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L’extrême droite néerlandaise ouvre une hotline anti-Polonais

vendredi, 10 février, 2012 - 15:39

Scandale aux Pays-Bas. Le parti du populiste Geert Wilders vient de lancer un site web sur lequel les Néerlandais sont invités à dénoncer les étrangers, d'Europe centrale et Orientale. Le hic ? 14.000 contributions le premier jour, et un premier ministre qui ne condamne pas cet accès de racisme. Viviane Reding, la commissaire européenne aux droits fondamentaux a, elle, vivement condamné un site "totalement contraire" aux principes de l'UE.

Geert Wilders crée une nouvelle fois le buzz aux Pays-Bas. Mais cette fois, il ne s’en prend pas aux jeunes "terroristes de rues" – entendez les jeunes Marocains qui selon lui menaçaient la ville de Helmond – mais aux Européens de l’Est.

Le leader du très populiste Parti pour la Liberté (PVV – Partij voor de Vrijheid) vient de lancer un site web sur lequel les Néerlandais peuvent dénoncer les ressortissants d’Europe Centrale et Orientale : le Meldpunt Midden en Oosten Europeanen.

Les Européens de l’Est "toujours plus criminels"

Quels sont donc les crimes commis par les ressortissants polonais, bulgares ou roumains explicitement visés par ce site ?

La page web – accompagnée de coupures de presse dénonçant les Européens de l’Est comme "toujours plus criminels" – décrit leur entrée aux Pays-Bas depuis 2007 comme une invasion, "une immigration massive qui engendre de nombreux problèmes : incommodité, saleté, pression sur le marché du travail et problèmes d'intégration et de logement."

Le PVV se positionne – comme toujours – en sauveur du peuple, les petites gens qui souffrent de ces problèmes mais ne sont jamais écoutés : "pour beaucoup de personnes, ces affaires constituent un problème sérieux. [Mais] les plaintes ne sont jamais communiquées car on pense qu’elles ne serviront à rien", dit l’auteur de ce pamphlet raciste.

Etes-vous incommodés par des ressortissants d’Europe Centrale ou Orientale? Ou avez-vous perdu votre emploi au profit d’un Polonais, d’un Bulgare, d’un Roumain ou d’autres ressortissants d’Europe Centrale ou Orientale ? Nous voudrions l’entendre.

Le Parti pour la Liberté vous offre sur ce site une plateforme où communiquer vos plaintes. Nous retranscrirons ces plaintes sur papier et nous en offrirons les résultats au ministre des Affaires sociales et des Conditions de Travail."

Une incitation à la délation haineuse

Le lien en bas de page renvoie vers un formulaire, qui peut rester anonyme, où les Néerlandais patriotes pourront détailler les motivations de leur animosité : incommodité, bruit, ivresse, problèmes de parking, corruption, autre. Bizarrement, les problèmes de logement qui apparaissaient pourtant clairement sur la page d’accueil ne figurent plus sur le formulaire.

Par contre, pour la perte d’emploi, il est demandé de donner non seulement une description de l’emploi perdu mais aussi le nom de l’entreprise.

Quelques mauvaises langues se sont demandées si cela s’appliquait aussi à Madame Wilders, Krisztina, ancienne diplomate hongroise qu’il a épousée le 31 juillet 1992 à Budapest.

Une vague de protestations

Plus sérieusement, le site a déjà suscité une vague de protestations, aussi bien à l’étranger qu’à l’intérieur du pays. Mais il a également récolté 14.000 signatures un jour après sa publication, ce mercredi 8 février.

L’ambassadeur de Pologne aux Pays-Bas, Janusz Stanczyk, est furieux. Il a demandé à l’ombudsman national – le médiateur officiel des autorités – et au Centre de contact pour la discrimination sur Internet, si cette "regrettable initiative" n’entrait pas en conflit avec la loi. Il dénonce ce qu’il appelle un "climat d’intolérance à l’égard des immigrants polonais".

