une Europe à caractère essentiellement inter-gouvernemental: 

  • Le Royaume-Uni, bien sûr, dont on connaît la méfiance radicale pour tout transfert de souveraineté.
  • La France qui, depuis plus de quarante années, défend bec et ongle les prérogatives de la "Nation" en freinant l'extension du vote à la majorité, en court-circuitant systématiquement les initiatives de la Commission, en tentant d'imposer à tous les autres pays un directoire franco-allemand. Gouvernements de droite ou de gauche ayant, à quelques nuances prés, la même ligne de conduite.

Des candidats laconiques

Est-ce d'ailleurs un hasard si les principaux candidats à l'élection présidentielle française se revendiquant "européens" n'ont (du moins pour l'instant) exprimé aucune vision d'envergure concernant l'avenir de l'Union ? 

  • Nicolas Sarkozy s'est, jusqu'à présent, contenté, au delà de l'affirmation de son rôle clé dans la gestion de la crise, d'appeler à une "gouvernance renforcée" et à une "convergence accrue".
  • François Hollande a choisi de dénoncer les politiques d'austérité menées au nom de l'Europe en prônant l'instauration d'un "pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance" permettant des initiatives de relance.
  • Initialement très européen, François Bayrou a mis depuis ces derniers mois beaucoup d'eau dans son vin en mettant en avant, non plus l'Europe fédérale, mais "l'Europe coopérative" et se contentant, pour le reste, de rêver d'un président de l'Europe élu au suffrage universel.
  • Enfin, Eva Joly reste la seule à défendre une "Europe fédérale et solide" dotée de nouvelles institutions qu'une assemblée constituante serait chargée d'élaborer. Mais elle n'est guère plus précise.

Le contraste entre l'activisme d'Angela Merkel et cette indifférence des poids lourds politiques français quant à l'avenir de l'Europe est saisissant. Comment dès lors s'étonner que le leadership exercé par l'Allemagne au sein de l'Union ne cesse de se renforcer ? 




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