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Crowdfunding: vous aimez un artiste? Financez-le!

jeudi, 2 février, 2012 - 15:27

Des entreprises culturelles font de plus en plus appel aux internautes afin de financer leurs projets. Après les musiciens, sponsorisés par leur futur public, c'est au tour des films d'auteurs, des bandes dessinées et même de Napoléon de trouver dans le "crowdfunding" les moyens de leurs ambitions.

Ils publient des bandes dessinées, ils sauvent des tableaux anciens et produisent des albums de jeunes chanteurs ou d’humoristes. Qui sont-ils? Des banquiers en mal de hobby? Des Illuminati qui veulent tout contrôler sur la planète? Des mafieux soucieux de blanchir discrètement des fonds illégaux?

Non, "ils", ce sont des citoyens comme vous et moi. Mais ils ont eu un coup de cœur pour un chanteur qui démarre et qui promet. Ou ont craqué pour des auteurs d’une BD qui cherchent un éditeur. Ou encore, ils veulent aider un musée à restaurer un tableau historique.

Une révolution plus sociale que technologique

Les gourous de la nouvelle collaboration, Clay Shirky ou Howard Rheingold, annoncent des bouleversements sociaux dignes de ceux engendrés par l’imprimerie lors de la Renaissance. Rien ne sera plus comme avant. Les citoyens participent désormais à la création des encyclopédies comme Wikipédia ou à des archives photographiques comme Flick'r. Le plus grand nombre participe à l’intelligence collective via le crowdsourcing.

Certains ont compris le parti qu’ils pouvaient tirer de la rencontre des nouvelles technologies et des foules. Et se sont dit que pour pallier le manque d’investissement dans les jeunes talents ou sauver des œuvres d’art menacées par la pénurie d’argent dans la culture, il fallait faire appel à un nouveau concept : le "crowdfunding" était né!

Des sites-plateformes permettent à présent aux amateurs de réaliser leur rêve. Pour une somme modique ou en cassant leur tirelire, ils se rassemblent pour – les petits ruisseaux faisant les grandes rivières – constituer un capital suffisant.

Akamusic : les internautes financent le showbiz

C’est ainsi qu'en mars 2008 est née Akamusic, de la rencontre de deux entreprises belges expertes dans leurs domaines respectifs : Tourne Sol Production, spécialisée dans la production musicale et Yswood, une PME qui dispose déjà d’une solide expertise dans les sites communautaires comme Opendeal, premier site d’enchères belge, ou encore Scoopeo, premier site d’infos communautaires français.

Le principe d’Akamusic est extrêmement simple: les artistes proposent leur projet sur le site. Les internautes peuvent acheter une ou plusieurs parts à 5 euros. Le nombre est illimité: ce qui veut dire que si vous avez flashé sur Clara Chocolat, vous pouvez acheter les 34.100 euros de parts restantes pour financer son projet. Ou vous pouvez, comme les grands investisseurs, diversifier votre "panier" de parts et les répartir entre plusieurs artistes dans lesquels vous croyez.

La production d’un album 12 titres coûte 80.000 euros, soit 16.000 parts, tandis qu’il faut compter 35.000 euros, soit 7.000 parts pour un EP (généralement de 6 titres). Chacune des deux formules bénéficie d’un clip vidéo, d’une promotion et d’une distribution double: physique (CD) ou digitale (plateforme de téléchargement).

Une répartition plus équitable 

Le risque est que l’artiste ne marche pas et que vous perdiez votre mise. Mais vous pouvez retirer votre argent à tout moment pendant les appels de fonds et le reporter sur un autre artiste. Si vous avez diversifié intelligemment vos parts, vous devriez, au moins, équilibrer vos pertes et vos gains, et peut-être même décrocher la timbale.

Car l’artiste garde 40% des bénéfices, l’internaute-producteur reçoit également 40% des gains tandis qu’Akamusic se contente de 20%, ce qui est nettement plus avantageux pour l’artiste que dans les circuits traditionnels.

Sandawé : la tribu de la BD

La tribu de la BD, c’est l’appellation que s’est attibuée Sandawé. Et c’est sans doute celle qui caractérise le mieux cette plateforme de crowdsourcing entièrement dédiée à la production de bandes dessinées, industrie particulièrement florissante en Belgique. Mais à laquelle les jeunes – et moins jeunes auteurs – accèdent de plus en plus difficilement.