Mais l’ombudsman lui a rétorqué qu’il ne pouvait recevoir la plainte car il n’est compétent que pour les abus commis par des instances officielles (gouvernement, entreprises publiques, municipalités, etc.). Ici, le site incriminé a été créé par un parti politique et échappe donc à sa juridiction.

Un geste irresponsable qui coûtera cher aux entreprises

Bernard Wientjes, président de l’organisation patronale VNO-NCW, a qualifié le geste du PVV "d’irresponsable". Pour Wientjes, "la politique doit se tenir à l’écart" de ce type d’intervention.

Les Polonais sont indispensables à l’économie néerlandaise. En outre, ils sont membres de l’UE. Quelle serait la réaction si les Polonais disaient : les Néerlandais ne sont pas les bienvenus chez nous?"

Le président des patrons néerlandais avait également qualifié "d’irresponsable" le véto déposé par les Néerlandais à Bruxelles contre l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen. "Tout cela engendrera d’énormes problèmes pour les entreprises", martèle Wientjes qui croit aux "Etats-Unis d’Europe". Pour lui, "il n’y a pas de retour en arrière possible".

Des politiciens, notamment des écologistes et des chrétiens, se sont opposés à ce nouveau coup de pub du PVV. Jolande Sap, la présidente des écologistes, a appelé via Twitter les citoyens à ne pas déposer de plaintes sur le site.

Une réaction "lâche et alambiquée" du premier ministre

Un membre du parlement a dénoncé une "effrayante campagne de haine contre les ressortissant d’Europe de l’Est". Et a demandé au premier ministre Mark Rutte ce qu’il comptait faire face à cette attaque contre des citoyens européens, qui risque aussi d’endommager l’image du pays à l’étranger. Rien, a répondu le premier ministre.

Le gouvernement ne fait jamais de commentaire sur les prises de positions des partis politiques […] Ce n’est pas sa tâche, c’est le travail du parlement."

En outre, le Ministre-président déclare "nous travaillons très bien en collaboration avec le PVV [de Geert Wilders], mais pas en ce qui concerne l’Europe".

Les commentaires ne se sont pas fait attendre: pour Gerard Schouw, député centriste (D66) la réponse du premier-ministre est "lâche et alambiquée".

Un climat délétère qui envenime les relations avec l’étranger

Les Polonais non plus ne sont pas en reste: la plus grande radio polonaise a appelé ses concitoyens des Pays-Bas à déposer plainte contre Geert Wilders et le PVV pour discrimination. L’ambassade de Roumanie envisage une action auprès du parlement et du gouvernement.

Les membres polonais du Parlement européens ont déjà interpellé la Commission et lui ont demandé de réagir à cette ultime provocation à l’égard de leurs ressortissants.

Samedi 11 février, Viviane Reding, Commissaire européen aux droits fondamentaux, a vivement critiqué un site jugé "totalement contraire" aux principes de l'Union selon lesquels tout citoyen à le droits de se déplacer, de travailler et d'étudier où il le souhaite.

L'Europe est confrontée à des moments difficiles. Nous ne pourrons résoudre nos problèmes que par une solidarité croissante, et non pas en dénonçant nos concitoyens. Nous appelons tous les citoyens des Pays-Bas de ne pas suivre cette intolérance. Les citoyens devraient plutôt indiquer clairement sur ​​le site  du PVV que l'Europe est un espace de liberté. L'intolérance n'a pas sa place sur notre continent,

écrit la commissaire sur sa page officielle.

Qu’un site de cette nature rencontre un tel succès, et ne soit pas immédiatement condamné par le gouvernement témoigne du climat délétère qui sévit aux Pays-Bas en ce moment. Un climat qui tranche violemment avec l’ouverture aux autres et le refus de la discrimination dont les Néerlandais étaient si fiers, il y a quelques années à peine.


Article actualisé le 13 février 2012, à la suite de la réaction de Viviane Reding, Commissaire européen aux droits fondamentaux.




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