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Art Truc Troc: une vie, une œuvre, contre un cours de salsa !

lundi, 30 janvier, 2012 - 18:36

Art Truc Troc, un concept né dans les années 70, vous permet d’échanger tout, mais vraiment tout, contre un œuvre sauf de l'argent! Pendant trois jours, le Bozar de Bruxelles a vécu au rythme des DJ’s tandis que le public découvrait les dernières tendances de l’art contemporain. Prochaine édition à Paris en mars. 

Echange "Une vie" contre cours de salsa à volonté. Echange "Babyfoot chrétien" contre un an de cours de wolof. Echange "SOS" contre une journée en voilier.

Cela pourrait être un inventaire de Prévert ou un "cadavre exquis", un de ces jeux de création collective auxquels s’adonnaient les surréalistes…

Tout sauf de l’argent !

Il n’en est rien: Art Truc Troc est une bourse d’échanges. Une bourse qui s'est tenue au Bozar (Musée des Beaux-Arts) à Bruxelles les 27, 28 et 29 janvier 2012. Une exposition où vous pouvez acquérir une des œuvres présentées contre un "truc": un objet, un cours de langue, un dîner gastronomique pour deux, une exposition dans une galerie, etc. Tout, absolument tout ! Sauf de l’argent!
 

Brussels Truc Troc 2011 (Bozar) from Carl De Moncharline on Vimeo.

Art Truc Troc, ce n’est pas qu’une galerie originale, c’est aussi un "buzz" avant la lettre. En 1971, de jeunes artistes belges se regroupent avec deux objectifs: s’entraider, se soutenir entre artistes, mais aussi faire connaître au grand public cet animal étrange qu’est l’art contemporain.

En 1972, un membre du groupe, le sculpteur Mon De Rijk, crée le "mécénat démocratique". Avec le Comité culturel de la ville de Woluwe-Saint-Lambert – une des 19 communes de l’actuelle Région Bruxelloise – il crée au château Malou la première galerie de prêt d’art contemporain de Belgique. Une initiative qui sera copiée dans de nombreuses villes, galeries ou médiathèques du pays.

Et, trois ans plus tard, en 1975, il franchit un pas plus de plus en créant Truc Troc: l’idée est simple et suscite un engouement immédiat. Les artistes proposent leurs œuvres et les amateurs peuvent les acquérir contre quelque chose. Tout sauf de l’argent ! Cette première édition se tient aussi au château Malou et accueille 200 artistes.

Happening dans le happening

Trente ans plus tard, c’est Carl de Moncharline, le roi de la nuit bruxelloise, qui reprend les commandes du happening.  Et qui imprime son style haut en couleurs à l’événement: DJ Naïf, Isam & Jazzydemon bombardent l’espace de décibels sous les projecteurs multicolores. Ce sont plus de 200 artistes qui exposent: des débutants – les élèves de l’école d’art de Bruxelles, par exemple – mais aussi des talents confirmés tels Alfredo Longo et son "Cœur tout en Canettes", au cœur d’une campagne de recyclage, "un geste pour la planète". Ou encore Mikhaïl Porollo et son projet "Goddesses" (les Déesses), douze portraits de femmes voilées montés sous plexiglas.

Happening dans le happening, des artistes peignent en live un œuvre pour Swatch, avec un concours à la clé: racontez sur la page Facebook "Swatch Belgium" pourquoi vous aimez cette œuvre et vous pouvez la gagner, encadrée et livrée à domicile !

De la mamy wallonne à la bimbo japonaise

Le plus important, sans doute, dans cette manifestation qui a drainé plus de 20.000 visiteurs lors des éditions précédentes, c’est le mélange des publics. Ici, pas d’élitisme culturel, mais un joyeux panachage bien dans la philosophie de Moncharline: amateurs d’art, jeunes branchés, familles avec enfants, club de mamies de la Wallonie toute proche, copines japonaises en trip exotique à Bruxelles… Tous découvrent avec bonheur les tendances les plus actuelles de l’art contemporain.

Et tous peuvent s’offrir le tableau, la sculpture, la vidéo, la photo, voire l’installation de leurs rêves contre un peu d’imagination: chaque visiteur reçoit un carnet de post-it. Un coup de cœur pour une œuvre ? Vous inscrivez votre offre sur le post-it, complétez vos nom, téléphone et e-mail et vous collez le post-it à côté du tableau ou de la sculpture qui vous parle!
 

Et si l’artiste est séduit par votre proposition, vous serez peut-être l’heureux possesseur de la série de photos "Le Jour d’avant" contre une collection d’authentiques dreamcatchers (attrape-rêves) amérindiens. Ou le collectionneur ravi d’accrocher dans sa chambre à coucher une sérigraphie en noir et blanc contre un trophée de cerf.

Ou encore le propriétaire de la sérigraphie sur aluminium rehaussée d’ampoules électriques clignotantes intitulée "A life" de Christophe Delhaye contre "des cours de salsa à volonté". Une œuvre qui a attiré un public intéressé et amusé par les clins d’œil aux icônes et autres pictos qui foisonnent désormais dans notre vie quotidienne. Une petite fille dicte à son papa ce qu’il doit écrire sur son post-it. Dans ses yeux brille non pas la convoitise de l’investisseur, mais l’émerveillement devant une création vivante…

De l’humour décalé aux galeries européennes

Certaines offres sentent l’humour ou la dérision telle celle pour la série de photos intitulée "Le Château de Sable" d’Eric Adam contre "un an de noix de cajou, illimité" ou encore "une sortie en voilier" pour la sérigraphie "SOS". Parfois aussi, un humour un peu douteux, comme cette personne anonyme qui propose un tournage "Place Royale" (émission d’RTL TVI sur les têtes couronnées) à côté de l’œuvre intitulée "Private Thought" (Pensée privée) et qui affiche sur fond noir le mot "hypocrite" répété 14 fois avec des lettres de couleurs différentes.

L’une des lettres, au centre, porte une petite couronne jaune. Une œuvre signée Delphine Boël, artiste confirmée et fille illégitime du Roi Albert II. Une autre personne – qui signe, elle- lui offre un séjour en Pologne.

Certains post-it émanent de galeries belges, mais aussi françaises, allemandes ou italiennes, qui proposent une exposition à l’artiste qui les a fait vibrer… Preuve que la sélection – 200 artistes retenus sur 715 dossiers – tient le cap et embarque les talents d’aujourd’hui qui seront les célébrités de demain.

Les enfants peuvent aussi créer leur propre œuvre lors des ateliers organisés chaque heure, samedi et dimanche, sous l’œil bienveillants d’artistes maison.

La voie acidulée et les compositions contrastées de Gaëlle Maddy a envoûté la soirée de samedi. 

Si vous avez manqué Art Truc Troc à Bruxelles, consolez-vous: pour la première fois, l’exposition s’exporte et vous pourrez bientôt acquérir un œuvre originale contre tout ce qui vous passe par la tête, au Marais, à Paris, en mars 2012. Nous vous donnerons plus de précisions dans quelques semaines… 




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