En témoigne la présence, aux côtés de débutants enthousiastes, de professionnels confirmés tels JanssensMaltaite, Zidrou ou encore Eric Albert.

Sandawé – du nom du peuple le plus ancien d’Afrique – a été fondé "par trois spécialistes de domaines complémentaires" : Patrick Pinchart, expert reconnu en BD et ex-rédacteur en chef du magazine belge Spirou. Lionel Camus, directeur du marketing et ancien responsable financier dans le secteur humanitaire. Et enfin, Dimitri Perraudin directeur informatique et fondateur d’une plateforme d’e-commerce.

Le site s’est ouvert au plubic en janvier 2010 et compte aujourd’hui 652 auteurs, 2.524 membres, et 20 projets dans lesquels les édinautes ont déjà investi près de 344.500 euros !

Sandawé fonctionne sur le même mode qu’Akamusic : les auteurs de BD proposent leurs projets. Ceux qui sont sélectionnés bénéficient d’une promotion sous forme de pitch, de bande-annonce, de premières planches, etc.

Les "édinautes" (internautes éditeurs) peuvent alors investir dans autant de parts à 10 euros qu’ils le souhaitent. Et peuvent retirer leur argent à tout moment avant que la somme finale soit atteinte. Lorsque le capital de lancement est atteint, les auteurs s’attellent à la tâche, tout en échangeant avec les édinautes.

"kit buzz" 

Le forum de Sandawé permet aussi de nombreux échanges dynamiques entre les édinautes. Ces derniers reçoivent aussi un "bonus", généralement un album inédit, en plus de l’album imprimé à leur nom. Mais surtout, ils perçoivent 60% des bénéfices issus des ventes. Les albums sont publiés sous format papier et digital et sont distribués en Belgique, en France et en Suisse. Les édinautes reçoivent aussi un "kit buzz" qui leur permet de faire leur propre promotion autour d’eux et de participer à la dynamique des ventes.

Tous les genres sont abordés, l’humour, l’aventure, le roman graphique, le fantastique ou encore la fiction historique comme pour  "La table d’émeraude", premier tome du "Chevalier mécanique". L’album a été financé à hauteur de 25.000 euros par 137 édinautes et sort le 22 février prochain. La bande-annonce, sur fond de 7e symphonie de Beethoven, résume bien l’atmosphère de conspiration que les édinautes ont pu découvrir tout au long de la réalisation de cet album.

Napoléon sauvé par le "crowdfunding"

Non, ce n’est pas une blague : "L’Entrée de Napoléon à Amsterdam" est une toile due au peintre Matthieu Van Bree. Elle rappelle l’accueil par les autorités de la ville de l’empereur français le 9 octobre 1811. La toile – une des plus grandes des Pays-Bas, avec ses 4 mètres sur 6 – est en danger. Les couches de vernis sont altérées et le nez de l’empereur en mauvais état.

Le coût de la restauration était initialement estimé à 30.000 euros. Mais des analyses ultérieures ont révélé que, sous le vernis, les dégâts étaient plus profonds que ce qu’une analyse de surface avait laissé croire. Et portaient l’addition à plus de 46.000 euros !

Les budgets de la culture ont été rabotés récemment et le musée d’Amsterdam, propriétaire de la toile, n’avait plus les moyens de financer cette couteuse entreprise. La direction a donc fait appel au crowdfunding: les internautes ont été invités à "sponsoriser" le visage de l’empereur pour 250 euros, son cheval Marengo pour 25 euros et le portrait du Baron van Brienen van de Groote Lindt pour 100 euros !

Est-ce l’empereur ou son cheval qui a eu le plus de succès ? La direction du musée ne précise pas, mais l’opération a rencontré un succès inattendu: pas moins de 51.349 euros ont été récoltés de cette façon !

Forte de ce succès, la direction du musée a relancé le même procédé pour financer la restauration du cadre de l’œuvre. Coût: 20.000 euros, soit 10 euros par centimètre. Ce sont donc des parts de cette somme qui sont proposées aux internautes bonapartistes de Hollande et d’ailleurs…

Napoléon sauvé par Internet : ce n’est sans doute qu’un début. Des films aussi différents que "Alice au pays s’émerveille" d’Emir Kusturica ou Marbie Star, narrant les aventures d’une petite ville du Hainaut, sont financés grâce au soutien de vous et moi. Nul doute que le "crowdfunding" participera au remodelage du paysage culturel dans les toutes prochaines années.




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