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Guimarães, discrète capitale européenne de la culture

dimanche, 5 février, 2012 - 14:23

La ville portugaise médiévale de Guimarães est, cette année, élevée au rang de "capitale européenne de la culture". Un choix d’authenticité pour cette ville de 50.000 habitants décidée à ne céder en rien au "bling bling" dans l’organisation d’évènements de proximité.

Guimarães – prononcez "GUI-MA-RINCE"- est la cité-Etat fondatrice de la nation portugaise. La jolie ville du nord du Portugal étale son âme sur ses façades: la force du granit, adoucie par l’envolée des balcons de fer forgé. Guimarães élevée au rang de patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO en 2001 est depuis le 21 janvier, et pour un an, la capitale européenne de la culture (titre partagé avec Maribor, Slovénie). Revue de détails pour comprendre pourquoi elle a été choisie.

Guimarães, c’est un peu le "village qui résiste encore et toujours" des Portugais. Aussi connue que Lisbonne et Porto, la cité médiévale n’a pourtant que 50.000 habitants, et sa région 150.000. Mais voilà, Guimarães est née dans la résistance: elle a été fondée par Vimara Peres, un chevalier Galicien, au service d’Alphonse III parti mener la reconquête chrétienne sur la civilisation Maure. Nous sommes à la fin du IXe siècle, et le preux Vimara prendra le bourg de Porto, avant de créer de toutes pièces Vimarensis – le bourg de Vimara – devenu par glissement syllabique Guimarães au fil du temps.

Aujourd’hui, on considère qu’il existe deux comtés du Portugal, mais celui fondé à Guimarães est le plus ancien. Trois siècles plus tard, en 1128, la bataille de São Mamede à quelques kilomètres de la ville permettra de bouter définitivement les Maures hors du territoire. A l’issue de cette bataille, Afonso Henriques, descendant de Bourguignons, crée la première dynastie du Pays : la nation vient de naitre et Guimarães en est le berceau.

Un esprit de corps

A Guimarães, le sentiment d’appartenir à l’histoire, d’être porté par la bravoure originelle a forgé un très fort sentiment d’appartenance commune que l’on est prêt à partager à la première occasion. La ville au tracé médiéval a été maintenue en l’état jusqu’à nos jours. Le centre historique encore délimité par les murailles de la fondation a fait l’objet d’une très belle rénovation, récompensée par le titre de patrimoine culturel de l’humanité de L’UNESCO en 2001.

L’ensemble architectural dont on retrouve des traits semblables dans de nombreuses villes du nord du Portugal, est un petit bijou étonnant : s’y côtoient le bois et le torchis, le granit des maisons bourgeoises à partir du XV e siècle, et même les revêtements de céramiques du 19 ème siècle.

Remarquable, le travail de conservation du patrimoine a donc permis d’obtenir la reconnaissance internationale. Mais Guimarães veut ajouter une encoche de plus à sa ceinture de "conquistadora", celle d’une dimension européenne et culturelle.

Nous sommes les premiers à inaugurer un cycle au niveau de la culture européenne : après les capitales, les grandes villes, c’est au tour des villes moyennes d’organiser l’évènement. En ce qui nous concerne, il s’agit d’une ville moyenne et modeste. Mais qu’importe! Guimarães n’est pas New-York,

explique Carlos Martins, directeur de la Fondation qui gère le projet Capitale Européenne de la Culture (CEC).

Un budget lilliputien de 111 millions d’euros – encore resserré après des coupes dans la participation de l’Etat, crise oblige – pas d’espaces pour accueillir de grosses pointures du rock et surtout pas l’envie – ni le besoin- de dépenser des fortunes pour de l’événementiel limité dans le temps.

La culture devient ici une affaire de proximité. L’objectif pour la petite ville est de se réinventer, et s’interroger sur le devenir du local dans un contexte de globalisation galopante. Carlos Martins explique:

L’Europe n’a pas de budget ou de stratégie pour cette dimension régionale autrefois florissante parce qu’elle concentrait des secteurs productifs essentiels. Des dizaines et des dizaines de villes en Hongrie, en France, au Royaume-Uni comme au Portugal sont concernées par un changement de paradigme : trouver de nouvelles formes de développement économique et social pour compenser la perte d’un modèle qui n’existe plus. Et c’est la première fois que l’on se pose la question depuis la révolution industrielle.

La fondation CEC, les programmateurs, la ville parlent d’une même voix. Il n’y aura pas de concert pharaonique, ni de grands orchestres symphoniques, et pas non plus d’expositions d’art contemporain expérimental. Une aberration élitiste imposée à une population d’ouvriers, vieillissante et au faible niveau d’instruction ! En lieu et place, des résidences d’artistes, des jeunes musiciens de toute l’Europe invités durant un an pour créer un orchestre , des laboratoires de design et de mode pour faire le lien avec le tissu industriel de la région. Du concret, du réaliste, et de l’accessible !

Guimarães, tu en es !

Le slogan retenu pour Guimarães – Capitale Européenne de la Culture veut résumer cette idée première : la capitale européenne de la culture est l’affaire de tous, et de chacun. Et pour l’illustrer, outre la programmation artistique proprement dite, Guimarães –CEC se décline suivant trois axes de programmation : communauté, cité, pensée. Avec en ligne maitresse cette idée de prolongement, de futur que l’on doit se réapproprier. C’est pourquoi la ville de Guimarães et la fondation Capitale Européenne de la Culture ont misé sur des projets structurants.

Comme par exemple la Plateforme des arts et de la créativité, installée sur le lieu de l’ancien marché de la ville dont une partie conservera les boutiques traditionnelles. La plateforme qui comprendra aussi le musée de la ville, fonctionnera comme une pépinière de projets et de micro entreprises. Autre projet structurant conçu comme une "Université sans Murs", CAMP URBIS, résultat d’un partenariat avec l’Université du Minho. Outre la rénovation urbaine de l’ancienne zone des tanneurs, ce projet comprend un institut du design, un centre pédagogique de la science, et un pôle de formation supérieure. En tout une bonne dizaine de projets urbains pour un budget de 70 millions d’euros.

Un an de pur plaisir

Le mot d’ordre est clair : pas un seul jour sans un événement ou deux. Au bout du compte Guimarães en recense 1000 pour l’année entière, divisée en quatre temps en suivant les saisons. Du 21 janvier au 24 mars, ce sera le temps de la Rencontre, en espace fermés, proche des habitants (le 28 janvier les musiciens de la résidence d’orchestre joueront chez l’habitant).

Ensuite, jusqu’au 24 juin, ce sera le temps de la Création en hommage au printemps: place aux grands spectacles et aux avant premières. Le temps du Sentir, du 21 juin au 21 septembre, sera propice à la nuit, aux spectacles de rues, à la reconstitution historique. Enfin, le dernier temps sera celui de la Renaissance, celui de la réflexion pour préparer le futur.

Les différentes saisons sont inaugurées par un spectacle confié à la compagnie catalane Fura dels Baus, un spectacle conçu sur l’ensemble de l’année. Chaque passage de saison fera l’objet d’une animation particulière. Guimarães Capitale européenne de la culture réservera de belles surprises (le premier film en 3 D de Jean-Luc Godard, œuvre de commande, en est une).

Et le 22 décembre 2012, au lendemain du dernier jour de la CEC, ce sera aux habitants de la ville de prouver que tout recommence : plus de 800 personnes qui travaillent depuis deux ans autour d’un projet de chant se produiront sur scène. Parce que Guimarães, c’est aussi eux et pour eux.

Le site officiel : http://www.guimaraes2012.pt/




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